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Full text of "Les Fourberies de Si Djeh'a"

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Sn^S3')6'. ^ 



Harvard Collège 
Library 




FROM THE BEQUEST OF 

FRANCIS BROWN HAYES 

Class of 1839 

OF LEXINGTON, MASSACHUSETTS 



( 



LES 



FOURBERIES DE SI DJEH'A 



CONTES KABYLES 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



Manuel Algérien (Grammaire arabe, Ghrestomathie et le- 
xique). Paris, 1888, in-12, cart. toile, viii et 228 pp. 

5 fr. » 

Nouvelle Ghrestomathie Arabe. ConstantinCy 1889, in -8, 
cart., 216 pp 3 fr. 75 

Cours gradué de Thèmes Français - Arabes. Paris, 1890, 
in-8, cart. toile, vu et 303 pp o fr. » 

Les Fourberies de Si Djeh'a (Gonies Kabyles, dialecte 
Zouaoua). texte kabyle, (h'an, 1891, in-16, broché. 

5 fr. » 

Légendes et Gontes merveilleux de la Grande Kâbylie. 
(En préparation). 



Baugé (Maine-et-Loire) — Imp. Daloui. 



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<AaJi,\, aÀi-Jj>n^, '^9^. 



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LES 





SI 




CONTES KABYLES 



RECUEILLIS ET TRADUITS 



PAR 

AUGUSTE MOULIÉRAS 

PB0FES8EUB o'aBABB AU LYCÉB 

PBOFESSBDB SUPPLÉANT A LA CHAIBS PUBLIQOB o'aBABE A OBAN 

MEMBBE OB LA SOCIÉTÉ A8IATIQUB DE PABI8 



TRADUCTION FRANÇAISE ET NOTES 

AVEC UNE ÉTUDE SUR 

SI DJEH't ET LES ANECDOTES QUI LUI SONT ATTRIBUÉES 

PAR 

M. RENÉ JIASSET 

PBOraSSBUB A l'ÉCOLB SUPÉBIBOBB DES LETTRES D*AL6BB 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 



1892 



^^S3,/S'X 



^M^RU CO/.^ 



FFB 15 1894 







MONSIEUR RENE BASSET 

Professeur d'Arabe et de Berbère à l'Ecole supérieure des Lettres d'Alger. 



Hommage d'affectueuse reconnaissance 



AVERTISSEMENT 



Que M. René Basset me permette de le remercier 
de ses consciencieuses Recherches sur Si Djeh'a et 
les anecdotes qui lui sont attribuées. Il a enrichi ma 
traduction d'un travail qui donnera pleine et 
entière satisfaction aux nombreux amateurs de 
folklore. 

J'ai peu de chose à dire de ma traduction. Je 
Tai faite en vue de faciliter aux berbérisants l'expli- 
cation du texte Kabyle. Je me suis donc appliqué 
à serrer de près le Zouaoua qui se prête peu, il 
faut le reconnaître, à la rondeur des périodes. 
Plusieurs fautes de typographie qui se sont 
glissées, en dépit de mes soins, dans le tome 
premier, ont été corrigées dans ce volume. Quant 
au texte, je n'ai pas osé y toucher et je l'ai laissé 
tel qu'il m'a été dicté par mon Kabyle illettré des 
Béni Jennad. 



VIII AVERTISSEMENT 

Sur la proposition de M. René Basset, FÉcole 
supérieure des Lettres d'Alger a inscrit au Pro- 
gramme du Brevet de langue Kabyle le texte des 
Fourberies de Si Djeh'a. C'est un honneur dont je 
sens tout le prix ; c'est aussi la plus belle récom- 
pense que je pouvais désirer. 

Oran, le S Octobre 1S91. 

A. MOULIÉRAS. 



RECHERCHES SUR SI DJOH^A 



ET 



LES ANECDOTES QUI LUI SONT ATTRIBUÉES 



Si Ton en croit des traditions qui ont passé 
pour historiques, aux yeux de plusieurs écrivains, 
les anecdotes et les bons mots qu'on met sous le 
nom de Si Djoh'a auraient pour auteur un certain 
Nasr eddin Hodja (ou Khodja) qui « est une 
personnalité historique » aflBrme M. Decourde- 
manche *. Celui-ci appuie son opinion sur une 
citation de Can ternir ^ et d^Otter ^ à qui Ton 
montra le tombeau de Nasr eddin à Aqcheher en 
Asie Mineure. Mais Cantemir raconte avec des 
détails qu'ont ignorés les historiens arabes, 
persans et turks contemporains, l'entrevue du 

1. Le SoUisier de Nas7* eddin Hodja. Bruxelles, 1878, pet. 
iii-4, p. Vin. 

2. Histoire de Vempire ottoman, tr. de la Jonquière. Paris, 
1743, 4 vol. in-12, t. I, p. 164-168. 

3. Voyage en Turquie, Paris, 1748, 2 v. in-12, t. I, p. 58. 



LES 



FOURBERieS DE SI DJEH'A 



CONTES KABYLES 



4 INTRODUCTION 

tirées du texte même des anecdotes, su£Srait à 
prouver que le texte arabe publié à Boulaq a 
été traduit du turk. Mais la version turke 
elle même me semble n'être qu'une traduction 
d'un ancien recueil arabe dont le héros était ce 
même Djoh'a. 

En effet, l'auteur du Kùâb el Fihrist^ Moh'am- 
med ben Ish'aq el Ouarrâq, mort à la fin du 
IV® siècle de l'hégire, mentionne, parmi les livres 
de plaisanteries (;>\y) dont Tauteur est inconnu, 
un livre de Djoh'a U^^^>\y c-->^-^^ Ce Djoh'a était 
sans doute un personnage imaginaire comme les 
héros des autres livres cités par le même auteur 
Abou Dhimdhim^ Ibn Ah'mar ^, Ibn el Maous'eli, 
Ibn Yaqout, Abou *Obeïd al H'azmi, Abou *Alqa- 
mah, Seïfouyah (peut-être Sibouyah). De ce livre, 
il ne nous reste que le titre, mais des auteurs 
postérieurs ont été plus explicites et ont fait de 
Djoh'a un être réel sur lequel ils donnent les 
renseignements suivants. 

Un écrivain anonyme dont l'ouvrage est inti- 
tulé b^V^i^p, analysé par Fléischer ^, dit en 

1. Kitâb el Fihrist éd. Flugel. Leipzig, 1871, 2 v. in-4, t. I 
p. 213. Il est à remarquer que dans le livre des Naouâdit\ 
(Boulaq 1302, in-8, p. 39), An'med el Qalyoubi cite plusieurs 
anecdotes de Djoh'a d'après un certain Ilamzah el Meïdàni, 
qui n'est pas autrement connu. 

2. Un des personnages gui dans les contes arabes d'Algérie 
joue le même rôle que Si Djeh'a avec lequel il est souvent 
confondu, porte le nom de Bon H'êmar. 

3. Einige bisher wenig oder gar nichi hekannte arabische und 
/î^rkische Handschnflen, {Zeitschrift der deutschen morgenlam- 



INTRODUCTION 5 

parlant de Djoh'a auquel il attribue le prénom 
d'Abou'l Fadhl (ch. XXII). « Ce Djoh'a (^ 
appelé parfois U:^ par erreur de copiste) avait un 
esprit malin et de l'entendement et a donné lieu 
à beaucoup d'anecdotes, ce dont il était fort peu 
soucieux. Quelqu'un qui ne lui voulait pas de 
bien lui attribua des récits badins et les répandit 
sous son nom. Ibrahim (?) dit : Je connaissais 
Djoh'a comme un homme spirituel, fin et instruit, 
et tout ce qu'on raconte de lui est supposé. Il avait 
des voisins avec lesquels il plaisantait et qui 
plaisantaient avec lui, de telle façon qu'ils lui 
appliquaient des histoires drôles. Je vais donner 
de son insouciance une preuve piquante ». 

A CCS renseignements, on doit joindre ceux que 
fournit Ibn H'addjah qui aurait été de peu posté- 
rieur à Nasr eddin, si l'on admet l'existence de ce 
dernier *. « Quelques uns prétendent que c'était 
l'homme le plus amusant du monde, mais qu'il y 
eut de l'hostilité entre lui et les gens et qu'on lui 
attribua toute espèce d'histoires. D'autres disent 
que c'était le plus grand étourdi et le plus grand 

dischen Gesellschaft, XIV, 1860, p. 527-540 et spéc. 537-538. 
Fleischer conjecture que l'auteur était égyptien. 

1. Ibn H'addjah (Thtmârat el ^ ot/rdg, Boulaq, 1300, hé^. in-8, 
p. 1\), cite trois anecdotes qui manquent aux diverses 
recensions que j'ai pu consulter. Dans la première, Djoh'a 
sortant du nain y rentre précipitamment pour chercher ce 
qu'il croit avoir perdu ; dans la seconde, un portefaix se sauve 
avec un sac de farine ; la troisième a trait au châtiment de sa 
fille 'Omaïrah par sa mère. 



6 INTRODUCTION 

niais » *. Les anecdotes où il figure sont en effet 
de deux sortes : dans les unes, il cache sous une 
sottise apparente un esprit caustique et narquois ; 
dans les autres, il nous apparaît comme le niais le 
plus ridicule. 

Les Arabes possédaient d'ailleurs plusieurs 
types originaux dont la sottise était proverbiale : 
leurs noms nous ont été conservés, ainsi que 
quelques uns des traits qu'on leur attribue : Yézid, 
surnommé Habanneqah (iiLUA) ; Abou Ghabchân 
des Khoza'a, Rabi'ah el Beka à qui Ton prête une 
sottise qui se retrouve dans V Heptaméron^ Ham- 
zah ben Bidh, Ibn el Djas'as' et El Afqad, 
contemporains du vizir Ibn el Forât, Behloul, qui 
vécut réellement à la cour deHaroun er Rachid ^ 
La plupart des livres de littérature (^"^ "^r"^) 
contiennent un ou plusieurs chapitres consacrés 
à des anecdotes de ce genre, parmi lesquelles 
nous retrouvons quelques unes des nôtres. J'ai 
déjà cité le Thimârat el Aourâq, écrit dans la 
première moitié du XV® siècle, mais bien aupara- 
vant, l'Espagnol Ibn *Abd Rabbih, dans le Kitâb 

\. C'est aussi ce que rapporte El Qalyoubi [Naouâdir p. 39), 
qui le met en rapport avec Abou Moslem el Khaoulâni dans 
une anecdote qui ne se retrouve pas dans les versions turkes. 
Le P. Cheïkho, dans ses notes sur le Medjàni el Adab dit, sans 
citer d'autorité que Djoh'a était un homme des Ben(iu Fezàrah, 
surnommé Abou'l GhasV et habitant Koufah (t. 1, Beyrout 
1886, in-12 p. 65). 

2. Une réponse de Behloul (le nombre des fous) est attribuée à 
Djoh'a. Dans un recueil syriaque qu'on trouvera cité plus loin , 
le même trait est placé à Emèse (Hems). 



INTRODUCTION 7 

el 'Iqd el Ferid *, et Ibn el Djouzi, dans son Kitâb 
el Azkia ^ en ont inséré un certain nombre. Ce 
dernier composa même un ouvrage spécial intitulé 
^» ^ JÀ,iU,\^ \X^\ ,^lx^ dont un manuscrit existe à la 
Bibliothèque Nationale ^ Il est probable que les 
a Plaisanteries des conversations ))(C-)\;-ôls;^\y\y) de 
Djemâl eddin Moh'ammed ben Mqkarremel Ans*âri 
mort en 711 de Thégire (1311-12 J. C), apparte- 
naient à cette catégorie d'écrits *. Un chapitre du 
recueil de Plaisanteries^ composé en syriaque par 
le célèbre historien Abou'lfaradj Bar Hebrœus, est 
consacré aux avares ; un autre aux sots ^. Il en est 
de même dans le Moslatrej d iiii ILchilii, dont dos 
pages entières ont passé dans la version arabe des 
Naouâdir de Si Djoh'a ^ Je renvoie encore au ta- 
bleau comparatif et aux notes qui raccompagnent. 
Il me reste à mentionner les diverses recensions 

1. Boulaq, 1293, hég. 3 v. in-4. 

2. Boulaq, 1304, hég. pet. in-4. 

3. Ancien fonds arabe 1616, supplément arabe 3547. Ibn 
U'addjah le cite comme une de ses sources. Qaraqouch le 
Kurde, qui gouverna l'Egypte au temps de Salah' eddin, et dont 
le souvenir vit encore dans le Karagousse algérien, fut le héros 
d'une compilation semblable composée en 606 de l'hégire par 
le Qâdhi du Qaire As'ad el Mammâti, et remaniée en 899 
hég. peut-être par Es Soyouti. Un manuscrit existe à la 
Bibliotnèque Nationale ancien fonds arabe N^ 4548, intitulé 

4. Cf. Hadji Khalfa, Lexicon bibliographicum éd. Fluegel, 
t. VI. Londres, 1852, in-4, p. 387, N» 14009. 




syriaca. Vienne, 1826-27, 2 v. in- 8 ; Morales ap. Zeitschrift der 
deutschen morgenlœndischen Gesellschaft^ t. XL, 1886, p. 410. 
6. Boulaq, 2 v. in-4, 1292, hég. 



8 Introduction 

de ce recueil et les traductions qui en ont été 
données. 

La version turke est la plus complète : on 
trouvera la liste des éditions faites en Turquie, 
dans l'appendice joint par M. Decourdemanche 
à sa première traduction *. En Occident, six 
historiettes ont été publiées dans la Chrestomathie 
ottomane de Dieterici % d'après un manuscrit de 
la Bibliothèque royale de Berlin, qui présente une 
rédaction plus développée que celle des autres 
versions du même texte. 

Une recension arabe, dont on trouvera la table 
plus loin a été lithographiée à Boulaq, s. d., pet. 
in-8. Elle se termine par un chronogramme 
d'après lequel il semblerait que le livre fut 
composé en 1041 hég. (p. 47) ^ Bien que nulle part 
cet ouvrage ne s'annonce comme traduit du 
turk, il est impossible, d'après certains détails, de 
contester celte origine pour la plus grande partie 
des histoires qu'il contient *. Mais sur quel texte 



1. Les plaisanteries de Nasr eddin Hadja^ Paris, 1876, in-18 
p. 107-108 

2. Berlin, 1854, in- 8, p. 31-38. Elles ont servi de base à 
l'étude de M. Ethé : Ein tilrkischer Eulenspiegel, ap. Essays 
und Studieriy p. 234-254. 

3. On remarquera à propos de cette date (1041) qu'Ah'med el 
Qalyoubi qui cite plusieurs anecdotes de Djoh'a mourut en 
1069 hég. 

4. Divers récits cependant, tels que le Médecin ^nalgré lui, 
le Voleur et le Rayop de lune, le Rieur et les Poissons, le 
Mari, la Femme et l'Ecuyer, sans parler des passages empruntés 
au Mostat'ref, ont été ajoutés par le compilateur, d'après des 
sources arabes. 



INTRODUCTION 9 

cette version a-t-elle été traduite ? Elle ne coïncide 
avec aucune des recensions turkes que nous 
connaissons : même, dans les passages où le texte 
lurk met en scène Timour-lenk, celui-ci est 
remplacé par un bey. De même les indications 
topographiques relatives à quelques points de 
l'Asie mineure sont supprimées. Si Ton considère 
qu'à la fin du livre, il existe un certain nombre 
d'anecdotes contenant des phrases en turk, et qui 
cependant manquent dans les recensions ottoma- 
nes, du moins celles publiées^ on est fondé à 
croire que cette version arabe dérive d'un texte 
turk assez ancien, remontant à une époque où le 
prétendu Qâdhi de Sivri-Hissar n'avait pas encore 
été identifié à Si Djoh'a. 

Ce qui tendrait à confirmer cette opinion, c'est 
que Galland qui a traduit plusieurs anecdotes de 
ce recueil, dans ses Paroles remarquables des 
Orientaux * ne Ta nommé nulle part, et se 
contente de dire « qu'il a choisi dans deux recueils 
de bons mots en turc ». Seraient-ils l'original du 
texte arabe ? 

Une autre édition du texte arabe a été publiée 
à Beyrout sous le titre de ^^^ ^^--âï, 1890, in-8. * 
Elle renferme moins d'historiettes que celle de 
Boulaq (145 au lieu de 202) avec laquelle elle 

1. A la fin'du'quatrième volume de la Bibliothèque Orientale 
de d*Herbelot. La Haye, 1777-79, 4 v. m-4. 

1. 



10 INTRODUCTION 

est, d'ailleurs, en complet accord. Je la 
désigne dans les notes sous le nom d'Ed. de 
Beyrout. 

Ces anecdotes ont passé en roumain et le nom 
du héros a été à peine altéré en celui deNastratin 
Hogea. Elles ont été mises en vers, en 1853, par 
Anton Pann, sous le titre de Nasdravanii le lui 
Nastratin Hogea ^ 

En 1834, J. Dumoret, qui croyait d'ailleurs que 
Nasr eddin Hodja était l'auteur du livre qui porte 
son nom, traduisit d'après un manuscrit de la 
Bibliothèque Royale, trois anecdotes dont une 
seule existe dans le recueil deM. Decourdemanche: 
dans aucune d'elles, d'ailleurs, le facétieux Qâdhi 
n'est nommé ^ 

La Revue de l'Orient^ de V Algérie et des Colonies 
de 1853 contient la traduction, par M. Mallouf, 
de six historiettes prises parmi les plus connues 
et reproduites dans les Plaisanteries de Nasr eddin 
Khodja, publiées par le même auteur à Smyrne 
en 1854 et réimprimées à Constantin ople en 
1856 \ 



1. Cf. Gaster, Literatura populara romana, Bucharest, 1883 
in-12, p. 162-168. 

2. Contes turcs extraits de Nazérétin Khodjah (sic) : Journal 
asiatique^ mai 1834, p. 488-491 : 1. Les deux Turks, VOiseau et 
le Qâahi ; 2. L'ambassadeur prudent (Indjilitchaouch, contem- 
porain de Sultan-Mourâd) ; 3. L'avare et le portefaix, 

3. Sept anecdotes de Nasr eddin sont données dans les 
Dialogues tw^cs- français de Mallouf. S^iyrne, 1854, m-12. 



INTRODUCTION 11 

Une série plus complète fut traduite par W. von 
Camerloher et publiée par le D' Prelog, sous le 
titre de Meister Nasreddin's Schwœnke und Rœuber 
undRichter^. Mais la principale traduction et la 
seule qui doive faire autorité, comme la plus 
complète, est celle que Ton doit à M. Decourde- 
manche ^, comprenant les anecdotes contenues 
dans trois manuscrits achetés en Egypte et à 
Constantinople, la chrestomalhie de Dieterici, les 
mss. 229, 236 et 395 de l'ancien fonds turk de la 
Bibl. Nationale ; 422, 423 et 424 du supplément, 
enfin le recueil lithographie à Constantinople. 
C'est cette traduction que j'ai désignée sous le 
nom de version turke et que j'ai prise pour 
base de comparaison dans le tableau compa- 
ratif ^ 

La version arabe lithographiée en Egypte, n'a 
jamais été traduite en français, mais les anecdotes 
qui sont passées en arabe vulgaire d'Algérie ont 
été souvent reproduites. Pour les traductions je 



1. Trieste et Bremen 1857 pet. in-8. C'est d'après cette 
traduction que M. II. Koehler publia, sur quelques unes des 
125 anecdotes qu'elle contient, ses précieuses remarques que 
j'ai eu maintes fois l'occasion de citer. (Benfey. Orient und 
Occident, t. 1. Gœttingen, 1862, in-8, p. 431-448 ; 764-766). 

2. En 1876, M. Decourdemanche avait publié la traduction 
des 125 histoires (126 avec la conclusion), déjà mises en 
allemand par Von Camerloher : Les Plaisanteries de Nasr eddin 
Hodja, in-18, t. V de la Bibliothèque orientale elzévinenne 
d*E. Leroux. 

3. Sottisier de Nasr eddin Hodjaj bouffon de Tamerlan^ 
Bruxelles, 1878, pet. in-4. 



1 2 INTRODUCTION 

citerai Mornaiid*, FI. Pharaon*, J. Labbe% etc. 
L.: s textes ont été publiés en partie par MM . A. 
Cherbonneau*, Bel Kassem ben Sedira%Machuel% 
Delphin ^ et surtout Alloua ben Yahya *. On 
remarquera que dans ces divers récits, le nom du 
héros est tantôt Si Djeh'a, tantôt Ben Sekran, 
Bou Na'as, Bou Kerch, Bou h'emar, mais les 
historiettes sont les mêmes. 

C'est sans doute par les Arabes que le nom de 
Djoh'a a passé en Italie par la Sicile, et même en 
Albanie. « Les Siciliens, comme les Italiens des 
autres provinces ont des personnages bouffons qui 




cor 

Qalyoubi 

in-118, ,. ^ _ . . 

p. 121-122, Si Djoh'a ingénieur ; p. 122-123, Si Djoh'a et son 

Dumous ; p. 123-124, Si Djoh'a marabout. 

2. Spahis et turcos, Paris, 1864, in-18 i., p. 174-176,51 DJeh'a 
et le mouton ; p. 177-179, Si DjeKa et la mule du cadi ; p. 179- 
180, Si Djeh'a et le chaudron ; p. 181-182, Bou Zebliha et le 
pot de miel ; p. 182-185, Bou Naas et le moueddin ; p. 185-187, 
Si Djen*a et te clou ; p. 187-188, Si DJeh'a et les ejplications 
prolongées ; p. 189, Bou-Khrouf et son burnous; p. 190-194, Si 
DJeh'a et la fille du cadi de Blida; p. 194, /a corde au couscouss ; 
p. 199-200, Si Azouz et le questionneur; p. 200-204, Bouh'emar 
et Pœuf de bouiTique ; p. 2hA'2Q6^ Le bouillon du bouillon de 
gazelle; p. 206-208, Si Dieh'a ingénieur; p. 208-210, Bou Kerch, 

3. Un mois dans le Sahara; Lille, 1865, in-8, p. 248-249. Le 
bouillon du bouillon de lièvre ; p. 249, le mendiant; p. 249-250, 
les explications inutiles, 

4. Exercices pour la lecture des manuscrits arabes, Paris, 1853, 
in-8. 

5. Cours pratique de langue arabe, Alger, 1873, iû-12. 

6. Méthode pour l'étude de Varabe parlé, Alger, 1880, in-12. 

7. Becueit de textes pour V étude de Varabe parlé, Paris, 1891, 
iii-12. 

8. Becueil de thèmes et de versions en arabe parlé. Mosta- 
ganem, 1890, in -8. 



INtRODUCTlON 1 3 

les amusent fort ; le premier... se nomme Giufà ; 
c'est du moins sous ce nom qu'il est célèbre à 
Palerme, mais les gens de Trapani rappellent 
Giucca, et chose étrange, les Toscans aussi qui 
ont adopté ce personaage. Les Albinais disent 
Giucha, avec un ch qui se prononce à r allemande 
ou à la grecque »*. C'est évidemment le ^ arabe 
{Giu^ =0* ^'^^ i^e peut songer à un emprunt 
fait aux Tùrks qui ne nomment jamais ce person- 
nage que Nasr eddin Hodja. 

C'est également aux Arabes que les Berbères 
ont emprunté le nom de Si Djoh'a (ou Djeh'a) et 
les anecdotes qui lui sont attribuées, soit à lui, 
soit aux êtres similaires (Bou Idhes, Bou K'on- 
dour, Bou Khenfouch, etc.). Quelques-unes ont 
été publiées en zouaoua par M. Bel Kassem ben 
Sedira* ; j'en ai recueilli d'autres chez les Guelâia 
du Rif ', les Qsouriens du Sud Oranais * et les 
Mozabites. La collection que publie aujourd'hui 
M. Mouliéras d'après un Kabyle des Zouaoua, est 
la plus complète qui ait paru jusqu'à présent. 

Eu résumé, à la fin du IV* siècle de l'hégire, il 
existait chez les Arabes des recueils de plaisante- 



1. Marc Monnier, Les contes populaires en Italie, Paris, 1880^ 
in-iS les., p. il. 

2. Cours de lanoue Kabyle, Alger, 1887, in- 12. 

3. Manuel Kabyle, Paris, 1887, in-12. 

4. Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie 
berbère, Alger, 1887, iii-8. 



a INTRODUCTION 

ries analogues à ceux qu'on composa plus tard en 
Occident [TU Ulespiègle, Schimpf und Eimst^ les 
sages hommes de Gotham^ les sept Souabes^ etc.), 
et qui renfermaient des traits de naïveté tantôt 
spirituels, tantôt ridicules, parfois obscènes, qu'on 
retrouve chez tous les peuples et dont il faut peut- 
être chercher Torigine dans llnde. De ces recueils 
arabes qui fournirent plusieurs chapitres aux 
auteurs des Kitâb el Adab^ un seul survécut, et 
Ton groupa autour de son héros Djoh'a, les anec- 
dotes qui se rapportaient à ceux qu'énumèrent 
Tauteur du Fihrist et d'autres. Au XV® ou au 
XVP siècle, ce recueil qui, jo«r transmission orale y 
avait déjà passé en Occident, fut traduit en turk 
et le principal personnage identifié avec un certain 
Nasr eddin Hodja, dont l'existence est au moins 
douteuse. Il semble n'être, en effet, que la person- 
nification de la naïveté, attribuée dans chaque pays 
à une ville ou à un canton (chez les Grecs Abdère 
et la Béotie ; en Syrie, H'ems ; en France Saint- 
Jagu et Saint-Maixent ; chez les Turcs, Sivri 
Hissar ; chez les Zouaoua, les Béni Djennad). 
Cette version turke fut maintes el maintes fois 
remaniée, et l'un des remaniements fut traduit 
(avec des additions) en arabe vers le milieu du 
XP siècle de l'hégire, XVIP de notre ère. Déjà la 
tradition orale, peut-être à la suite de la conquête 
turke, avait porté dans le Maghreb un grand nom- 



INTRODUCTION lo 

bre d'anecdotes dont quelques-unes pénétrèrent 
chez les Kabyles, et qui doivent être jointes à 
celles que nous possédons dans les recensions 
écrites. 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



\ . Sottisier de 
Decourdemanclie. 
(Sottisier de Nasr 
eddin Hodja), 



VERSION ARABE 



Naouâdir de Si 
DjoKa, (Ed. de 
Boulaq). 

P. 2. La leçon de 
calcul. 

— L'énigmcj devi- 
née. (1 ] 

— La Douteille 
noyée (2) 

— L'apprentissa- 
ge. (3) 

— Le sot. 



— Le bon plaisir 
de la mule . (5 

— La marmite. 

— Les ailes du 
chameau. (7) 

P. 3. La porte de 
la mosquée. 



1. Ed. de Beyrout. [Qis's'ah DjoKa) p. 2. 

2. Une version en arabe vuiçaire d'Algérie est donnée par 
Aliaoua ben Yahya. Becueil de tnèmes et vei'sions en arabe parlé. 
Mostaganem, 1890, in-8, no XXXIV, p. 16, cf. éd. de Beyrout, 
p. 2. 

3. Ed. de Beyrout, p. 2. 

4. Le même recueil (d'Allaoua) renferme une version en arabe 
parlé, no LVIII, p. 26 : on la trouve aussi dans l'édition de 
Beyrout, p. 2. 

5. Ed. ue Beyrout, p. 2. 

6. Cf. une version en arabe parlé ap. AUaoua b. Yahya, op, 
laud. no XI, p. 5. 

7. Aliaoua oen Yahya op, laud.^ n» XLVI, p. 21; Ed. de 
Beyrout, p. 2. 



VERSION BERBÈRE 



I. Si Djeh'a et le 
maître du mou- 
lin. (4) 



VIII. Si Djeh'a et 
la marmite. (6) 



18 



TABLEAU COMPARA TIP 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



— Le gardien 
trop fidèle. (0 

— La place du 
père. (2j 

— L'amande. (3) 

— La maison dé- 
fectueuse (4) 

P. 4. La bride. (5) 
— Les deux têtes. 



VERSION BERBÈRE 



XXI. Si Djeh'a et le 
mort assassiné f 6) 



1. La naïveté da Djoh'a à qui sa mère ordonne de tirer la 
porte sur lui, et qui, exécutant Tordre à la lettre, l'arrache de 
ses gonds et la transporte sur ses épaules (éd. de Beyrout, 
p. 3,) fournit le sujet d'un épisode de ses aventures dans 
divers contes. En Sicile : Gonzenbach. Sicilianische Mœrchen. 
Leipzig, 1870, 2 v. in-12, no XXXVII, Giufà, 1. 1, p. 251-252 ; en 
Italie, Pitre. Nooelle popolari toscane. Florence, 1885, in-12, 
no XXXIII. Gliicca mitto, p. 186 ; no XXXVII, Il mallo, p. 193, 
Visenti. Fiabe M.intovanl. Turin, 1879, no XLIV. // pazzo. 
Coronedi-Berti, Novelle popolari holognesi. Bologne, 1874. La 
patalocca. Une version en arabe vulgaire d'Algérie se trouve 
daus le Recueil d'Allaoua ben Yahya, no LXXXIX, p. 43. Cf. 
une version indienne et une anglaise tirées du Sacice fiUl of 
newSf ouvrage du XV1« siècle, citées par Clouston. The oook of 
the noodles. Londres, 1888, in-12, ch. IV. Gothamite drollenes, 
p. 97-98, cf. d'autres rapprochements indiqués par Kœhler, ap. 
Jahrbuch filr romanische und englische Literatur^ t. V, p. 18 et 
266 ; et Pitré. Novelle popolari toscane, p. 196, note 5. 

2. Ed. de Beyrout, p. 3. 

3. Ed. de Beyrout, p. 3. 

4. Cf. une version en arabe parlé d'Algérie ap. Allaoua ben 
Yahya. Becueil, no XXXVIII, p. 17. Ed. de Beyrout, p. 4. 

5. Ed. de Beyrout, p. 4. 

6 Le texte de Boulaq et celui de Beyrout (p. 4) reproduisent 
exactement cette histoire de même qu'Ah'med el Qalyoubi 
(Naouâdir, éd. de Boulaq, 1302 hég., in-8 hist. XCV, p. 39) qui 
la cite d'après Hamzah el iMeidani. On trouve quelques varian- 
tes dans les diverses recensions de ce conte : en général, c'est 
Si Djoh'a qui se débarasse d'un mueddin en lui coupant la tête 
et en enterrant le cadavre auquel sa mère substitue celui d'un 
bélier, d'où une équivoque plaisante quand la veuve du mueddin 



TABLEAU COMPARATIF 



19 



VERSION TURKE 



Chap. I. 

i . Un auditoire 
prompt à la ré- 
plique. 

2. Fiction légale. 



VERSION ARABE 



— Les visiteurs 
importuns. 

— Un auditoire 
prompt à la ré- 
plique. (2) 

P. 5. Djoh'a sellé 
et bridé. 



VERSION BERBÈRE 



VII. SiDjeh'aetses 
amis. (1) 



XXIII. Si Djeh'a et 
le Qaïd. (3) 



vient réclamer son mari, cf. MomaLUd. La vie arabe. Paris, 1856 
in-18 jés. p. 117. L'anecdote est aussi attribuée à Bou Na'as 
et la scène se passe près de la mosquée de Si Bou Djelal à 
Mascara, (FI. Pharaon, Spahis et turcos. Paris, 1864, in-18 jés. 

f). 182. Une traduction d'une version Kabyle a été publiée par 
e P. Rivière. Contes populaires de la Kabylie du Jurjura. Paris, 
1882, in-18, p. 43. La tête d'un cheikh. C'est aussi un des 
épisodes du Giufà sicilien (Gonzenbach, Sicilianische Mœrchen^ 
n» XXXVII, t. I, p. 252-253). Il en existe une recension russe, 
mais mêlée à d'autres traits ; cf. Ralston. Contes populaires de 
la Russie. Paris, 1874, in-18 jés., p. 53. Le fou et le bouleau ; 
Ciouston. The book of noodles^ ch. V. The Silly Son^ p. 152-154. 

1. Ed. de Beyrout, p. 4. 

2. Mallouf. Plaisanteries de Khodja Nasr eddin effendi (sic). 
Revue de l'Orient, de l'Algérie et des Colonies, t. XIV, 1853, n» 
I, p. 172; Ciouston. Chnental wit and Humow\i^. 66 aç. Flowei^s 
from apei'sian Garden. Londres, 1890, in-8. La version arabe 
algérienne existe dans J. Labbe. Un mois dans le Sahara. Lille, 
1865, in-8, AUaoua ben Yahya. Recueil, no LXXXIV, p. 40 ; éd. 
de Beyrout, p. 4. 

3. C'est la version kabyle, venue par un intermédiaire 
arabe, du célèbre fableau où Aristote remplace Djoh'a et 
Alexandre, le Qâid. La version arabe se trouve non seulement 
dans le Naouâdir et dans l'éd. de Beyrout p. 5, mais aussi dans 
le Nefh'at el Yemen d'Ah'med ech Chirouâni, Boulaq, 1305, 
hég., pet. in-8, p. 54. Dans cette dernière, Djoh'a n'est pas 
nommé. La version turke qui manque dans les textes traduits 
existe dans VAdjaïb el Maouaser, et a été traduite par Cardonne. 
Mélanges de littérature orientale, Paris, 1770, 2 v. in-12, t. I 
n. 16, et reproduite dans les Mille et un jours (éd. du Panthéon 
littéraire, Paris, 1843, gd. in-8, p. 650). Ce conte est sans doute 
d'origine indienne : du moins la plus ancienne version existe 
dans le Pantchatantra (trad. Lancereau, Paris, 1870, in-8, L. v) 
Benfey, (Pantschatantra» Leipzig, 1859^ 2 v. in-8, t. I, § 187, 



20 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 6. L'oubli d'in 
cha Allah. 

— Le chat et la 
viande. 

— L'achat prolon- 
gé. (3) 



VERSION BERBÈRE 



ii.'SiDjeh'a veut 
acheter un âne. 

0) 

IV. Si Djeh'a et la 
viande. (2) 



p. 461), a remarqué que la source est probablement bouddhi- 
que, comme rindique raventure du Richi, citée par Hiouen- 
tsang (cf. Voyage des pèlerins bouddhistes^ mémoires sur les 
contrées occidentales^ trad. Stan. Julien. Paris, 1857-58, 2 Y. 
in-8, t. I, p. 124) d'où dérive une anecdote du Dasakouma- 
tcharita. Au Richi qui jouait le principal rôle furent substitués 
le ministre Vararoutcbi qui se laissa raser la tète pour plaire 
à sa femme, et le roi Nauda qui fut bridé et monté par la 
sienne. Plus tard, l'anecdote fut transformée d'une manière 
plus piquante : le vizir qui blâmait son mattre de sa passion 
pour une femme, finit lui-même par céder à ses caprices les 
plus invraisemblables, et le moraliste fut surpris dans une 
posture ridicule par celui-là qu'il voulait moraliser. Ce conte 
n'existe pas dans les versions arabes du Kalilah et Dimnah ni 
dans celles dérivées de l'arabe et du syriaque : c'est cependant 
de cette langue qu'elle dû passer en Occident, par l'intermé- 
diaire de la Disciplina clericalis du juif converti Pierre Alphonse 
(ch. VII). Elle se retrouve dans les Fabliaux du moyen âge, et 
la version la plus connue est celle de Henri d'Andeli, cf. le 
Lai d'Aristote dans les Œuvres de ce poète éd. Héron. Paris, 
1881, p. 1-22, et Montaiglon et Raynaud. Recueil général de 
fabliaux, t. V, Paris, 1883, iu-8, n» CXXXVII, p. 243 ; Loiseleur 
Deslongchamps. Essai sur les fables indiennes, Paris, 1838, in-8, 
p. 50-51 ; Dunlop-Liebrecht, Geschichte der Prosa-Dichtung. 
Berlin, 1851, in-4, p. 483, note 253. 

1. Le Sottisier turk (n» LXXVI) donne une autre histoire 
avec la même morale : le Hodja en allant moissonner son 
champ a négligé de dire : s'il plait à Dieu. Il répète ensuite 
cette formule à tout propos et hors de propos. Cf. une version 
en arabe vulgaire d'Algérie ap. Allaoua oen Yahya. Recueil 
00 LXXXVI p. 41, et l'éd. de Beyrout p. 6. 

2. Ed. de Beyrout p. 6. 

3. Ed. de Beyrout p. 6. 



TiBLEAU COMPARATIF 



21 




VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 7. Djoh'a deve- 
nu Dandin.(l) 



1. C'est la seule version orientale connue d'une des scènes 
d'une comédie de Molière. Gewge Dandin, La femme que son 
mari croyait prendre en défauîE en l'empêchant de rentrer, 
feint de se jeter dans un puits et trouve ainsi le moyen de le 
mettre dehors et de lui retourner ses reproches. Ce conte 
existe dans le groupe des versions occidentales du Roman des 
Sept Vizirs (Les Sept Sages) : c'est l'histoire racontée par le 
second sage, Lentulus : version latine : HisloHa septem Sapien- 
tum éd. Buchner, Erlangen, 1889, in-8, p. 21, Puteus ; Liber de 
Septem Sapientibus^ éd. Gœdeke, ap. Beniey, Orient und Occident 
t. III. Gœttingen, 1866, p. 411, histoire du 4^ Sage ; en France : 
Leroux de Lincy. Roman des Sept Sages de jRome, Paris, 1838, 
in-8, p. 35. Ci est li riche home et sa famé qui lessa chaoir 
el puis la pierre y et li Sires qui es toit aus fenestres, quida que 
ce fust elle ; Gaston Paris. Deux rédactions en prose du roman 
des Sept Sages de Rome. Paris, 1876, in-8, chap. IV, p. 82: 
Comment le fils de Vempereur fut saulvé de morir pour celluy 
Jour par le moyen du second sage : l'exemple du chevalier^ qui 
pour le péchié de sa femme fut honte quand elle luy ferma la 
porte, luy cuydans qu elle fut tombée au puys. Dans une autre 
rédaction en prose (id. p. 18), le 3® exemple est mis dans la 
bouche de Mauquidas. En Italie : D'Ancona, Il libro dei selle 
savj di Roma. Pise, 1864, in-8, p. 33. Corne Lentulus^ uno de' 
selle savj, rivolge lo'nperadore che non faccia morir il figliuolo 
il quarto di con uno essenpro gli conta d'uno cui la moglie serro 
fuori di casa, essendo etla caduta in avolterio ; Storia d'una 
crudele matrigna, éd. Romagnoli, Bologne, 1862, in-16, n» 48, 
réimprimé par Roediger. Libro de'sette savi di Roma, Florence , 
1883, in-8, p. 29 ; Storia di Stefano, figliuolo d'un imperatore 
di Roma, Bologne, 1880, in-16, éd. Rajna, p. 137 ; // libro dei 
sette savi di Roma, éd. Cappelli. Bologne, 1865, in-16, p. 42 ; — 
en Hongrie : Teza, La tradizione dei sette savi nelle novelline 
magyare, Bologne, 1864, in-12, p. 119 ; en Bohême, récit du 
premier sa.se ; cf. Murko. Die Geschichle von den Sieben 
Weisen bei den Slaven. (Vienne, 1890, in-8, p, 35 ; en Pologne, 
éd. p. 81, version de Jan z Koszyczek, dérivée du latin) ; en 
Russie, (en prenant pour base le récit polonais), ibid. Ed. de 
Beyrout, p. 6. 



Û2 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



— L*amant et le 
mari trompé(l) 



i. Comme le précédent ce conte appartient au cycle de 
Sindibâd, mais ou le trouve dans les recensions orientales. 
L'origine est indienne : du moins il existe dans VHitopadesa 
(trad . Lancereau. Paris, 1 v. pet. in-8, t. II, f. 9 : il s'agit d'un 
juge et de son fils, au lieu d'un soldat et de son écuyer). 11 a passé 
de là dans les diverses rédactions orientales du Sindibâd- 
Nâmeb : version syriaque : Sindbân oder die sieben weisen 
Mmter, éd. Bœthgen, Leipzig, 1819, texte syriaque, p. 7-8, trad. 
p. n-18, — version grecque : (Syntipas), Fabulas romanenses 
graece conscriplae éd. Eberhardt. Leipzig, 1872, in-12, p. 22-23, 
— version hébraïque. Paraboles de Sendabar^ trad. par Carmoly. 
Paris, 1849, in-42, p. 115: Uarnant^ la flemme et V esclave ; 
Mischle Sindbad, éd. Cassel. Berlin, 1888, in-12. f. 9 du texte 
hébreu et p. 183 de la traduction. {Holo fermes), — Première 
version persane. Touti-Nâmeh de Nekhcbebi ap. d'Ancona, Il 
libro det selle savj di Roma^ p. LVl ; Deuxième version persane : 
Sindibâd-Nâmeh ap. Clouston. The book of Sindibad, Glasgow, 
188*, in-8, p. 35. — Version arabe : Qiss'ah Djoh'a, éd. de 
Beyrout, p. 7. Hisloire deè sepl vizirs^ dans les Mille et Une 
Nuits^ éd. de Boulaq, 1302 bég., 4 v. in-8, t. 111, p. 53 ; éd. de 
Habicht Breslau, 12 v. in-12, t. XII, 1843, p. 265 ; éd. de 
Beyrout, 5v. in-8, t. 111, 1889, p. 357. — Version espagnole: 
Libro de los En^annos ap. Comparetti, Ricerche inloimo al libro 
di Sindibad. Milan, 1869, in-4, p. 42, Enxiemplo delsenor etdel 
omme et de la mugei* et el marido de la muger como se ayunta- 
ron todos. C'est probablement par la Disciplina clericalis de 
Pierre Alphonse, (t. ï, p. 67), que ce conte a passé en Occident : 
on le retrouve dans le Lai de l'Epeiwier, (éd. G. Paris. Paris, 
1878, in-8, et dans Montaiglon et Raynaud. Recueil général de 
fabliaux j t. V, n» CV, p. 43. De l'Epervier). La version allemande 
des Gesla Romanorum, (cf. l'édition d'Oesterley. Berlin, 1872, 
in-8, p. 208, 228) en contient un remaniement ; un autre existe 
dans le Décaméron de Boccace. (Journée VII conte VI) avec des 
modifications importantes, soit du fait de la transmission orale, 
comme le pense M. Paris, soit plutôt par le fait de l'auteur 
italien lui-même. La version qu en a donnée Pogge [Facéties 
éd. Liseux, 2 v. in-12. Paris, 1878, t. I, n» CCLXVIl)est égale- 
ment très altérée. [Callida consilia Florentinœ feminœ in 
facinore deprehensœ). On peut citer aussi, parmi les recueils 
qui renferment ce conte, \ Elite des Contes de d'Ouviile, (éd. 



TABLEAU COMPARATIF 



23 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



— Le mari sur- 
pris. (1) 

P. 8. Recherche 
d'un homme. 

— La tradition. 

— Pris à son pro- 
pre piège. 

— La poule sur- 
prenante. 



VERSION BERBÈRE 



m. Si Djeh'a et la 
poule. (2) 



Brunet. Paris, 1883, 2 v. in-8, t. I, p. 165), cf. d'autres rappro- 
chements dans Loiseleur Des Longcnamps. Essai sur les fables 
indiennes j p. 77 ; Relier. Li Romans des sept SageSy Tubingen, 
1836, in-8, p. CXL ; id. Dyoclellanus Leben^ Quedlinburg, in-8, 
p. 46 ; Dunlop-Liebrecht, Geôchlchle der Prosa-Dichtungen^ 
Berlin, 1831, in-4, p. 151 ; Clouston. op. laud., p. 230-232; 
G. Paris, op. laud., p. 19-21. 

1 . Nous avons encore là une version d'un des contes du 
S^ntipas, quoique différente pour les détails : la conclusion est 
d ailleurs la même. La plus ancienne version se rencontre dans 
rinde, dans le Souka-Saptali, les soixante-dix contes du 
Perroquet^ cf. la traduction de ce conte, d'après ce texte 
donné par Lassen dans son Anthologie sanscn/e^ ap. d'Ancona, 
// libro dei Sette Savij di Roma, p. LVllI-LIX ; — version 
syriaque : Sindbân éd. Bœthgen (ou elle sert de conclusion à 
l'histoire de l'entremetteuse et de la chienne), p. 12-13 du texte, 
23-24 de la trad. ; version grecque : Fabulse romanenses, p. 
42-43, lid.), version hébraïque : Paraboles de Sendabar. 
tr. Carmoly, p. 85-86, (id.) ; Mischle Sindbad, éd. Cassel, 

S. 270-271 de la trad., f» 8 du texte ; — version persane ; The 
indibad-Namah, analytical account, par Falconer. (The Asiatic 
Journal, London, t. XXXVl, p. 13); Clouston. The book of 
Sindibad^ p. 58, 241 ; Touti Nameh de Nekhchebi ap. d'Ancona, 
op. laud.j p. LVII ; — version arabe ; Mille et Une Nuits, éd. 
de Boulaq, t. IIÏ, p. 59-60 ; de Breslau, t. XII, p. 297 (cf. éd. 
de Beyrout, p. 7) ; — version espagnole : Libro de los Enqan- 
nos, éd. Comparetti, p. 44-45. Enxiemplo de Voinme et de la 
muger et de la vieia et de la perilla. Ce conte a passé également 
dans le recueil de Pierre Alphonse. Disciplina clericalis (Paris, 
1824, t. I, p. 175). 

2. Ed. de Beyrout p. 7. 



24 



TABLEAU COMPARATIF 



1 

VERSION BERBÈRE 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



xxH. Si Djeh'a et 
TArabe. (2) 



P. 9. Dioh'a et le 
mendiant. 

— La viande bon- 
ne à tout. (1) 

P. 10. Les nom- 
breuses deman- 
des. 

P. H. Le jeûne 
intempestif. 

(3) 

— La faim est le 
meilleur assai- 
sonnement. 



1. Ed. de Beyrout p. 7. 

2. Nous avons ici une version kabyle d'un conte très 
répandu ; outre les Naouâdir et le Qis's*ah Dioh'a (éd. de 
Beyrout p. 9), on en trouve une version arabe dfans le second 
supplément du Thimârat el Aoui'â^-p. 214 (Kanecdote se passe 
au temps de Hadjdjàdj) ; une version persane nous est fournie 
par un conte de Livaï publié par Falconer. Extraits from the 
persian poets^ (Londres, 1843, in-8), et trad. en français par 
Garcin de Tassy (Journal asiatique j juillet-août, 1843,* p. 125). 
En Occident, nous le retrouvons dans les Exempta de Jacques 
de Vitry (éd. Crâne, Londres, 1890, n^ CGV, dans les Contes 
moralises de Nicole Bozon (éd. Meyer et Toulmin Smith). Paris, 
1890, in-8, n» 122, contra maledicos et inicos ; version latine 
p. 212-213) ; dans les Fabliaux éd. Barbazan et Méon, Paris, 
1808, t. 11 p. 66 ; il existe en Espagne dans la Disciplina cleri- 
calis de Pierre Alphonse (éd. Schœidt ch. XXX p. 76 ; éd. de 
Paris, t. 1 ch. XXV, p. 172 et t. II, conte XXIII p. 143), et dans 
le Libro de los Enxemplos ch. CCIV. Cf. aussi Henel Erzaehlun- 
qen der rheinlaendischen Ausfreundes {Saemmtliche Werke^ 
Karlsruhe, 1832, t. 111 p. 71) et Butler, The Common School 
Speaker t (Louisville, 1857, p. 57, Bad news). Les versions 
algériennes ont été données par Cherbonneau. Exercices pour 
la lecture des manuscrits arabes^ Paris, 1853, in-8. Les fà/meux 

Î\réliminaires, p. 64 du texte, 55 de la traduction ; par 
i'I. Pharaon, Spahis et turcos p. 187 ; Mornand, La Vie arabe 
p. 136-138; Dolphin, Textes pour V élude de V arabe parlée n° 
aXXVI. Le Bédouin et Vavare. 

3. Ed. de Beyrout p. 10. 



TABLEAU COMPARATIP 



25 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



X. Si Djeh'a et ses 
hôtes. (2) 



IX. Si Djeh'aetles 
gens qui man- 
gent. (5) 



— Le repas de fi- 
gues. (1) 

— La viande par- 
tagée. 

— Le mangeur 
énorme. (3) 

P. 12. Le maria- 
ge. (4) 

— Moyen de se 
faire inviter. 

— Le falouzedj. 

(6) 

— La poule à 

longue vie. (7) 



1. Ed. de Beyrout p. 10. 

2. Ibn el Djouzi, dans le KUâb el Azkia (ch. XXII p. 113), 
rapporte cette anecdote en lui donnant pour héros un certain 
Mozeyed. Ed. de Beyrout p. 10. 

3. Ce conte se trouve déjà dans le MoslaVref d'EI Ibcbihi 
(t. I p. 215), d'où il a été reproduit dans le Cours de littérature 
arabe de M. Bclkassem ben Sedira {j\9 18), et par Daumas, La Vie 
arabe et la Société musulmane. Paris, 1869, in-8, p. 319. Ed. de 
Beyrout p. 10. Une version en zouaoua se trouve dans le Cours 
de langue Kabyle de M. Belkassem ben Sedira n^ 79 p. 62 : 
Bou *Àbbodh et le marabout. Une version turke, conservée dans 
VAdjàib el Measer, et dans laquelle le personnage est appelé 
Museiré, a été traduite par Cardonne {Mélanges de littérature 
orientale, Paris, 2 v. in-12, 1770, t. I p. 117. Le glouton). 

4. Ed. de Beyrout, p. 11. 

5. Une version bien plus ancienne existe dans le Kitâb el 'Igd 
el Ferid, de l'Arabe espagnol Ibn' Abd Rebbih (t. III p. 341). 
<c Un parasite passait près d'une troupe de gens qui déjeû- 
naient. » n Salut, leur dit-il, bande de coquins. » — « Nous ne 
sommes pas des coquins, mais des gens honorables. » Alors il 
replia ses jambes, s assit près d'eux et leur dit : « Que Dieu 
vous place parmi les gens sincères et moi parmi les menteurs ». 
Cf. éd. de Beyrout p. 11. 

6. Ed. de Beyrout, p. 11. 

7. Ed. de Beyrout, p. 11. 



26 



TA0LEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



V. Le chevreau rô 
ti. (1) 



— Le chevreau 
mangé par ran- 
cune. 

— La gourman- 
dise. 

P. 13. Si Djoh'a 
et l'émir à ta- 
ble. (2) 

— Si Djoh'a et Ta- 
vare qui vou- 
lait ménager son 
miel. (3 ) 

— L'invitation re- 
fusée. (4) 

— Si Djoh'a et la 
soupe dange- 
reuse. (5) 

— L'amour pour 
le Prophète. 

— L'invitation 
exagérée. (6) 



1. Nous trouvons encore dans Ibn' Abd Rabbih [Kitâb *Iqd 
el Ferid, t. 111, p. 325^ la plus ancienne version de cette 
anecdote, rapportée d'après El Medaïni. Le fait se serait passé 
à la table d'El Moghaïrah b. *AbdallahEth Thaqefî, gouverneur 
de Koufah. Galland {Paroles remarquables des Orientaux 
p. 466), l'attribue à un Arabe du désert mangeant avec un 
Khalife d'après Djami (c. Vl), cf. Beliaristân édition de Schlechta- 
Wssehrd, Vienne, 1846, p. 62-63 du texte, 73-74 de la traduc- 
tion ; elle a été re{)roduite par Daumas. Mœurs et coutumes 
de l Alqérie^ Paris, in-l8 jés., 18-)8, p. 33, et Machuel. Méthode 
pour Vétude de V arabe parlé^ p. 483. 

2. Ed. de Beyrout, p. 11. 

3. Ech Chirouàni, Neh'at el Yemen p. 6 ; Machuel, Méthode 
pour Vétude de V arabe parlé p. 230; éd. de Beyrout p. 11 

4. Ed. de Beyrout p. 11. 

5. Ed. de Beyrout p. 12. 

6. Cette réparte est attribuée à Ibn el Mokaffa, le traducteur 
arabe du Kaliiah et Dimnah par Ibn 'Abd Rabbih {Kitâb el 
'Iqd el fend, t. III p. 227). 



VERSION BERBÈRE 



TABLEAU COMPARATIF 



27 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



— Le chrétien peu xv. Si Djeh'aet le 
scrupuleux. chrétien. 

P. 16. Si Djoh'a, 
sa femme et 
Tamanl. (1) 

— Si Djoh'a, sa 
femme et l'a- 
mant qui mange 
une aubergine. 

(2) 

— L'hôte écon- 

duit. (3) 



1. Ed. de Beyrout p. 13. 

2. Ed. de Beyrout p. 15. 

3. C'est une version orientale du conto des Deux Perdrix 
qu'on retrouve dans un fableau français : A. de Montaiglon et 
Raynaud, Recueil général des fabliaùjr, t. I. 1872, n» XVII p. 
188, Le dit des Perdriz ; Bartsch. Chrestomalhie de l'ancien 
français, Leipzig, 1884, in-4, p. 209-302. Li Fabliau des perdris 
(Le? pprdrix sont déjà mangées par la femme du vilain, quand 
elle lait croire à son mari que le chapelain les emporte). Ce 
fableau a été imité par D'Où ville, Elite des contes, t. I, p. 175, 
D'une servante qui mangea deux perdrix dont par une subtilité 
elle s'excusa ; il a passé dans nombre de contes populaires : 
Chapelot, Contes balzatois, Angoulême, 1871, p. 12; Sébillot, 
Littérature orale de la Haute Bretagne^ Paris, 1881, pet. in-8, 
p. 137 ; Cosquin, Contes populaires de Lorraine, Paris, 2 v. in-8. 
s. d. t. IL n® LXXXIV p. 3i8. Les deux perdrix ; Braga, Contos 
tradicionaes do pooo portuguez, Porto, s. d. 2 v. in-12, t. I, n» 
117. As orelhas do Abbade conte des Açore?) ; Sobremesa y 
Alivio de Caminantes, éd. Ribadeneyra, conte LI p. 181 ; Zapata, 
Facezie, molli e burle p. 36 ; Passatempo di curiosi, p. 22. Dans 
d'autres versitms, les perdrix sont remplacées par des'poulets : 
Pauli, Schimpf und Ernst, éd. Simrock, Heilbronn, 1876, in-12, 
n° 292, p. 224. Grimm, Kinder-und Hausmaei*chen^ Berlin, 
1880, in-8, n» LXXVII, p. 306. Die Kluge Grelhel. Dans un conte 
de Désaugiers, transformé ensuite en pièce de théâtre, sous le 
titre de « te Dîner de ^fadelon », il s'açit d'une oie à la place 
de poulets (Revue des Traditions populaires, Janvier 1890, p. 32j. 
cf. aussi E. Duméril, Etudes sur quelques points d'archéologie 
el d'histoire littéraire, Paris, 1862, in-8, p. 473. La source de 



28 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TLRKE 



VERSION ARABE 



XVII. Si Djeh'a et 
la tête de brebis. 

(2) 



P. 17. La tête de 
mouton et les 
têtes des bien- 
heureux. (1) 

— La tête sans 
yeux ni oreilles. 

— Refus d'inviter. 

— Maigre invita- 
tion. 

— Les apparences 
sont souvent 
trompeuses. 

— Refus de parta- 
ger une poule. 

(3) 
P. 18. Les dattes 

et les noyaux. 

— Visite au père 
de Djoh'a. (5) 

— Djoh'a et Tava- 
re qui refusait 
de l'inviter. f6) 



cette anecdote paraît être le conte du Pilon, qu'on retrouve 
dans nie de Ceylan [Orientaliste 1884, p. 38, cité par Cosquin, 
ojp. laud. p. 350) ; dans l'Inde méridionale : Natesa Sastri, 
Folklore in Southern India, Bombay, 2 v. 1884-1886, 1. 1. n^ XI. 
C'est dans l'Inde que Beschi a sans doute trouvé la version 
qu'il a insérée dans la 8« aventure du Gourou Paramarta [Le 
Hantchatçmtra ou les cinq ruses^ Paris, 1872, in-8, p. 326). Ed. 
de Beyrout, p. 15. 

1. Ed. de Beyrout, p. 14. 

2. Une version en arabe vulgaire, où Si Djoh'a n'est pas 
nommé, est donnée par Machuel, Méthode pour l'étude de 
l'arabe parlé, p. 208-209 ; éd. de Beyrout, p. 14. 

3. Ed. de Beyrout, p. 14. 

4. Ed. de Beyrout, p. 14. 

5. Ed. de Beyrout, p. 14. 

6. Il en existe une version en arabe vulgaire d'Algérie ap. 



VERSION BERBÈRE 



TABLEAU COMPARATIF 



29 



VERSION TURKE 



3. Déménagement 
inattendu. 

4. Leçon d'archi- 
tecture. 

5. Gosier altéré 
court à Peau (5) 

6. Les crêpes bat- 
tues. 

7. Bénéfice espéré 
d*une fâcheuse 
visite. 

8. Leçon de bota- 
nique. 

9. Pretidre est fa- 
cile, s'échapper 



VERSION ARABE 



• Djoh'a man- 
geant avec sa 
femme. (1) 

- Fermer la por- 
te et apporter à 
manger. (2) 

- Djoh'a cherche 
à se faire invi- 
ter. (3) 

- Déménagement 
inattendu. 



VERSION BERBÈRE 



P. 4. Les crêpes 
battues. (6) 



XXXI. Si Djeh'a et 
le voleur. (4) 



P. 19. Prendre est 
facile, s'échap- 



Machuel, Méthode pour l'étude de V arabe parlée p. 170. Ed. de 
Beyrout, p. 14. 
i. Ed. 06 Beyrout, p. 14. 

2. Ed. de Beyrout, p. 14. 

3. Ed. de Beyrout. p. 14. 

4. Cf. Ethé, Ein tUrkischer Eulenspiegel^ dans ses Essaya 
und Studien, Berlin, 1872, in-8, p. 241-242. La plus ancienne 
version existe en syriaque dans le Livre des plaisanteries 
composé par Bar Hebraeus, cf. Kirsch und Bernstein, Chreslo- 
malnia syriaca^ Leipzig, 1832-36, 3 part, in-8, l»"* partie, p. 3-4 ; 

H Oberleitner, Chrestomathia syriaca. Vienne, 1826, 2 v. in- 8. 
t. I, p. 23. Ed. de Beyrout, p. 16. 

5. Cf. Clouston The book of Noodles, p. 91-92. 
Il 6. Ed. de Beyrout , p. 5. 

1. 






30 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



Test moins. 
^0. Songeur déçu. 

11. Contrat sans 
portée n'est point 
a rompre. 

12. L'arbre à fro- 
mage. 

13. Dans les nom- 
breuses affaires 
est le bénéfice. 

14. La cigogne 
transformée. 

15. Nécessité de 
Texpérience. 

16. Un mélomane. 

(4) 



VERSION ARABE 



per l'est moins. 

(0 
P. 4. Songeur dé- 
çu. (2) 



P. 11. Dans les 
n mb reuses 
affaires est le 
bénéfice. 

P. 19. La cigogne 
transformée. 

(3) 



VERSION BERBÈRE 



P. 26. Remercî- 
ments aux gre- 
nouilles qui lui 
renvoient son 
àne. 



1. Ed. de Beyrout, p. 17. 

2. Ed. de Beyrout, p. 4. Ibn 'Abd Rabbih rapporte dans le 
Kitâb el 'Iqd el Ferid (t. III, p. 314), d'après H'ichâm ben H'asan, 
la même anecdote d'une façon un peu différente : c'est un sot 
qui va consulter Ibn Sirin, auteur d'un traité célèbre d'onei- 
romancie, sur un rêve analogue. Cf. dans Clouston, The book 
of NoodleSy p. 93-94, une comparaison de cette anecdote avec 
un conte irlandais {L'Irlandais et le pape) et un conte danois. 

3. Cf. la môme anecdote dans Ècn Chirouàni, Nefh'at el 
Yemen, p. 63 ; Ed. de Beyrout, p. 16. 

4. El Ibchihi, dans le MostaVref (t. II, p. 306) rapporte une 
réponse analogue d'un parasite qui déclarait préférer parmi 
toutes les sourates du Qoràn, celle de la Table, cf. aussi Clous- 
ton, The book of Noodles^ p. 93, note I. 



tABLEAU COMt»AtlATIF 



31 



VERSION TURKE 



17. Les plaisants 
devinés. 

48. Les approches 
du jugement der- 
nier. 

19. Un Juif adroi- 
tement dépouillé. 

20. Où sont les lu- 
nes passées. (4) 

21. C'est aux épau- 



VERSION ARABE 



P. 28. Djoh'a 
meurt sans être 
rassasié. 

P. 29. Les plai- 
sants devinés. 

P. 15. Les appro- 
che du jugement 
dernier. 

P. 22. Un Juif 
adroitement dé- 
pouillé. 

P. 9. Où sont les 
lunes passées. 

P. 23. L'habit 



VERSION BERBÈlf: 



XLiv. Si Djeh'a et 
les tolbas. (1) 

xxxii. SiDi'eh'a et 
le jour du juge- 
ment. (2) 

XX. Si Djeh'aet le 
Juif. (3) 



1. Une version en arabe vulgaire d'Algérie est donnée par 
Gourliau. Cours graduel d'arme parlée Miliana, 1889, in-8, 
p. 208. Ed. de Beyrout, p. 23. 

2. J'ai donné, de ce conte, une version en dialecte des 
K'çour du Sud Oranais {Documents relatifs à la philologie 
berbère^ Alger, 1887, in-8, ç. 37-38). Une verrîion en arabe vul- 
gaire existe dans Machuel, Méthode pour Vétiide de V arabe variée 

E. 234, Cf. aussi Clouston, Popular Taies and Fictions^ Èdim- 
ourg, 2 V. in- 8, 1887, t. II. p. 35, note I. Ed. de Beyrout, p. 13. 

3. Cf. Ed. de Beyrout, p. 19. Kœhler, Nasr eddin's Schwœnke 
'Orient und Occident^ i, 1, p. 43). Cette anecdote existe aussi 
dans le Poitou, le juif est remplacé par un curé : Lacuve, Les 
cent Ethius (Les cents écus). Hevue des traditions populaires^ 
mars 1891, p. 143. Gf.laXX» nouvelle de Sabadino délie Arienti, 
Le bourgeois et le notaire^ et les Patraîias de Timoneda ap. 
Dunlop-Liebrecht, Geschichte der Prosa-Dichtunoen, p. 271. Un 
épisode d'un conte allemand (Gri mm, Kinder-und Hausmœrchen, 
Berlin, 1880, pet. in-8, no VIÏ. Der Gute Handel) nous présente 
un Juif perdant de la sorte ce qu'il a prêté à un paysan. 

4. Cette plaisanterie a passé en Nubie, cf. Heinisch. Die 
Nuba-Sprache, Vienne, 2 v. in-8, t. 1, p. 179. Dans l'île de 
Sylt, on dit que les étoiles sont découpées dans d'anciens 
soleils, cf. MtlIIenhoff. Sagen, Marchen und Lieder aus Schles- 
wig-Holstein, Kiehl, 1845, in-8, p. 359. Cf. aussi Roehler, 
Nasr eddin's Schwœnke [Orient und Occident L 433). Ed. de 
Beyrout, p. 8. 



32 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



fait le moine, 
(i) 



VERSION BERBÈRE 



lettes qu'on pré- 
sente les armes. 

22. Avantages 
d'une éducation 
religieuse. 

23. A chicaneur, 
chicaneur et de- 
mi. 

24. Dis-moi ce que 
tu manges, je 
dirai ce que tu 
es. 

25. Conseil médi- 
cal fondé sur 
l'expérience. (2) 

26. Mieux vaut 
petit inconvé- 



1. Cf. St. Prato : Quelques contes littéraires dans la littéra- 
ture populaire I {Revue des traditions populaires mars 1889, 
p. 167) et les notes ; Rirchhof, Wendunmuth^ t. I, p. 122 ; 
Pauli, Schimpf und Ernst, p. 416 ; Ethé, Ein tilrkischer 
Eulenspiegely p, 242 ; Malloui. Plaisanteries de Nasr eddin, 
III, p. 72 ; une autre version kabyle a été donnée par Belkas- 
sem ben Sedira, {Cours de langue Kabyle^ Alger, 1887, p. 148, 
Dieh'a et le qaid). Une version persane a été publiée par 
Gladwin, Persian monshee, Paris, 1840, t. I, no 63. Une ver- 
sion arabe d'Algérie se trouve dans V\. Pharaon, Spahis et 
turcos, p. 208 : le héros se nomme Bon Kerche et la scène se 
passe à Blidah ; Ed. de Beyrout p. 20 ; une version italienne 
existe dans Sercambi, Novelle, Bolo^e, 1870, n» 9 ; Crâne, 
Italian popular taies. Londres, 1885, p. 296 et 380, la version 
sicilienne est fournie par un épisode du conte de Giufa 
(Gonzenbach, Sidlianische Maerchen 1. 1, n» XXXVII, p. 258-259), 
A^ostino Longo, Aneddotti siciliani, Catanel845, n® 22 et Pitre 
Fiabe, novelli e racconti popolari siciliani, Palerme^ 1875, t. III, 
n« 190, etc. 

2. Dans Tanecdote traduite par Galland {Paroles remar 
quables des Orientaux, p. 461) c*est un homme de Sivri Hissar 
qui conseille à un autre de se faire arracher un œil comme 

I lui-même s*est fait arracher une dent. 






TABLEAU COMPARATIF 



33 




nient que grand 
dommage. 
27. Enigme bien 
devinée. 



28. La lune tirée 
du puits. 

29. Ablution res- 
tituée. 

30. Réflexion sur 
le mariage. 

31. Avis confiden- 
tiel d'un vendeur 
trop conscien- 
cieux. 

32. Avantage obte- 
nu d'une prière. 



VERSION ARABE 



P. 7. Enigme bien 

devinée. (1) 
P. 32. Riposte sur 

la soupe trop 

chaude. (2) 
P. 34. La lune 

tirée du puits. 

(3) 



P. 24. Avis confi- 
dentiel d'un 
vendeur trop 
consciencieux(4) 

P. 27. Le rayon 
de lune. (5) 



VERSION BERBÈRE 



1. Ed. de Beyrout, ç. 9. 

2. Cf. Clouston, Oriental wit ap. Flowers from a persian 
garden p. 69-70. Ed. de Beyrout p. 24. 

3. Cf. Clouston, The book of noodles p. 92 ; une version en 
arabe d'Algérie est donnée par Machuel, Méthode pour Vétude 
de Varabe Tfiarlé p. 213; éd. de Beyrout p. 25. Le conte existe 
plus ou moins modifié en Allemagne : Cf. Meier, Schwaebische 
votkssagen p. 361, et d'autres rapprochements indiques par 
K.œbler, Nasr eddin's Schwaenke. lOrient und Occident 1. 443), 
auxquels il faut ajouter une version persane (M™* Dieulafoy, 
Tour du monde t. XLIX, 1885, n^ 1257 p. 51) Kœhler cite entre 
autres l'aventure de Claus Narr, et celle d un paysan croyant 
que son àne avait avalé la lune qu'il avait vue dans un 
ruisseau, et le tuant pour la retrouver. 

4. Dans la version arabe de Boulaq et de Beyrout (p. 21), 
le turban est trop long. 

5. Cf. Ethé, Ein tûrkischei' Eulenspiegel^ p*. 243. C'est le conte 
célèbre du voleur qui se laisse persuader de descendre à 
cheval sur un rayon de tune, cf. Kalilah et Dimnah^ éd. de 
Boulaq, 1249, hég. in-4, p. 25 ; éd. de Sacy, Pans, 1816, in-4, 



34 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



33. La sauce de 
canard. 

34. Un planteur 
d'ail prévoyant. 

35. Les poussins 
en deuil. 



VERSION ARABE 



P. 19. La sauce 
de canard. (1) 



P. 14. Les cous- 
sins en deuil. (2) 



VERSION BERBÈRE 



p. 24. {Biographie de Bouzourdjemhir par Barzouyeh) ; trad. 
russe d Attaï et RiabDin, Kniga Kalilah i Dimnah^ Moscou, 
1889, p. 46 ; Guidi, Studii sul teato arabico di Calila e Dimna^ 
Rome, 1873, in-8, p. 18. Une autre version arabe existe dans le 
Thimârat el Aourâq p. 75. Ce conte a passé en grec : Aurivil- 
iius, Prolegomena ad lihrum Stephanites^ Upsala, 1780, in-8, 
p. 33 ; réimprimé par Puntoni à la suite du Direclorium de 
Jean de Capoue p. 318 : Puntoni, Stephanites kai Ikhnélates, 
Rome, 1889, in-8, p. 33 (et en note, la variante tirée des 
manuscrits du Vatican n^ 949) ; — en latin : Baido, Aller 
Aesopus f. Vï, De fure qui radium lunae equitat ap. E. Duméril, 
Poésies inédites du moyen âge, Paris, 1854, in-8, p. 222 ; 
Raymond de Béziers, cité dans les notes de l'ouvrage précédent 
p. 222 note 2 ; Wright, Sélections of latin sloriesy Londres, 
1842, in-8, n^ XXIII p. 24 ; Pierre Alphonse, Disciplina clerica- 
lis éd. Schmidt, Berlin 1827, in-4, p. 70 ; Jean de Capoue, 
Directorium humanae vitae^ éd. Puntoni, Pise, 1884, in-8, p. 24 ; 
Oesterley, Gesta Romanorum^ Berlin, 1872, in-8, ch. 136 p. 490 : 
Quod vigilare débet pastor animantium et notes p. 734 ; en 
italien : Del governo de' regniy Bologne, 1872, in-12, p. 8 ; en 
allemand, Buch der Weissheitder alten Weisen, Strasbourg, 1545, 
sect. 6; en français: Legrand d'Aussy. Fabliaux 111, 253. Du 
voleur qui voulut descendre sur un rayon de lune ; Violier des 
histoires romaines^ éd. Brunit, Paris, 1854, in-12, ch. CXIV, 
I Comment le pasteur des âmes doit veiller. Ce conte existe aussi 
en persan : Malcolm, Sketches of Persia^ 1. 144 (version extraite 
de Vlyâri danich, cf. aussi De Sacy, Notices et extraits des 
manuscrits t, IX. l*'» partie p. 397), cf. Loiseleur Deslong- 
champs, Essai sur les fables indiennes ^ Paris, 1838, iu-8, p. 62, 
note 3 ; Dunlop-Liebrecht, Geschichte der Prosa-Diclitungen 
p. 484, note 262 a : Benfey, Pantschatantra, t. l § 17, p. 77-76 ; 
Kœhler, Nasi' edain's Schwœnke {Orient und Occident, t. I 
p. 242-243} ; Gaster, Literatura populara romana, Bucharest 
1883, in-12, p. 166. 

1. Ed. de Beyrout, p. 17. 

2. Ed. de Beyrout, p. 14. 



TABLEAU COMPARATIF 



35 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 5. Un mort 
craintif, (i) 

P. 3. Effet|singu- 
lier d'un coup 
de vent. (2) 

P. iO. Uuiproquof3) 

p. 14. Excuse ti- 
rée d'une échel- 
le. (4) 

P. o. Le comput 
du pot. (5) 



36. Plaisante ex- 
plication de la 
dispersion des 
hommes. 

37. Un mort crain- 
tif. 

38. Effet singulier 
d'un coup de vent. 

39. Quiproquo. 

40. Excuse tirée 
d'une échelle. 

41. Le comput du 
pot. 

42. Ce que Dieu 
fait, l'homme ne 
peut le défaire. 

43. Qui diffère de 
prendre reste les 
mains vides. 



1. Ed. de Beyrout, p. 5. J'ai recueilli une version de ce 
conte en dialecte mzabite. 

2. Une version kabyle est donnée par Belkassem ben 
Sedira. Cours de langue kabyle ^ n^ XVII. Le voleur et le maitre 
du potager : Si Djoh'a n'est pas nommé; Hanoteau et Letour- 
neux. La Kabylie et les coutumes Kabyles^ Paris, 1873, 3 v. in-8, 
t. 111, p. 233. Une version en arabe vulgaire d'Algérie, 
présentant quelque différence existe dans Machuel, Méthode 
pour V étude de V arabe parlé, p. 239. Cf. aussi éd. de Beyrout, 
p. 3. Les anecdotes citées par M. Clouston. The book of 
Noodies, p. 10-11) appartiennent à une autre série dont nous 
trouvons le type dans le fableau de Guérin : Du Provoire qui 
mangea les meures. (Montaiglon et Raynaud. Recueil de 
fabliauT, t. IV, 1880, no 92, p. 52 ; et t. V. Paris, 1883, no 113, 
p. 37. Do Preste qui manja mores). 

3. Ed. de Beyrout, p. 9. 

4. Ed. (le Beyrout, p. 12. 

5. Ed. de Beyrout, p. 5. 



VERSION BERBÈRE 



36 



TABLEAU COMPARATIF 




VERSION TURKE 



44. Nul ne résiste 
à i*aiirait du 
gain. 

45. Chacun croit 
que les autres 
s*occupent de lui. 

46. Qui paie a le 
plaisir. (1) 

47. Cadeau de pay- 
san coûte cher. 

48. Plaisante re- 
marque sur la 
lune du Beïram. 

49. A dénoncia- 
teur mauvais ac- 
cueil. 

50. Leçon de poli- 
tesse.* 

51. A moquerie 
front d'airain. 

52. A juge naïf 
réponse maligne. 

53. Un coq peu 
perspicace. 



VERSION ARABE 



P. 29., Cadeau de 
paysan coûte 
cher. 

P. 22. Plaisante 
remarque sur 
la lune du Beï- 
ram. (3) 



P. 27. Leçon de 
politesse. 



XVIII. Si Djeh'a et 
la sauce du lièvre 

(2) 



P. 20. Un coq peu 
perspicace. (4) 



1. Cette anecdote se retrouve presque textuellement dans 
un des épisodes du conte sicilien de Giufà (Gon^senbach, 
SicUianische Mœrcheriy t. I, n<> XXXV II, p. 60). 

2. Ed. de Beyrout, p. 23. Mallouf. Plaisanteries de Nasi" 
eddin^ V, p. 73-74 ; cf. une version arabe d'Algérie ap. J. Labbe. 
Un mois dans le Sahara, p. 248 ; FI. Pharaon, Spahis 
et turcos, p. 204. (Le lièvre est remplacé par un quartier 
de gazelle). Il a passé du turk en persan, où il est question 
également d'une gazelle, cf. M™« Dieulafoy, La Perse, la 
Chaldée et la Susiane, Tour du inonde, 1883, t. I, n» 1257, p. 90. 
En Italie, cf. St. Prato, Un conte populaire de Côme {Revue des 
Traditions populaires novembre 1887). 

3. Ed. de Beyrout, p. 19. 

4. Ed. de Beyrout, p. 17. 






TâftLEAU ÊÔMPARATIP 



37 



VERSION TURXE 



54. Un passeur 
arrangeant. 

55. Ce qui est 
différé n'est pas 
perdu. 

56. Tout exemple 
n*est pas bon à 
suivre. 

57. Une longue 
station. 

58. La fortune du 
pot. 

59. Moyen d'ac- 
couchement igno- 
ré des sages- 
femmes. 

60. Qui conseille 
plaide pour son 
saint. 

Ghap. II. 

61. Avantage d'un 
bon avis. 



VERSION ARABE 




P. 10. Un passeur 
arrangeant. 

P. 14. Ce qui est 
différé n'est pas 
perdu. (1) 



P. 14. Une lon- 
gue station. (2) 

P. 31. La fortune 
du pot. 

— Moyen d'ac- 
couchement 
ignoré des sa- 
ges-femmes. (3) 



P. 26. Avantage 
d'un bon avis. 



XI. Si Djeh'a et les 
dix aveugles. 



XXV. Le navet. (4) ,. 



1. Dans la version arabe de Boulaq et de Beyrout, (p. 12), 
c*est un Kurde dont le bœuf est battu ; dans la version turke> 
c^est un Turk. 

2. Cf. Beroalde de Verville. Moyen de parvenir. Paris, in 18 

I'és., ch. XXXIX. Passage, (réponse du compère Bonin) ; 
Lœhler. Nasr eddih's Schwaenke. {Orient und Occident), cite 
Bebel. Facetiœ, t. 111^ et une aventure semblable de Claus 
Narr. Ed. de Beyrout, p. 12. Tallemant des Réaux. Historiettes, 
Paris, 1840-1861, 10 voL in-12. t. X, p. 174. 

3. Ed. de Beyrout, p. 24. 

4. Dans la version turke, le prince cité est Timour, et il 
s'agit de figues substituées à des coings. De Hammer. Histoire 
de Vempire ottoman, t. II. Paris, 1835, in-8, note XXVIIÏ, p. 
464 rapporte la même anecdote sous deux formes : la première 
fois, il &'wt de figues ; la seconde, de concombres, cf. une 
version différente d'après Cantemir, De la Croix et Hocel ap. 
Rœhler. Nasr eddins Schwaenke. (Orient und Occident, I. 

Il 441-442) : elle se rapproche d'une nouvelle de Sacchetti citée 



38 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



# 



62. Les .oies de 
TanàerlaD. (1) 

63. Moyen a'ef- 
fraver un con- 
quérant. (2) 

64. Le bœuf subs- 
titué au cheval. 

65. Moyen de pré- 
server ses vête- 
ments delà pluie. 

66. Musique déli- 
cate réclame le 
silence. 

67. De maladie le 
médecin tire pro- 
fit. 



dans Dunlop-Liebrecht. Geschichte der Prosa-Dichtungen^ 
p. 257 et 491. Elle aurait en pour héros un Juif et l'empereur 
Hadrien, dans un récit hébraïque trad. par Hurwitz. Sagen 
der Hebrœer^ aus den Schriften der alten hehrœischen Weisen, 
Leipzig, 1826, p. 69 : la scène se passe en Galilée, et celui qui 
reçoit les figues sur la figure, se félicite de n'avoir pas apporté 
des coings. Dans les contes de d*Ouville, Tanecdote est 
attribuée aux sens d'une ville du Bas- Languedoc offrant des 
figues au lieu ae pommes de pin. (L'élite Ses contes, t. 1, p. 
48), et mêlée à une naïveté que j'ai entendu mettre sur le 
compte des femmes de Fraimbois, reçues par le duc de 
Lorraine Léopold : celle-ci se trouve déjà au aV1« siècle dans 
le Moyen de Parvenir de Béroalde de Vervillr et dans un conte 
picard. (Carnoy. Les aventures d'un petit garçon^ ap. Mélusine, 
t. ], vol. 279-280). 

1. Cf. Boccace, Décameron, VI Journée hist. 4 ; Timoneda, 
Alivio de Caminantes, Part. I, n» 45 ; Bidermanni, Utopia, 
I. VI, ch. 18 ; Borgnet, Légendes namuroiseSy Namur, 
1837, p. 215. (Jésus et S. Pierre) cit. par Dunlop-Uebrecht. 
Geschichte rfw Prosa-Dichtungen, p. 237 et 490 ; Kœhler. Nasr 
eddin's Schwaenke {Orient und Occident, I. 442). 

2. La version publiée par Dieterici, Chrestomathie ottomane. 
Berlin, 1854, in-8, Histoires de Si Djoh*a 1. p. 31-32, d'après un 
manuscrit de Berlin, est plus détaillée. C(. aussi Etné, Eiji 
lilrkischer Eulenspiegel, p. 244, 



TJkBLEAU COMPARATIF 



39 




VERSION ARABE 



Leçon de cos- 
mographie. (I) 



VERSION BERBERE 



68. Leçon de cos- 
mographie. 

69. Réponse adroi- 
te dun faiseur 
de miracles em- 
barrassé. 

70. Question de 
cérémoniaL (2) 

71. L*exemple du 
riche n*est pas 
pour le pauvre. 

(3) 



1. Dans la version arabe, le récit est tronqué : il ne s'agit 
plus, comme dans la version turke, du sultan Seidjouqide Ala 
eddin et des trois moines chrétiens, mais d'un individu qui se 
fait passer pour infaillible. Les questions posées sont au 
nombre de deux : Où est le centre de la terre ? Combien y 
a-t-il de poils à ma barbe?— La troisième (quel est le nombre 
des étoiles ?) n'existe que dans la version turke. J'ai étudié 
dans l'introduction de mon Loqmân berbère (Paris, 1890, in-12, 
p. LIX et LXIII) une série de ce genre, cf. aussi Kœhler, 
Nasr eddin*s Schwœnke, {Orient und Occident I, p. 440-441). La 
ire question se trouve dans le roman de Til Ulespiëffle : c'est 
la 3™e posée par le recteur : ch. XX VIII, Comment UÏespiegle à 
VUnrversité de Prague en Bohême dispute avec les étudiants et 
V emporte sur eux. {Les aventures de Til Ulespiègle trad. Jannet, 
Paris, 1867, in-16, p. 50} ; dans YElite des contes de d'OuviJle 
(t. I p. 184, dun seigneur de village et de son meunier) y et dans 
le conte portugsds de Dom Simcto (Braga, Contos tradicionctes 
do povo portuguezy Porto, 2 v. in-12 n» ULX, t. II, p. 86, d'après 
Trancoso, Contos e Historias). Une dispute analogue est attri- 
buée dans la littérature populaire roumaine, à un hodjà et un 
personnage du nom de Cacavela cf. Gaster, Lileratura populara 
romanaj p. 167. 

2. Dans Galland, Paroles remarquables des OtHentaux^ 
p. 463, la scène est placée à Samarqand. 

3. Cette anecdote, dans le texte turk, a pour héros troi» 
individus, l'un de Sivri-hissar, le second de Merz-houm« le 
troisième de Tach Guetcher. Dans une note (p. 64), M. Decour- 
demanche estime que ce récit prouve « çiue 1 auteur était bien 
de Sivri-hissar : il s'y révèle en effet, dit-il, un sentiment dv 



40 



TABLEAU COMPARATIF 




72. Le rieur et les 
poissons. (1) 

73. Une dispute 
nocturne. 



VERSION ARABE 



— Une dispute 
nocturne. (2) 



VERSION BERBÈRE 



jalousie de clocher d'une trop âpre saveur pour être inspirée 
par un littérateur ottoman uniquement occupé à composer un 
recueil de plaisanteries ». Malheureusement pour cette opinion 
Tanecdote exi$^tait avant Tépoque supposée où aurait vécu, 
Nasr eddin : On la trouve dans le Tnimàrat el Aourâa dlbn 
H'addjah (p. 76). Elle est attribuée, d'après Ei Asma*ï, le con- 
temporain de Haroun er Rachid, aux Benou Ghaffâr et à un 
sot qui naviguait avec eux. Après s'être répandue dans le 
monde muf^ulman, elle a été localisée dans un coin d'Anatolie. 

1. C'est le même sujet que la fable de La Fontaine qui 
porte ce titre (L. Vill f. 8). Elle avait été traitée avant lui par 
Athénée, Deipnosophistœ, L. Vl, ch. 6, qui attribue ce mot au 
poète Philoxène à la table de Denys le tyran ; Abstemius, f. 118 
De viro de morte patins scisdtante ap. Nevelet, Mythologia 
aesopica, Francfort, 1610, pet. in-4, p. 584 ; Folengo, Histoire 
macaronique de Merlin CoccaiCy L. XV, p. 253-254, éd. Jacob ; 
Guillaume Bouchet, Serées, éd. Roybet, Paris, 5 v. in-12, VI 
Serée ; La Floresta Spagnuola, Lyon, 1600, in-12, p. 282 ; G. 
Chappuis, Facétieuses journées^ Paris, 1583, in-8, V. journée, 
nouv. 9 ; S. .May, Fabulario, Valence, in-8, 1613, p. 56 ; Thré- 
sor des récréations^ 1611, p. 213-216, D'un compaonon qui 
demandoit aux poissons qu*on appw*loit à table nouvelle de son 
père qui étoit noyé ; Divertissement curieux de ce temps ^ Lyon, 
1650, in-12, ç. 22-23, Plaisanterie d'un bouffon et des poissons ; 
Democritus ridens, Amsterdam, 1655, in-8, p. 146, Stratagema 
parasiticum ; La lecture divertissante y Paris, 1657, in-8, p. 37, 
Plaisanterie d'un bouffon et des poissons. Après La Fontaine, 
le même sujet a été trïdté par Le Jay (Bibtiotheca rhetorum, 
Paris, 1725, in-8), t. I, 755 ; Desbillons, Fabulœ aesopiae, Paris, 
1*778, in-12, L. Vllf, fable 10, Parasitas et pisciculi; cf. Guillaume, 
Recherches sur les auteurs dans lesquels La Fontaine a pu 
trouver le sujet de ses fables^ Besançon, 1822, in-8, p. 47 ; 
Robert, Fables inédiles des Xll^^ XUI^'et XI V^ siècles, Paris, 
1825, 2 V. in-8, t. II, p. 131 ; Œuvres de La Fontaine, éd. 
Régnier, t. Il, Paris, 1884, p. :48. 

En Orient, cette fable se trouve dans le Kitâb el *Iqd el Ferid 
d'ibn 'Abd Rabbih (t. III, p. 338) : la scène se passe à Médine. 

2. Cf. Clouston, rien tac wit and humour (Flowers from a 
persian garden), p. 69. La rédaction dont le texte est donné 



TABLEAU COMPARATIF 



41 



I 



VERSION TURKE 



74. Toute plaisan- 
terie a des limi- 
tes. 

75. Nouvelles de 
l'autre monde. 

76. Nécessité d'in- 
voquer la Provi- 
dence. 

77 . Calembourg 
astronomique. 

78. Un mari atten- 
tif. (3) 

79. Un mari docile. 

80. Qui demande 
du savon ne se 
sent pas propre. 

8i. Moyen d'amé- 
liorer une voix 
défectueuse. 



VERSION ARABE 



P. 25, 20. Nouvel- 
les de l'autre 
monde. (1) 

P. 46. Nécessité 
d'invoquer la 
Providence. 



P. 28. Le corbeau 
et Je savon. 

P. 3. Moyen d'a- 
méliorer une 
voix défectueu- 
se, (o) 



VERSION BERBÈRE 



II. Si Djeh'a veut 
acheter un âne. 

(2) 



\xvi. Le corbeau. 



par Dieterici (Chrestomathie ottomane^ p. 37), et la traduction 
par Ethé (Ein tUrkischer Eulenspiegel ap. Essays und Sludien 
p. 247-248) est plus développée. 

1. Cf. éd. de Beyrout p. 18, 22, et un épisode des aventures 
du Gourou Paramarta (ap. Dubois Pantschatantra^ p. 309 et 
319). Faut-il rappeler que la maxime du conte tamoul a fourni 
le refrain d*une oallade îles Poèmes incongrus de Mac-Nab? La 
version arabe donne séparément les deux anecdotes réunies 
dans la version turke. 

2. Une version arabe en dialecte d'Algérie existe dans le 
Recueil d'Allaoua ben Yahya n«> LXXXVl p. 41. L'histoire 
diffère dans le recueil turk, mais la moralité et son applica- 
tion sont les mômes. 

3. Cf. Clouston The hook of noodles^ p. 90. 

4. Cf. Ethé, Ein titrkischer Eulenspiegel {Essays und Sludien 
p. 242). J'en ai recueilli une version en zénaga. Un autre en 
arabe vulgaire se trouve dans Machuel. Méthode pour l'élude 
de Varabe jMirlé, p. 197-198, éd. de Beyrout p. 23. 

5. H existe une version arabe d'Algérie d( 



Allaoua ben Yahya. n» XXVI p. 12. 



gérie dans le Recueil de 






42 



TAfiLEÂU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



82. La sueur de 
nègre. 

83. Exemple du 
respect dû à 
Dieu. 

84. La laitière et 
le pot au lait. 



VERSION BERBÈRE 



XXXIX. La pastèque. 

(1) 



1. Cette plaisanterie est répandue dans un grand nombre 
de littératures populaires. En France, elle est attribuée à un 
habitant de S. Maixent dans le Poitou (cf. Mélusine t. II, 
1884-85 col. 423) ; de Fruimbois en Lorraine : (Adam, Les patois 
lorrains^ Nancy, 1881, in-8, p. 485. L'û de polain) ; de Plessala, 
en Haute-Bretagne (Sébillot, Contes des paysans et des pêcheurs y 
Paris, 1881, in-18, jés. n® XLVIII, La citrouille) ; dans le 
Languedoc (L. Lambert, Contes populaires du Languedoc^ Revue 
des langues romanes, mai-juin 1888, Lou Goujat, p. 234-238) 
en Belgique, aux environs oe Dinan (cf. A. Harou, Facéties des 
coperes de Dinant, IV L'œuf de poulain, Revue des traditions 
populaires, août-f^ept. 1889, p. 483), c'est sans doute par la 
version turke que le conte a passé chez les Slaves du Sud 
(cf. Kraus>s, Sagen und Maerchen der Sûdslaven, t. II, Leipzig, 
1884, in-8, no CXIV p. 258, La citrouille}, et en Ukraine 
(Tchoubinsky, Contes ukrainiens, S. Pétersbourg, 1878, 

§. 571-572) où un Juif est mis en cause. M. Dragomanov, 
'après qui je cite ce dernier ouvrage, (Mélusine t. III, col. 68), 
croit que l'original de cette facétie est une des aventures du 
Gourou Paramarta (cf. Dubois, Pantschatantra, 2« aventure, 
Lœuf de jument p. 268), mais il semble ignorer que l'authenti- 
cité de ces contes, en tant que tamouls d'orieine, est contestée 
malgré l'autorité de Brockbaus, (Ueber die Abenteuer des Guru 
Paramarta, s. 1., 1850, in-8). L'ouvrage a été composé au siècle 
dernier par un missionnaire italien, le P. Beschi qui y a fait 
entrer des contes puisés directement à des sources occidentales, 
cf. J. Vinson, Pages inédites du P. Beschi, {Recueil de textes et 
de traductions, pub. par les professeurs de TEcole des Langues 
orientales, Paris, 1889, 2 v. gd. in-8, t. I p. 327), et un article 
de M. S. Lévi, {Revue critique, 1891, n» II, p. 202). Une autre 
version Kabyle en dialecte du Jurjura a été traduite par le 
p. Rivière {Contes populaires de la Kahylie du Jurjura, Paris, 
1882, in-18 p. 173). Une version des Arabes d'Algérie a été 
donnée par FI. Pharaon. Spahis et turcos, p. 200-203 : le héros 
de l'aventure est appelé Bou Hemar. 






TABLEAU COMPARATIF 



4: 



VERSION TURKE 



85. Chaque té- 
moin , chaque 
version. 

Chap. IV 

86. Illusion d'op- 
tique. 

87. Réflexion pa- 
ternelle. 

88. A Texemple 
d*autrui joins le 
raisonnement (i) 

89. Bonne répli- 
que à des com- 
mères. 

Chap. v 

90. Chasse au 
loup. (2) 

91. L'ignorant en 
remontre à son 
maître. 

92. Arabes mau- 
vais linguistes. 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



P. 21. Kurdes 
mauvais linguis- 
tes. (3) 



1. Il n'est nullement question du Hodja dans cette anecdote 
qui existe en Sicile et en Angleterre, cf. Clouston, The book of 
Noodles, ch. V, The Silly Sow, p. 169-170. Dans le conte anglais, 
le poulet est remplacé par des fèves. On le trouve aussi dans 
les Facéties de Pogge, éd. Liseux. Paris, 1878, 2 v. in-12, t. I, 
n® CiX, De medico in vlsitatione infirmorum versulo, 

2. Le début est le même gue dans un conte du Naouâdir 
(p. 90), mais dans ce dernier l'issue est différente et se termine 
par une naïveté de Djoh'a qui demande si son compagnon était 
venu à la chasse avec sa tête. La version turke est comparée à 
un conte des Highlands d'Ecosse par Clouston. The book of 
Noodles p. 91. 

3. Dans la version arabe, les Arabes sont remplacés par des 
Kurdes. La version turke traduite par W. de Kamerloher place 
aussi Taventure dans le Kurdistan, cf. Koehler, Nasr eddirCs 
Schwœnke (Orient und Occident I p. 434) qui cite une réponse 
analogue d'une servante allemancie d'après C. A. M. von W. 

I Kurtzweiliger Zeitvertreiber, 1668, p. 279 ; Ed. de Beyrout p. 31. 



44 



TABLKAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



Chap. VI 

93. Erreur judi- 
ciaire. 

94 . Plaisanterie 
faite à un juge 
vénal. 

95. Indemnité 
abandonnée. 

96. La peine du 
talion. 

97. L'oreille mor- 
due. (1) 

Chap. vu 

98. Secret bien 
firardé 

99. Bon efiet d*une 
recette. 

100. Avis judicieux 
donné par un 
âne. 

101. Un âne dis- 
paru. 

102. La queue 
dans le sac. 

103. D'où l'eau 
vient - elle au 
moulin. 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



P. 26. Bon effet 
d'unerecette.f2; 

P. 24. Avis juai- 
cieux donné par 
un âne 



XXXIV. Si Djeh*a et 
celui qui voulait 
lui emprunter 
son âne. (3) 



P. 26. La queue 
dans le sac. (4) 



1. Cf. Clouston, The book of Noodles p. 86. 

2. Ed. de Beyrout p. 21. 

3. J-ai recueilli une version de ce conte en dialecte Guélâia 
(Berbère du Rif) cf. mon Manuel de langue Kabyle^ Paris, 
lS87j in-12, 1II« partie, p. 37, et une autre en Zénaga. Une 
version en arabe d'AIeérie existe dans Machuel, Méthode pour 
V étude de l'arabe parlé, p. 188 ; Fi. Pharaon, Spahis et Turcos^ 



p. 
p. 



194 ; Mornand, La vie arabe, p. 115 ; éd. de Beyrout 
21. 
4. Ed. de; Beyrout p. 22. 



TABLEAU COMPARATIF 



45 



VERSION TURKE 



Chap. VIII 

104. Point de plai- 
sir sans peine. 

105. Faux témoi- 
gnage. 

106. La fontaine 
réprimandée. 

107. Dispute entre 
ignorants à pro- 
pos d'un savant. 

108. La faute de 
Tenfant s'impute 
au père. 

109. Un malade 
dégourdi. 

110. II n'est pire 
sourd que celui 
qui ne veut pas 
entendre. 

111 . Chaudière 
féconde. 

112. A rimpatien- 
ce succède la 
résignation. 



I 



VERSION ARABE 



P. 28. Point de 
plaisir sans pei- 
ne, (i) 



P. 14. La fortune 
réprimandée. 

(2) 



P. 31. La faute de 
l'enfantls'impu- 
te au père. 



P. 18. Chaudière 
féconde. 



VERSION BERBÈRE 



\vi. Si Djeh'a et 
le maître de la 
marmite. (3) 






1. Ed. de Beyrout p. 22. 

2. Ed. de Beyrout p. 13. 

3. Cf. éd. de Beyrout p. 16 ; Mallouf, Plaisanteries de Nasr 
eddirij n» II p. 72 ; Clouston, Oriental wit and humour [Flowers 
front a persian garden p. 67 j. Une version plus détaillée est 
donnée car Dieterici, Chrestomathie ottomane p. 34, d'après un 
manuscrit de Berlin, et par Ethé, Ein tûrkischer Eulenspiegel 
[Essays und Studien p. 246-247). Une version des Arabes d'Al- 
gérie se trouve dans FI. Pharaon, Spahis et turcos p. 179, et 
Machuel, Méthode pour l'étude de V arabe parlée p. 220 : dans 
cette dernière version Tanecdote est attribuée à une femme. 

3. 



46 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARARE 



VERSION BERRÈRE 



113. Quin*a point 
de défauts est 
dénué de quali- 
tés. 

114. Pédantisme 
horsde saison. (1) 

115. Jeunesse 
éveillée vaut 
vieillesse rusée. 

116. Cestlàoù il 
y a qu'il faut 
chercher. 

117. On donne 
souvent au mort 
ce qu'on refuse- 
rait au vivant. 

118. On ne sau- 
raitcontenter 
tout le inonde. 

119. Présence 
d'esprit d'un 
cadi. 

120. Moyen de 
ramener un faux 
prophète à la 
raison. (2) 

121. Le sultan et 
le musicien (3) 



1. Cf. une anecdote analogue, dont le sel consiste dans 
remploi hors de propos de termes, recherchés dans le MostaVref 
d'El Ibchihi, t. Il ch. LXXVl p. 301, et Ben Sedira, Cours de 
littérature arabe p. 6. 

2. Cette anecdote est placée par la version turke elle-même 
au temps du Khalife Haroun er llachid. 

3. El Ibchihi qui cite cette anecdote [MostaVref, t. II p. 105, 
reprod. par Ben Sedira, Cours de littérature arabe p. 23) la 
place aux temps antéislamiques ; le musicien est remplacé 
par un borgne. Elle a été traduite en Zouaoua : Ben Sedirâ, 
Cours de langue Kabyle p. 97 Agellid douferd'i thiV. 



tA^LBAU COMPAtlATIF 



47 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



122. Un facétieux 
tailleur. 

123. Rêve extra- 
ordinaire d*un 
tailleur, (i) 

124. Plaisante ex- 
cuse d'un vieux 
tailleur. 

125. Scrupule de 
dévote. 

126. La viande sé- 
chée. (2) 

127. Propos d*un 
polisson de Gons- 
lanlinople. 

128. Scène coiyu- 
gale. 

129. yn mari 
scrupuleux. 

130. Distribution 
intéressée. (4) 

131. Adresse d'un 
faux prophète . 
(5) 



1. On trouve ce conte dans le Latifè Nameh ; cf. Cardonne, 
Mélanges de littérature orientale, t. Il p. 82 ; Mille et un jours, 
éd. du Panthéon littéraire, Paris» 1843, gd. in-8 p. 663. 

2. Cf. Pogge, Facéties, éd. Liseux, t. II n» CXXXII p. 2, De 
judœomortuo asssumpto ignorantem in âbum per Florentinum ; 
Mélusine, t. II col. 422, t. III col. 69 ; Michel Febvre, Ttiéûtre 
de la Turquie, Paris, 1682, in-4 cité par 1. Lévi, Mélusine t. V. 
col. 194-195. 

3. Ed. de Beyrout p. 24. 

4. Dans cette anecdote qui, comme les précédentes n'a rien 
à voir avec le Hodja, il s agit de MoUa Djami et du sultan 
H'osaïn Baïqar. 

3. Galliind. Paroles remarquables des Orientaux p. 462. 



P. 32. Un mari 
scrupuleux. 

(3) 



48 



tABLfiAÙ COMPARÀtltf 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



132. Un faux pro- 
phète mis au 
pied du mur. 

133. Juif pendant 
]e carême, mu- 
sulman au Baï- 
ram. 

134. Qui se couvre 
trop transpire. 

135. Or mactif 
inutile. 

136. Blague dé- 
vote. 

137. La maladie 
du pauvre, c'est 
la faim. (1) 

138. Rémoras mé- 
dical. 

139. Lunettes à 
déplacer. 

140. Propos de 
table mal garnie. 

14i. Qui s'occupe 
des affaires des 
autres perd le 
repos. 

142. Un signe pré- 
curseur de la fin 
du monde. 

143. Question sur 
le jugement der- 
nier. 

144. Un sultan 
endurant. (2) 

145. Réflexion 



1. Gâlland, Paroles remarquables des Orientaux p. 464. 

2. Les héros de cette anecdote sont le sultan Mourad I et 
irosaïn pacha le fou. 



tÂBL&AÛ COMt»ARATt]^ 



49 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



faite à propos 
d*un tambouri- 
neur. 

i46. A bon chat 
bon rat. 

147. Le Hodja et 
sa belle-sœur. 

148. Conseil tenu 
par les souris. 

(i) 

149. Réponse 

adroite d'un 
nouveau conver- 
ti. (2) 



1. C'est la fable 2 du second livre de La Fontaine {Conseil 
tenu par les rats) ; Abstemius f. 195, De muribus tintinnabulum 
Feli appendere volenttbus ; Nœldeke, Die Erzœhlung von Mûuse- 
kœnig iind seinen minislem, Gottingen, 1879, in-4 p. 44 (trad. 
de la version syriaque), p. 45 (trad. de la version arabe), p. 64 
(texte arabe) ; Stephanites kai Ikhnelates^ éd. Puntoni p. 295 ; 
Attaï et Riabnin, Kniga Kalîlah i Dimnah p. 266 ; Abuschalem 
und sein Hofphilosopfî, Leipzig, 1868, in-12, p. 107 ; De mtiribtis 
consilium contra Calum ap. Robert, Fables inédites t. I. p. 98- 
101 ; Libros de los gatos ïx9 55, Enxemplo de hs mures con il 
gato ap. Gayangos, Escri tores en prosa anteriores al siglo XV ^ 
Madrid, 1859, gd. in-8 ; Nicole Bozon, Contes moralises n^ 121, 
Contra pusillamines (sic) subditos et prelatos ; Ysopet f. 62, 
Des souris qui firent conseil contre le chat ap. Robert op, laud, 
p. 100 ; Eustache Deschamps, CEuvres, t. I, ballade LVIII, p. 
151, Le chat et les souris ; Faerne, Fabulœ XLVII, Mures ; 
J. Régnier, Apologi Phœdrii^ Diion, 1643, in-12, L. 1 f. 1, Mures 
et feUa ; Verdizotti, Centa favole bellissime f. 33 ; Del govemo 
de* regni p. 133 ; Pavesio, // Targa^ Venise, 1576, in-12, 1 ; 
Benserade, Fables, Paris, 1678, in-12, f. 103 ; Desbillons, Fabulœ 
sesopiae L. VI, f. 7, Murium conventus ; cf. aussi Guillaume, 
Recherches^ p. 13 ; Lenient, La satire en France au moyen dae, 
Paris, 1859, in-i2, p. 236 ; Krauss, Sagen und Mcerchen aer 
Sud Slaven, t. I, n® 19, Conseil tenu par les souris ; Benfey. 
Pantschatantra, t. I, § 234, p. 605-606 ; La Fontaine, Fables , 
éd. Régnier, t. I, p. 133. 
2. Cf. Dumoret, Contes titres extraits de Nazérétin (sic) 



80 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



150. Uhultre et 
les plaideurs. 

151. C'est le vin 
qu'on ne donne 
point qui vieillit 
en cjive. 

152. Malice d'un 
poète. (1) 

153. Naïveté in- 
dienne. 

154. Malice de 
juif est pire que 
diabolique. (2) 

155. Orgueil d'au- 
teur. 

156. Bon avis don- 
né à un méchant 
barbier. 

157. Réflexion vil- 
lageoise. 



Khodjah^ Journal asiatique^ mai 1834, n» III p. 491. L'anecdote 
se passe au temps des premiers Khalifes de Baghdad. 

1. Galland, Paroles remarquables des Orientaux, p. 464. 

2. Le trait du Juif qui se fait porter par un démon paraît 
emprunté à un des épisodes des voyages de Sindhad le marin. 
Cf. Mille et une Nuits, éd. de Boulaq, in-8, t. III, p. 24 ; éd. de 
Habicht, t. IV, Breslau 1828, in-12, p. 82 ; éd. de fieyrout, 
t. III, p. 299 ; trad. de Galland, éd. du Panthéon littéraire, 
Paris, 1846. gd. in-8, p. 130-131. Cette tradition est sans doute 
originaire de l'Inde : on la retrouve dans ]e roman hindoustani, 
Les Aventures de Kamrup, eh. VI, Les Tasma-patr, trad. par 
Garcin de Tassy, Allégories, récits poétiques et chants populai- 
res, Paris, 1876, in-8, p. 249. Dans les notes de son édition des 
Mille et une Nuits, (p. 131) Loiseieur Deslongchamps a rappro- 
ché cet épisode d'un des contes du Pantchatantra, qui met en 
scène un rakchasa se servant d'un brahmane pour monture. 
Cette croyance a passé chez les Bassoutos, cf. un épisode du 
conte bsissouto. Le meurtre de Macitoniana (Casalis, Les 
Bassoutos, Paris, 1860, in-12, ch. XVIII, p. 355). — Cf. aussi les 
Hiinantopodes de Pline l'ancien, Hist. Nat. L. V, ch. 8. 



VERSION BERBÈRE 



N 



TABLEAU COMPARATIF 



51 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



P. 28. Accord con- 
jugal. 



158. D'uu extrême 
à Taatre. 

159. La calotte 
volée. 

460. Qu'on pleure 
ou qu'on rie, 
l'auteur le prend 
à son avantage. 

161. Réponse 
piquante d'un 
aveugle. 

162. Dévotion sin- 
gulière (1) 

163. Accord con- 
jugal. 

164. En toutes 
choses discerne- 
ment est néces- 
s aire 

165. Un enfant 
terrible. 

166. Ne mets la 
dent qu'à fruit 
connu. 

167. L'avare et la 
tête de mouton. 

168. Leçon donnée 
aux avares. (2) 

169. Prière d'ava- 
re. (3) 



1. Cf. une réponse analogue, {il s' agit de boire du vin en 
ramadhan) dans Galland, Paroles remarquables des Orientaux, 
p. 460-461. 

2. J'ai étudié les rapprochements de ce conte à propos du 
conte mozabite « La femme aux deux maris » dans mon travail 
sur la zénatia du Mozab et du Ouargia, actuellement sous 
presse. 

3. Galland, Paroles remarquables des Oriefiiaux, p. 465. 



32 



TABLEAU COMPARAtiF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 14. Les poules 
et le coq. 



VERSION BERBÈRE 



XIII. Si Djeh'a et 
ses amis au bain. 

(2) 



170. Tamerlan au 
bain. (1) 

171 . Les poules 
et Je coq. 

172. Les serviet- 
tes à ablutions. 

173. Le cadi dé- 
pouillé. ^3) 

174. Trait de pa- 
resse. (4). 

1. Galland, Paroles remarquables des Orienlaux, p. 465. 

2. De Haminer qui cite cette anecdote {Histoire de l'empire 
ottoman, t. II, p. 145), attribue la réponse à un poète nommé 
Ahmed. Le nom réel de ce personnage était Ah'medi, originaire 
du Kermàn. L'anecdote sur la mise à prix de Tiniour est citée 
par Tachkupruzadeh, Cheqâiq en No*mâniah, éd. de Boulaq, (en 
marge du Ouefâiat el A 'yân dlbn Khallikan, 2 v. in-4, 1299, hég.), 
t. I, p. 111. Dans le Sottisier turk, Timour est un des person- 
nages de l'aventure ; éd. de Beyrout, p. 12. Deipbin^ Recueil de 
textes yjp.XWlll. Les Tolbas marocains et leur compagnon de VEst. 

3. La première partie de cette histoire rappelle i'énuméra- 
tion des synonymes dans le conte arabe du Portefaix et des 
trois dames de Ëaghdâd, Mille et une Nuits, éd. de Boulaq, in-8, 
t. I, p. 26-27; éd. de Habicht, Breslau, 1825, in-12, t. I, 
p. 161-166, cf. aussi Béroalde de Verville, Le moyen de 
parvenir, ch. LXIX, p. 265, Couvent {Le curé et la femme) ; 
FI. Pharaon, Spahis et turcos, p. 190-194, Si DJoha et la fille 
du cadi de Blida. 

4. Cf. une anecdote semblable dans un conte du sud de 
rinde : Les quatre brahmanes fous, à la suite du Pantscha- 
tantra, trad. par Dubois, p. 363. Une version en dialecte arabe 
d'Algérie, a été publiée dans le Recueil de textes de M. Delphin 
(n° XXIX, Le fumeur de hachich et sa femme), et dans l'ouvrage 
de Mejdoub oen Kalafat : Choix de fables, Constantine, 1890, 
in-8, p. 101. Ce conte a passé de bonne heure en Europe : il 
forme un des épisodes d'une des Nuits de Straparole : il s'agit 
d'un mari et d'une femme qui se disputent à qui ne fermera 
pas la porte : Les facétieuses nuits, trad. Louveau et Larivey. 
Paris, 1857, 2 v. in-12, Vlll nuit, fable 1 : Trois fainéans vont 
de compagnie à Rome, et trouvent en chemin une bague à raison 
de laquelle ils entrent en grand' contention ; un gentilhomme 



TABLBAU COMPARATIF 



S3 



VERSION TURKE 



475. Un mort lo- 
quace. 

176. Le marchand 
de Diarbékir et 
son hôtesse. 

477. Valeur com- 
parative de rhi- 
ver et de Tété. 

178. Jeunesse ou 
vieillesse 

479. Miracle pos- 
thume de Nasr 
eddin. 

SUPPLÉMENT I. 

480. Observation 



VERSION ARABE 



P. 24. Un mort 
loquace.î(4) 



VERSION BERBÈRE 



P. 2. Observa- 



sui*vient qui ordonne qu'elle sei^a au plus poltron : enfin ils se 
trouvent tous trois si poltrons que la cause demeure indécise, 
(t. II, p. 123) ; Ancien théâtre françois, t. II, p. 115, Farce d'un 
chaudronnier ; Crâne, Italian popular taies p. 284-285 ; D'Ou- 
ville. L'élite des contes, t. I, p. 123 : D'un jeune homme et 
d'une jeune femme (version plus rapprochée du tamoul et de 
l'arabe), cf. d'autres rapprochements ap. Clouston, Popular 
taies and Fictions, l. II, p. 15-25, The silent couple. 

1. La plus ancienne forme de cette histoire se trouve dans 
un conte indien, d'un recueil sanscrit intitulé : Bharata- 
kadvatrincikâ (les trente-deux histoires) signalé par Weber. 
Monatsherichte der berliner Akademie, 1860, p. 71. La scène se 
passe à Elakapoura et a pour héros un moine mendiant à qui 
arrivent les mêmes aventures qu'à Si Djoh'a. Ou rencontre 
aussi ce récit dans le sud de l'Inde et c/est de là que le 
P. Beschi l'a fait passer dans le recueil tamoul des Aventures 
du Gourou Paramarta, (trad. Dubois, p. 305). Cf. aussi un 
conte litvanien ap. Schleicher, Lilauische Mdrchen, p. 41, von 
einem Besenhifider, et un conte agénais qui finit tragiquement : 
Joan lou Per, cité par Luzel, Légenaes chrétiennes de la 
Basse Bretagne, Paris, 1881, 2 vol. pet. in-8, t. I, p. 357, note. 
Cf. Koehler, Nasr eddin' s Schwânke (Orient una Occident, l 
p. 434-438) ; Clouston, The book of Noodles, ch. V, The silly son, 
p. 157-160, éd. de Beyrouth, p. 18. 



»♦ r 



Tableau comparatif 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



tion climatéri- 
que. (4) 



climatérique. 

184. Prévoyance 
divine. 

182. Tentation 
évitée. 

483. Le paradis 
du pauvre. 

484. Un imam 
susceptible. 

185. Une menace 
comminatoire. 

186. Double naï- 
veté. 

187. Cri du cœur. 

188. Epreuve dé- 
cisive. 

189. Su{)erstition 
trop bien res- 
pectée. (2) 

190. Un cadi bien 
attrapé. 

191. La peine du 
talion . 

192. Soporifique 
efficace. 

193. Rapproche- 
ment conjugal. 

194. LMntention 
est réputée pour 
le fait. 

495. Enfant pré- 
coce. 

1. Dans la version turke, il s'agit des villes de Sivri-Hlssar 
et de Qara Hissar ; dans le texte arabe de Boulaq, aucun 
endroit n'est nommé,|non plus que dans l'édition deBeyrout,p. 3. 

2. Sur la superstition assez répandue d'enterrer les rognures 
des ongles pour prévenir les maléfices, cf. une note que j ai 
publiée dans Mélusine, t. II, 1884-85, col. 360. 



P. 30. Un cadi 
bien attrapé. 

P. 27. La peine du 
talion. 



VERSION BERBÈRE 



VI. Si Djeh'a et son 
fils. 



tABLEAÙ CÔM^AilÂtlF' 



fin* 



VERSION TURKE 



196. Autre mar- 
que de précocité. 

197. Aplomb cy- 
nique. 

198. Indignation 
dévote. 



VERSION ARABE 



P. 29. Marque de 
précocité. (1) 



P. 34. Le bijoutier 
attrapé. (2) 

— La Délie voix. 

(3) 

— Plaisante igno- 
rance. 



VERSION BERBÈRE 



199. Plaisante 
ignorance. 

200. Trait d'égoïs- 
me. 

201. Un âne rusé. 

202. Justification 
inattendue. 

203. Erreur de 
calcul. (4) 

204. Question lé- 
gale. 

205. Explication 
décisive. 

206. Abeille dili- 
gente. 

207. Solution 
théologique. 

208. Curieux con- 
fondus. 



1. Ed. de Beyrout, p. 23. 

2. Ed. de Beyrout, p. 25 ; cette anecdote doit être d'origine 
arabe, car elle roule sur la ressemblance graphique des mots 
arabes. 

3. Ed. de Beyrout, p. 25. 

4. Cette anecdote se trouve déjà dans le Thîmârat el 
AourdÇf p. 75 ; il s'agit de dix ânes au lieu de huit, dans la 
version turke. Cf. Pogge, Facéties, t. l, p. 92, n* LV, Fabula 
aiancxnx . 






ou 



TÂBLfiAÛ COMPÂRATlli' 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



209. Un vieillard 
justifié. 

210. Les deux 
font la paire. 

SUPPLÉMENT II. 

211. Dispute sur 
les mots. 

212 . Singulière 
façon de recons- 
tituer un âne. 

213. Conseil com- 
mercial donné à 
une femme. 

214. Toute-puis- 
sance divine. 

SUPPLÉMENT III. 

215. Scrupule mal 
placé. 

216. Un faux 
saint. 

217. Influence de 
Texemple. 

218. La femme 
noyée. (1) 



1. C'est le même sujet ciue la fable de La Fontaine qui porte 
ce titre (L. 111 f. 16). Elle ne paraît pas avoir existé dans 
Tantiquité, mais elle a été fréquemment traitée dans le 
moyen âge et les temps modernes. Cf. Jacques de Vitry, 
Exempla, éd. Crâne, Londres, 1890, in-8, Exemple CCXXVll, 
p. 94 ; Etienne de Bourbon, Anecdotes historiques, légendes et 
apologues, Paris, 1877, in-8, no CCXLIV, p. 205 ; Th.' Wright, 
Latin stories, n*» IX, p. 13, De muliere contraria viro suo ; 
Spéculum exemplorum, éd. Major, Pertinacia II ; Marie de 
France, Poésies, éd. Roquefort, Paris, 1820, 2 v. in-8, t. II, 
f. 96, Dou Vileins et de sa Famé, alias d'un Hume qui avoit une 
Famé tencheresse, p. 382 ; Holkot, In librum sapientiœ Régis 
Salomonis, 1489, in 4, Lect. XXX, VIII p. 136 ; Pogge, Facéties, 
éd. Liseux, t. I, n^ LX, p. 99, De eo qui uxorem in flumine 
peremptam quœrebat ; Les Facécies, trad. G. Tardif, Paris, 



VERSION BERBÈRE 



TABLEAU a>MPARATIF 



o7 



«M 



VERSION TIIRKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



LU. L'enterrement 
du père de Si 
Djeh'a. 



219. Chiens sol- 
vables. 

220 . Singulière 
rencontre. 

221. Crédit de 
prières. 

222. Danger d'u- 
ne autorisation 
peu précise. (1) 



1878, iD-8, fac. XLIII, De celluy qui avoit getté sa femme en la 
Hvière et Valloit cercher contrement Veaue ; Verdizotti, Cento 
favole moi^ali, f. 54, D*un marito che cercava al contraino del 
fiume la moglie affbgata ; Scala cœli, f® 87 ; Faerne, Fahuloij 
f. 41, Uxor submersa et vir ; Pavesio, Il Targa^ f. 31 ; J. Huls- 
buch, Sylva Sermonum, Bàle, 1568, in-8, p. 33 ; Arconatus ap. 
Deliciœ poetarum germanorum. Francfort, 1612, t. I, p. 387 ; 
Melander, Joco-seria^ 1604, in-12, plais. 277; Hazlitt, Shakes- 
peare Jest-BookSf t. I, Merry raies, Wiltie questions and 
quicke Answers, LV, p. 72 ; t. III, PasquiVs Jest, p. 27 ; Dome- 
nichi, Facétie, motti et hurle, Venise, 1581, in-o, L. I, p.. 57 ; 
La lecture divertissante, p. 34, D'un homme qui cherchoit 
contre te cours de Veau sa femme noyée ; Garon, Le chaise- 
ennui, Paris, 1641, in-16, centurie III, conte 37 ; Guillaume, 
Recherches p. 19 ; Robert, Fables inédites, t. I, p. 123 ; Œutrres 
de La Fontaine, éd. Régnier, t. I, p. 247. 

1. Le conte qui se rapproche le plus de celui-ci est celui de 
Giufà qui assomme un juge pour tuer une mouche, cf. Pitre, 
Fiahe, Novelle e Racconti popotari siciliani, Paierme, 4 v. 1875, 
t. III, no XI, Giufà e tu Judici ; Marc Monnier, Les contes 
populaires en Italie, p. 59 ; Mango, La leggenda dello Sciocco, 
Archivio per le tradizione popotari, t. X, 1891, § XI, Juvadi e H 
muschi, conte calabrais. Un des contes de d'Où ville se rappro- 
che également du récit turk et sicilien, mais le dénoûment est 




L'ours et l'amateur des jardins, cf. Beufey, Pantschatantra, 
t. I, § 100. p. 283 ; § 106, p. 293 ; Hoseïn Vaez Kachefi, Anvari 
Sohéili, le chapitre a été traduit par Garcin de Tassy, à la suite 
de VExposition de la foi musulmane, Paris, 1822, in-8, p. 159, 



o8 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 24. Le bât et le 
manteau. (1) 



VERSION BERBÈRE 



223. Le bât et le 
manteau. 

224. Nettoyage 
difficile. (2) 

SUPPLÉMENT IV. 

225. Double allu- 
sion. 

226 . Hospitalité 
déclinée. 

et réimprimé dans les Allégories, récits poétiques et chants 
populaires f p. 189. De la version persane, ce conte a passé dans 
la rédactioa turke de 'Ali Tchélébi [Humayoun Nameh), cf. 
contes et fables indiennes de Bidpài, trad. Galland, à la suite 
des Mille et un jours, éd. du Panthéon littéraire, p. 465, Le 
Jardinier et VOurse. Une version abrégée existe en hindoustani 
dans l'ouvrage de J. Shakespeare, Muntakhahat i hindi. 
London, 2 v. in-4, t. I, p. 36. En Occident on trouve ce conte 
dans les Serées de Guillaume Bouchet, Serée IX ; Morlini, 
Fabulae, nov. XXI, p. 43 ; Straparole, Facétieuses Nuits, nuit 
XIII, f. 4, t. II, p. 364 : Fortunin voulant tuer une mouche, tua 
son maître, de quoi/, par une plaisanterie, il fut absous ; 
Thrésor des récréations, p. 238-239, Du sot du prince de 
Ronceval, qui le frappa bien fort sur son nez, pensant en 
chasser une mouche ; Sermones convivales, Bâle, 1561, in-8 ; 
Desbillons, Fabulœ œsopise, X, 24, Homo et Ursus ; Robert, 
Fables inédites, t. IL p. 136 ; Max. MuUer, Essais sur la 
mythologie comparée, Paris, 1874, in-12, ch. VII, Contes popu- 
laires tirés du norrain, p. 280-281 ; Œuvres de La Fontaine, 
éd. Régnier, t. Il, p. 256 ; On peut rappeler l'allusion qu'Alfred 
de Musset fait à cette fable dans Les seci'ètes pensées de RafaeL 

... En voyant ces buveurs, troublés par le Champagne, 
Pour tuer une mouche, apporter un pavé. 

Un conte populaire du Poitou en a conservé le souvenir 
dans l'épisode du fils qui assomme son père sur la tète duquel 
s'est posé un merle blanc. (Lacuve, Le renard et le merle. 
Revue des Traditions "populaires, janvier, 1888, p. 34. Une version 
en arabe vulgaire d Algérie est donnée par Allaoua b. Yahya. 
Recueil, n® CIX, p. 59 ; jointe à un autre récit où Si Djoh'a 
confie sou burnous à des mouches; c'est le mufti quiestassommé. 

1. Ed. de Beyrout, p. 21. 

2. Cf. les rapprocneraents indiqués dans inon Loqmân 
berbère, p. 80. 



TABLEAU GOMl^ARATIF 



59 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 14. Avantages 
d*un vieux tom- 
beau. (1). 

P. 45 Qui dort 
paît. (2) , 

P. 27. Danger de 
tirer sur son 
propre manteau. 

P. 31. Un mari en 
exil. (4; 



VERSION BERBÈRE 



Lvii. Si Djeh'a et 
son burnous. (3) 



227. Avantage 
d*un vieux tom- 
beau. 

228 . Qui dort 
paît. 

229. Danger de 
tirer sur son 
propre manteau. 

230. Un mari en 
exil. 

231. Plaisante 
rupture. 

232. Triple accou- 
chement. 

233. Utile précau 
tion. 



1. Cf. Ethé, Ein lUrkischer Eulenspiegel^ ap. Essays und 
Studien^ p. 241. Le même récit existe chez les Arabes d'Algérie 
avec une variante : Si Djoh'a creuse lui-même sa fosse 
longtemps à l'avance, pour tromper Azracl (Allaoua ben Yahya, 
Recueil, no LXXVIll, p. 36/, éd. de Beyrout, p. 12. 

2. Dans la version arabe comme dans le Mostat'ref, 
d'El Ibchihi reproduit par Ben Sedira, Cours de liltérature arabe, 
no XXII, et le Qis'sah Djoh'a, (éd. de Beyrout, p. 13), c'est à 
Si Djoh'a que sa femme fait accroire au'il a mangé en 
dormant : de même dans le conte kabyle ae Bou idhes (Ben 
Sedira, Cours de langue kabyle, n*» XIV, p. 10, Bou Idhes et sa 
femme), tandis que dans la version turke, c'est un Kurde qui 
est joué. 

3. Cf. Clouston The hook of Noodles, p. 90. La version 
arabe d'Algérie est donnée par Fi. Pharaon, Spahis et turcos, 
p. 189, (le héros se nomme Bou-Khroufj ; Mornand, La vie 
arabe, p. 122 ; Machuel, Méthode pour Vélude de Vara.be parlé, 
p. 200. Dans d'autres versions, le vêtement de Si Djoh'a étant 
tombé d'une terrasse ou d'un toit, il frémit à la pensée qu'il 
aurait pu se trouver dedans : version arabe : El Qalyoubi, cité 
par le P. Cheïkho, Medjâni el Adab, t. I, Beyrout, 1885, in-42, 
§ 254, p. 102-103. Allaoua ben Yahya, Recueil, no XLVIII, p. 22 ; 
version kabyle : Bou Qondour et ses voisins (Ben Sedira, Cours 
de langue kabyle, n® XXI, p. 15. 

4. £d. de Beyrout, p. 145. 



60 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



P. 25. Respect dû 
à la parole d'un 
\ieillard. 



P. 80. Emprun- 
teur éconduit. 



XXIX. Si Djeh'a et 
son ami. (1) 



Lviii. SiDjeh'a et 
la corde. (2) 



P. 9. Recours con- 
testé. (3) 

— Responsabilité 
déclinée. (4) 



234. Ne parle pas 
de pierre au tou. 

235. Respect dû 
à la parole d*im 
\ieillard. 

236. Distraction 
persistante. 

237. Emprunteur 
éconduit. 

238. Un savant 
ne doit jamais 
rester coi. 

SUPPLÉMBNT V. 

239. Appât insuf- 
fisant. 

240. Recours con- 
testé. 

241. Responsabi- 
lité déclinée. 

242. Familiarité 
déplacée. (5) 

1. Cf. Koehler, Ncisr eddin's Schwœnke [Orient und Occident^ 
I, 438) ; Ethé, Ein tûrkischer Eulenspiegel, ap. Essays und 
Studierif p. 242-243 ; Timoneda, Sobremesa y alivio de cami- 
nantes. Part. II, n® 62. [Novelislds antertores a Ceiwantes^ 
Madrid. 1850, p. 182). 

2. Cf. une autre version kabyle, ap. Ben Sedira, Cou7*s de 
langue kabyle^ n® XLI, p. 30, Si Dioh'a et le Valeb ; éd. de 
Beyrout, p. 17. M™« Dieulafoy prétend avoir entendu (?) cette 
réponse à Véramine, en Perse : la corde est refusée à un pale- 
frenier parce qu'elle sert à sécher Torge [La Perse^ la Chaldée 
et la Susiane, 1883, n<» 1152, p. 77. 

3. Le dénoûment diffère aans la version arabe ; le chameau 
est égorgé en punition. 

4. Ed. de Beyrout, p. 8. Cf. une aventure analogue arrivée 
à Jean le Diot a qui on a recommandé d'imiter à la messe ce 
que font les autres, (P. Sébillot, Contes populaires de la 
Haute Bretagne. Paris, 1880, in-18, jés. p. 220-221). 

5. Une ver-it)n arabe d'Algérie se trouve dans le Recueil 
d'Allaoua ben Yahya, no XXXIX, p. 18. La réponse est plus 
piquante, en ce sens que l'individu surpris par Si Djoh'a dit 






TABLEAU COMPARATIF 



61 



VERSION TURKE 



243. L'âne juge. 

244. Repas chez 
Timour-Lenk. (2) 

245. Par le sabre 
on juge du four- 
reau. 

246. Entre frères, 
rien ne se refuse. 

247. Plaignant 
confondu. 

248. Qui caution- 
ne la caution. 

249. Plaisant su- 
jel d'étonne- 
ment. 

250. Prière mal 
comprise. 

251 . Le cheval 
excusé. 

252. Chute évitée. 

253. Tribulations 
comiques. 



VERSION ARABE 



P. 24. L'âne juge, 
(i) 



P. 22. Par le sa- 
bre on juge du 
fourreau. 



VERSION BERBÈRE 



P. 14. Chute évitée. 



XL. Le poulain dif- 
ficile. (3) 



88 nommer 'Abd Allah (serviteur de Dieu), et est conduit par 
lui devant la mosquée. 

1. La même histoire existe chez les Arabes de Mossoul, et 
c'est à un Kurde que Ton fait croire que son âne est devenu 
qâdhi, cf. Socin, Der arablsche Dialekt von Mosul und Mardin^ 
Zeitschrift der deutsch. morgenland, Gesellschaftj t. XXVI, 
1889, no II, p. 10. Elle a passé en Perse avec Nasr eddin pour 
héros : l'âne devient successivement domestique à Téhéran, 
négociant à Kazbin et gouverneur de Recht, (Al™^ Dieulafoy, 
La Pei'sCt la Chaldée et la Susiane, Tour du monde. 1885, 
no 1257, p. 91). J'ai entendu, en Lorraine, raconter la même 
histoire d'un paysan de Manouviller à qui l'on persuade que 
son âne, Rougeaud, est devenu juge à Sarrebourg. 

2. C'est, avec plus de détails et placée au temps de Timour, 
l4 même anecdote que le no 92. 

3. Ed. de Beyrout, p. 8. 



{ 



62 



TABLEAU COMPARATIF 




VERSION TURKE 



254. Questions 
données poor 
réponse. 

255. Parenté sin- 
gulière. 

256. Le thésauri- 
seur volé. 

257. Effets d'une 
mauvaise répu- 
tation. 

258. Pédants con- 
fondus. 

259. Nouvelles 
d'un malade. 

260. Question d'i- 
dentité. 

261. Scène funè- 
bre. 

262. Restitution 
opérée par Dieu. 

263. Question de 
rituel. 

264. Cachette con- 
nue n'est pas 
sûre. 

265. Facile gué- 
rison. (3) 

266. Ce qui est 
louange pour 
l'un est blâme 
pour l'autre. 



VERSION ARABE 



— Parenté âoAU- 
lière. (1) 



P. 20. Question 
d'identité. (2) 



P. 23. Ce qui est 
loua^ngepour 
l'un est blâme 
pour l'autre. 



w 

{. Ed. de Beyrout, p. 13. 

2. Ed. de Beyrout, p. 17. 

2. Sujet à peu près semblable à celui de la Mandragore de 
Machiavel. 

4. Cette anecdote a passé en Nubie, cf. Reinisch, Die 
Nuba Sprache, t. l, LesestUcke, n«> X, p. 182-185 ; une version 
arabe d'Algérie est donnée par Allaoua ben Yahya. Recueily 
no XXXI, p. 14. 



TABLEAU COMPARATIF 



63 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



P. 19. Excuses à 
un chien. (2) 

P. 23. Plaisant 
effet d'une ré- 
clame. 



267. Inspiration 
poétique. 

268. Question 
inopportune. 

SUPPLÉMENT VL 

269. Qui trompe 
la femme trompe 
aussi le mari. 

(i) 

270. Dette çayée. 

271. Obligationai- 
sément déclinée. 

272. Excuses à un 
chien. 

273. Plaisant effet 
d'une réclame. 

(3) 

274. Dispute à 
propos d'un nè- 
gre. 

275. Conversation 



1. L'origine de ce conte est probablement indienne : un 
conte tamoul du Sud de llnde, trad. par Natésa Sastri, et un 
conte singhalais présentent les mêmes données, ainsi qu'un 
conte Scandinave, dans lequel un mendiant persuade à une 
femme qu'il a vu ses deux premiers maris en route pour le 
Paradis et se fait confier par elle divers objets pour eux : cf. 
Clouston, The book ofNooales, ch. VII, The three great NoodleSj 
p. 212-218. 

2. Ed. de Beyrout, p. 16. 

3. Cette anecdote est jointe ailleurs *à un récit plus 
détaillé, où le paysan qui se laisse séduire par Fénumération 
des qualités de sa propre vache mise en vente, est digne de sa 
femme qui grossit de son bracelet le poids d'un paquet de fil 
pour le vendre plus cher. Le texte arabe a été publié par 
Lockett, The Miut Amily Calcutta, 1814, in-4, et reproduit par 
Arnold, Chrestomathia arabica^ Halle, 1853, in-8, t. I, p. 43. 
Cf. aussi Clouston, The book of Noodles, p. 70-71^ éd. de 
Beyrout, p. 20. 



VERSION BERBÈRE 



fil 



tâbleâu comparatif 



VERSION TURKE 



pere 



VERSION ARABE 



P. 28. Plaisante 
précaution. (3) 



naïve entre 
et fils. (\) 

276. Vocation poé- 
tique. 

277. Où il s'agit 
d'une écrevisse. 

278. Résultat fâ- 
cheux d'un rêve. 

(2) 

279. Plaisante pré- 
caution. 

280. Farceur bien 
pris. 

281. Superstition 
erronée. 

282. Par le fruit 
on juge de l'ar- 
bre. 

283. Mnémotech- 
nie. (4) 

284. Un mari peu 
galant. 



1. Une anecdote semblable et qui a pu servir de modèle à 
celle-ci se trouve dans le Thimdrat el Aourâq d'Ibn Haddjah, 
à propos de celui qui voyant son image dans un puits et 
croyant que c'est un voleur s'adresse à sa mère, (p. 75). 

2. Cf. Po^ge, Facéties, éd. Liseux, t. II, p. 18, n^ CXXX, 
De homine qui in somnis aurum reperiebat, 

3. Cf. mon article sur le Dépositaire infidèle, Revue des 
traditions populaires, février 1891 ; éd. de Beyrout, p. 22. 

4. C'est sous une forme plus grossière, le même sujet que 
celui d'un conte de VHeptaméron de Marguerite de Navarre, 
nouv. XXXI V. Comment deux cordeliers, trop curieux d'écouter, 
eurent si belles affres qu'ils en cuidèrent mourir, reproduit par 
d'Ouville, L'Elite des contes, t. I, p. 83, De deux cordeliers. 
Marc Monnier. (Les contes populaires en Italie, ch. XX, 
p. 354-357», a fait remarquer le rapport qu'il présente avec une 
aventure que s'attribue dans une de ses lettres, (1«» novembre 
1807), P. L. Courrier qui l'avait probablement puisée à cette 
source. 



VERSION BERBÈRE 



Tableau comparatif 



65 



VERSION TURKE 



285. Singulière 
oraison funèbre. 

286. Ce qui pro- 
fite à Tun nuit 
à l'autre. 

287. Plaisante con- 
versation. 

288. Réplique à 
des chrétiens. 

289 . Proportion 
entre la con- 
trainte exercée 
et l'effet obtenu. 

290. Indices trom- 
peurs. (1) 

29i. Inconvénient 
de vouloir em- 
barrasser un cy- 
nique. 

292 . Le prêtre 
en remontre tou- 
jours aux fidèles. 



SupPLÉBfENT VIII. 



293. Nasr eddîn 
Hodja choisi par 
Tamerlan pour 
bouffon (4) 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



P. 35. Manger du 

Î^ain gratis. 
2) 

— SiDjoh'aetle 
crible. (3) 

— Si Djoh'a deve- 
nu le bouffon 
de l'émir. 



1. Cf. une version des Arabes d'Algérie, ap. AUaoua ben 
Yahya, Recueil, n® XLIX, p. 19 ; il s'agit, non d'une panique, 
mais d'une expédition militaire. 

2. Ed. de Beyrout, p. 26. 

3. Ed. de Beyrout, p. 26. 

4. Une rédaction plus détaillée se trouve dans la Chresto- 
mathie ottomane de Dieterici, p. 32. 



66 



tABLËAU COMPAttATlP 




VERSION TURKE 



294. Plaisante ré- 
plique à Tamer- 
fan. (3) 

295. Leçon don- 
née à un men- 
diant. 
Supplément ix. 

296. L'appétit 
vient en man- 
geant. 



VERSION ARABE 



— Intérêt à une 
nouvelle. (1) 

— Les poissons. 

(2) 

— La dette con- 
jugale. 



P. 31. Leçon don- 
née à un men- 
diant. 

P. 15. L^pétit 
vient en man- 
geant. (5) 



XLV. Si Djeh'a et 
sa montre. (4) 






1. Ed. de Beyrout, p. 26. 

2. Ed. de Beyrout, p. 26. 

3. Cf. Ethé, Ein tUrkischer Eulenspiegel, ap. Essays und 
Siudieriy p. 245-246 ; Dieterici, Chrestomathie ottomane^ p. 33. 

4. 11 existe deux formes de cette histoire : dans la 
première, un voisin vient demander l'heure : version kabyle 
(outre celle citée ici), Si Djeh'a et Abouhaly ap. Ben Sedira, 
Cours de langue kahyle, n<* XX ; version arane algérienne : 
Fi. Pharaon, Spahis et turcos^ p. 195 ; (le personnage se nomme 
Bou Azouz) : Labbe, Un mois dans le- Sahara^ p. 249. 

Dans la seconde rédaction, c'est un mendiant qui vient 
demander l'aumône : la version turke du Sottisier et la 
version arabe des Naouâdir appartiennent à cette rédaction : 
Cf. MaJlouf, Plaisanteries de Nasr eddin Khodja, n» VI, p. 74 ; 
Ciouston, Oriental mt and humour ap. Flowers from a persian 
garden^ p. 68. Une version plus détaillée a été publiée par 
Dieterici, Chrestomathie ottomane, p. 35, et traduite par Etné, 
Ein tûrkischer Eulenspiegel ap. Essays und Studien, p. 249-250. 
La plus ancienne version de cette histoire est fournie par un 
épisode des aventures du troisième frère du barbier dans les 
Mille et une Nuits, éd. de Boulaq, t. I, p. 96; éd. de Beyrout, 
t. I, p. 211 ; éd. de Habicht, t. Il, p. 274-275; tr. Galland, éd. 
du Panthéon littéraire, p. 222. 

5. Ed. de Beyrout, p. 13. 



TâBLËâU GOMPARÂtlP 



67 



VERSION TURKE 



297. Deux voya- 
geurs en route. 

298. Danger d*in- 
cendie. 

299. Point d'hono- 
raires, point de 
conseils. 

300. Découvertes 
d'antiquités. 

301. Ce qui nuit 
à Tun profite à 
l'autre. 

302. Fêle précède 
disette. 

303. Réponse à 
un empressé. 

304. Confusion 
opportune. 

303. Malheur con- 
sommé, malheur 
oublié. 

306. Un galant 
éconduit. 

307. Entre amis 
pas de façons 

308. Demi travail, 
demi paie. 



VERSION ARABE 



P. 19. Danger 
d'incendie. (1) 

— Point d'hono- 
raires, point de 
conseils. (2) 

P. 21. Découverte 
d'antiquités. (3) 

P. 22. Ce qui nuit 
à l'un profite à 
l'autre. (4) 

P. 23. FAte précè- 
de disette. (5) 



P. 29. Entre amis 
pasdefaçons.(6) 

P. 29. Demi-tra- 
vail, demi-paie. 



VERSION BERBÈRE 



XXVIII. Si Djeh'a et 
le barbier. (7) 



. 



1. Une rédaction en dialecte arabe d'Algérie est donnée 
par Machuel, Méthode pour Vétude de l'arabe pm'lé^ p. 205 ; 
éd. de Beyrout, p. 16. 

2. Ed. de Beyrout, p. 16. 

3. Ed. de Beyrout, p. 19. 

4. Ed. de Beyrout, p. 19. 
3. Ed. de Beyrout, p. 20. 

6. Dans le texte turke, le Hodja va à Sivri Hissar ; dans la 
version arabe Tendroit n'est pas nommé. 

7. Ed. de Beyrout, p. 23. 



6â 



TaBLBAÛ CÙUPk^ktlt 



VERSION TURKE 



309. Dans toute 
société une dupe. 

310. Un fiancé 
peu galant. 

311. L*abIution in- 
complète. 

312. DansTobscu- 
rité. on ne dis- 
tingue rien. 

313. Le chevreau 
devenu bouc. 

314. Uoreille d'un 
ennemi est fer- 
mée aux meil- 
leurs avis. 

315. Le berger 
astronome. (4) 

316. Les visiteurs 
importuns. 

317. Un père a la 
main heureuse. 

318. Tel iils, tel 
père. 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



— Dans toute so- 
ciété une dupe. 

P. 30. Un fiancé 
peu galant. 

— L'ablution in- 
complète. 

— Dans l'obscuri- 
té, on ne dis- 
tingue rien. (2) 

— Le chevreau 
devenu bouc. 

— L'oreille d'un 
ennemi est fer- 
mée aux meil- 
leurs avis. 

P. 31. Le berger 
astronome. 

P. 32. Les visi- 
teurs impor- 
tuns. (5) 

P. 33. Un père a la 
main heureuse. 

— Tel fils, tel 
père. (6) 



1. Ed. de Beyrout, p. 23. 

2. Cette plaisanterie est rapprochée du conte irlandais de 
Joe Miller par Clouston, The book of Noodles, p. 91. 

3. Cette anecdote se trouve déjà dans le Raoudh et Akhiâr. 
extrait par Moh'ammed ben Qâsim ben Ya'qoub du RabVel 
Abrâr de Zamakhchàri. Cf. le texte arabe ap. Arnold, Chresto- 
mathia arabica, t. I, p. 37, reproduit par F. MttUer, Grûndriss 
der Sprachwissenschafl, t. III, Vienne, 1887, in-8, p. 411. Une 
réponse analogue existe dans VElite des conles de d'Ouville, 
t. I, p. 72, Simplicité d'un villageois. 

4. Dans la version turke, le Hodja va à Derbend. 

5. Ed. de Beyrout, p. 24. 

6. Ed. de fieyrout, p. 24. 



X, 



TABLEAU COMPARA'nF 



69 



VERSION TURKE 



319. Le barbier 
maladroit. 

320. Naïveté d'un 
faux témoin. 

321. Le rossignol 
novice. 



VERSION ARABE 



— Le barbier ma- 
ladroit. (1) 

-^ Naïveté d*un 
faux témoin. (2) 



P. 36. Si Djoh'a 
portier chez El 
H'adj Ah'med el 
Asqalâni. 

P. 37. Moyen de 
faire sortir un 
concombre. 

— Moyen peu sûr 
de reconnaître 
un musulman. 

— Remède à la 
faiblesse conju- 
gale. 

P. 38. Le chien 
pardonné. 

— Réciprocité. 

(3) 
P. 39. Toute la 
famille de 
Djoh'a est folle. 

— Le jeûne par- 
tiel. (4) 

P. 40. Le jeûne 
rompu. (5) 



VERSION BERBÈRE 



1 



1. Ed. de Beyrout, p. 25. 

2. Ed. de Beyrout, p. 25. 

3. Ed. de Beyrout, p. 26. 
4 Cette anecdote est déjà donuée par Ibn H'addjah dans 

le Thimârat el Aourâq, p. 75, d'où elle a pc^ssé dans le 
MastaVref d'El Ibchihi, t. II, p. 306, où elle est attribuée 4 une 

L femme ; Ed. de Beyrout, p. 27. 
5. El Ibchihi, mstafref, t. II, p. 106 : U s'i^ d'un m^ge 
ui a embrassé Tislamisme ; Bd. de Beyrout,' p^. s7. 



70 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



— La houri trop 
longue. (1) 

— Moitié chré- 
tien, moitié mu- 
sulmaa. (2) 

— Cadeau d'une 
bague sans cha- 
ton. (3^ 

— Moitié de part 
d'une maison. (4) 

— L*àge rattrapé. 

(5) 

— Voyages trop 
fréquents. 

P. 41. Ablutions 
d'hiver faites 
en été. (6) 

— Le fils malade. 

— Si Djoh'a pro- 
pose de rempla- 
cer le qâdhi. (8) 



1. Ed. de Beyrout, p. 27. 



VERSION BERBÈRE 



2. El Ibchihi, MostaVref, t. II, p. 306. 

3. El Ibchihi, Mostat'ref, t. II, p. 306 ; éd. 

4. El Ibchihi, Mo8taVref, t. Il, p. 306 : 



[. de Beyrout, p. Sî7. 

: Une version en 
dialecte arabe d*AIgérie a été donnée par Machuel, Méthode 
pour l'étude de l'arabe parlée p. 174 ; éd. de Beyrout, p. 27. 

5. Galland, Paroles remarquables des Orientaux, p. 470 ; 
d'après le Behâristân de Djâmi, ch. VI ; cf. l'éd. de Schlechta- 
Wssehrd, p. 72 du texte, 83 de la traduction. Ibn *Abd Rabbih 
rapporte déjà cette anecdote comme une réponse faite à Abou 
Naouâs au temps de Haroun er Rachid [Kitâb elïqd el ferid 
m, 314) ; éd. de Beyrout, p. 27. 

6. El Ibchihi, Mostafref, t. II, p. 296. 

7. Galland, Paroles remarquables des Orientaux, p. 410, 
d'après le Behânstân de Djâmi. Cf. l'éd. de Schlechta-Wssehrd, 
p. 72 et 83 ; Ed. de Beyrout, p. 27. 

8. Galland, Paroles remarquables des Orientaux, p. 764 ; 
d'après le Behâristân de Djâmi, ch. VI, cf. l'éd. de Schiechta- 



TABLEAU COMPARATIF 



71 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



— Les fous trop 
nombreux pour 
être comptés . 

(1) 

— Plaisir de re- 
trouver un âne 
perdu* (2) 

— Substitution 
d'un chat à un 
âne. (3) 

— La femme épri- 
se du boueur. 

P. 42. Faute de 
versification. (4) 

— Les vers se 
sentent de leur 
origine. ("5) 



Wssehrd, p. 64 du texte, 75 de la traduction. Les personnages 
sont un maître d'école et un tisserand qui propose au premier 
de le remplacer dans sa classe quelques instants puisqu'il ne 
s'agit qufr de remuer la tête ; Ed. de Beyrout, p. 28. 

1. Galland qui cite cette anecdote {Paroles remarquables 
des Orientaux^ p. 467) l'attribue à Behloul, le fou de Haroun 
er Rachid, il la reproduit d'après Djàmi, Behâristân^ ch. VI ; cf. 
Téd. de Schlechta- Wssehrd, p. 63 du texte, 74 de la trad. Mais 
auparavant, Bar Hebrœus avait inséré ce trait dans son ouvrage 
syriaque et placé le lieu de la scène à H'ems (cf. Zeilschrift 
aer àeutschm morgenlœndischen Gesellschafl, t. XL, 1886, 
p. 410). Ed. de Be^rôut, p. 28. Elle est citée sans nom propre 
par El Mosta's'imi, ap. Cheïkko, Medjâni el Adab^ t. l, p. 55. 

2. Dans la plus ancienne rédaction de cette anecdote, 
conservée par Ibn 'Abd Rabbih {Kitâb eVlqd el fend, III, 310) 
c'est un chameau qui a été égaré, cf. Djàmi Behâristân, ch. 
VJ, p. 76 et 86 ; éd. de Beyrout, p. 28. 

3. Cette anecdote se trouve déjà dans Djàmi Behâristân, 
ch. VI, p. 75 du texte et 86 de la traduction éd. Schlechta- 
Wssehrd. Elle a été traduite en vers par Chézy, à la suite de 
Mejnoun et Leïla. Paris, 2 v. in-18, 4807, t. II, p. 212, Le 
sei*menl éludé ; Ed. de Beyrout, p. 28. 

4. Ed. de Beyrout, p. 28. 

5. Galland, Pai*oUs remarquables des OHentùux, p. 471, | 



72 



TABLEAU COurPAHATIP 




VERSION ARABE 



— Sôubaîts de 
deux sots, fi) 

— Réunion d'a- 
vantages. (2) 

— L'invité incon* 
gru. (3) 

— Pourquoi 
Djoh'a se lève 
la nuit. (4) 

P. 43. La maison 
privée d'ali- 
ments. (5) 

— Si le palmier 
ne va pas à 
Djoh'a, c'est 
Djoh'a <|ui ira 
au palmier. (6) 

— Pensée secrète 
dévoilée. (7) «. 

— Le chasseur 
partisans tête.(8) 

d'après Dj&mi, Bekdristân, ch. YI, p. 79 et 89 ; Ed. de Beyrout, 
p. 28. 

1. El Ibchihi, Mostafref, t. I,p. 20, reprod. par Ben Sedira, 
Cours de littérature arabe, n» XXXVllI, p. 20 ; Ed. de Beyrout, 
p. 28. 

2. Ed. de Beyrout, p. 29. 

3. El Ibchioi, MostaVref, t. III, p. 296, attribue uoe 
histoire semblable à un Bédouin invité par Yézid ben Mozid ; 
Ed. de Beyrout, p. 31. 

4. El Ibchihi, MostaVref, t. II, p. 296. 

5. Ed. de Bevrout, p. 29. 

6. Sans doute Torieine du dicton : Si la montagne ne va 
pas à Mahomet, c*est Mahomet qui ira à la montagne. 

7. La plus ancienne version se trouve dans le Kitâb eVlqd 
el ferid d^lbn 'Abd Rabbih (t. UT, p. 307), d^où elle a pas^é 
dans le MostaVref d'El Ibchihi, t. 11, p. 304, et les Naouâdir 
d'El Qalyoubi, p. 103 ; Ed. de Beyrout, p. 29. 

8. Variante de Tanecdote 90 du Sottisier turk. Ed. de 
Beyrout, p 29. 



VERSION 3ERBËRE 



tâblbâu comparatif 



'3 




VERSION TURKE 



— Noms donnés 
à l'enfant.. (1) 

— Le blé non 
changé en or. 

(2) 
P . 44 . Prière 

exaucée. (3) 

— Le Juif qui 
voulait voir 
Dieu. 

— Moyen d'être 
nommé dans le 
Qorân. (5) 

P. 45. La femme 
turke de Djoh'a. 

(6) 
P. 46. Le pays de 
Djoh'a. (7) 

— Effets du hV 
chich. (8) 

— Les scarabées 
pris pour des 
grains de rai- 
sin. (9) 



VERSION BERBÈRE 



XYiv. Le Juif qui 
voulait voir Dieu. 

(4) 



1. Ed. de Beyrout, p. 30. 

2. Ed. de Beyrout, p. 30. 

3. Ed. de Beyrout. p. 30. 

4. Cf. une version en dialecte arabe d'Algérie dans le 
Recueil de Allaoua ben Yahya, n® XCIX, p. 50 ; éd. de Beyrout, 
p. 30. 

5. Il s'agit d'un Kurde nommé Guelbi-bey. 

6. La femme de Djoh'a, d'origine turke, comprend de 
travers des phrases arabes dites par un hôte et le chasse avec 
des coups. 

7. Il se donne en Egypte comme étant de Qonièh (Iconium); 
Ed. de Beyrout, p. 32. 

8. Ed. de Beyrout, p. 31. 

9. Ed. de Beyrout, p. 31. 



74 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TURKE 



VERSlOxN ARABE 



XII. Si Djeh'a et 

ses deux amis. 
XIV. Si Djeh'a et le 

pain. 
XIX. Si Djeh'a et le 

clou, (i) 
XXXIII. Si Djeh'a et 

le reças. 

XXXV. Si Djeh'a et 
la peau de chèvre 

(2) 

XXXVI. Si Djeh'a et 
le couple de tau- 
reaux. (3) 



1. Cf. Mornand, La vie arabe^ p. 116 ; FI. Pharaon, Spahis 
el turcosy p. 185-187 ; le texte arabe en dialecte d'Algérie 
a été publié par Marion, Nouvelle méthode de langue arabe, 
Sétif, 1890, in-8, p. 209, La maison de Djoh'a. 

2. Cf. une version d'un conte semblable en arabe algérien 
ap. Marion, Nouvelle méthode de langue arabe^ n° XV, p. 200, 
Histoire de la chèvre. 

3. La ruse de Si Djoh'a faisant croire aux acheteurs qu'un 
de ses bœufs produit de l'or, se retrouve dans un épisode d'un 
conte bengali, publiée dans Vlndian Antiqtlary et analysé par 



VERSION BERBÈRE 



Cosquin, Contes populaires de Lorraine» t. I, p. 117; dans un 
coûte afghan, recueilli par Thorburn : il s'agit d'une âne qu'on 
fait passer pour un bouchaki (id. p. 116). C'est encorç un âne 
qui est en jeu dans un conte arabe de la région de Sétif 
(Marion, Nouvelle méthode de langue arabe, n» XXII, p. 210) ; 
dans un conte grec (Hahn, Griechische und albanesische 
Mœrchen, Leipzig, 1864, 2 v. in-12, t. I, no XLll, Ver Prieste^^ 
und die Bartlosen) ; dans un conte sicilien (Gonzenbach, 
Sicilianische Mœrchen, n° LXXI, t. Il, p. 84, von Sciauranciovi) 
et dans un conte lorrain : René et son seigneur (Cosquin, op. 
laudy no X, t. I. p. 108). Dans un conte lituanien, il s'agit d'un 
petit cheval (Scnleicher, Litauische Mœrchen, Weimar, 1857, 
in-8, p. 83. Vom Schalki) ; de même dans un conte Kirghiz 
(RadlofT, Proben der VnlksliteraJur der tiirkischen Stœmme der 
Sad-Sibiriens, t. III, S'.-Pétersbourg, 1870, in-8, p. 332, 
Eshigaldi). Le poulain est remplacé par une jument dans un 



TABLEAU COMPARATIF 



75 




VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



XXXVII. Si Djeh'a et 
les chaussures de 
sa mère. 

xxxviii. Si Djeh'a 
et le trésor, (i) 

xLi. Les œufs. 

xLii. La location. 

XLiii. Si Djeh'a ré- 
gale les Tolba. 

(2) 
xLvi. Si Djeh*a et 

les voleurs. (3) 



conte italien (A. de Gubernatis, Le Novelline di San Stefano, 
Turin, 1869, in-8, nov. XXX, p. 55-57, / duefurbi e lo scemo)^ et 
par un cheval dans un conte lorrain (Cosquin, op. laud^ 
ïï9 XLIX, t. Il, p. 124, René et son seigneur), 

1. Cf. en allemand, l'aventure du paysan qui jette son 
argent aux grenouilles et vend la viande de sa vache à un 
chien qui aboie (Grimm, Kinder und Hausmœrchen^ p. 31, 
n® VII Der gute Handel). Dans un conte arabe, le mangeur 
d'opium vend de la même façon son bœuf à un oiseau 
(Clouston, The book of Noodfes, en. V, The Silly son^ p. 167). 

2. Un tour analogue, mais où il n'est pas question de 
repas est attribué à Til Ulespiègle qui brouille ensemble le» 
souliers de ses compagnons (Aventures de Til Ulespiègle, ch. IV, 
Comment Til Ulespiègle se fait donner environ deux cents paires 
de souliers et comment il fait que vieux et jeunes se prennent 
aux cheveux), 

3. On trouve dans ce conte, pour expliquer la veugeance 
de Si Djoh'a, une introduction, (parfois l'objet d'un conte 
séparé) racontant comment dupe d'un trompeur, il a une 
revanche à prendre cf. Cénac-Moncault, Contes populaires de 
la Gascogne, p. 173 ; Mûllenhof, Sagen, Mœrchen und Lieder 
der Herzogthûmer Schleswig-Holstein und Lauenburq, p. 458). 

La formule de vente, rouge pour rouge, (de l'or pour un 

Elat d'argile) se trouve dans un autre conte kabyle qui a pour 
érop un homme des Béni Ajennad, tribu renommée pour ses 
naïvetés. Cf. Creuzat, Essai de dictionnaire français kabyle, 
Alger, 1873, in- 12, p. XXXVII, Un Ajennad, et Rivière, Contes 
populaires de la Kabylie du Jurjura, Paris, 1882, in-18, p. 175, 
Le Béni Djennad et VAgaoua ; ici « rouge pour rouge », désigne 



7() 



TABLEAU COMPARATIF 



VERSION TLRKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



xLvit. La cognée 
des hôtes. (1) 

xLViii. Le lièvre de 
Si Djeh'a. (2) 



l'échange d'un bœuf contre un plateau que l'Ajennad remporte 
de la même façon que Si Djoh'a. 

1. La prétendue cognée qui produit les poulets, etc. est à 
classer dans la catégorie des objets soi-disant merveilleux 
qu'un individu, avec l'allure d'un sot, parvient à vendre à 
ceux qui l'ont trompé. Cf. d'Ouville, rÉlite des contes, t. II, 
p. 5, De deux écoliers qui trompèrent un laboureur avec une 
bouteille de vin. 

2. Le lièvre qui est censé faire les commissions de 
Si Djoh'a et qu'il finit par vendre à un bon prix, se trouve 
dans un conte nasque (Webster, Basque legendsy London, 1877, 
p. 154 : Vinson, Le Folklore du pays basque^ Paris, 1883, pet. 
m-8), dans un conte catalan (Masponsy Labros, Rondallavre, 
Barcelone, 1875, 3 v. in-12, t. 111, p. 82) ; dans un conte afghan 
recueilli par Thornburn [Bannu or our afghan frontier, London. 
1876) et analysé par Cosquin {Contes populaires de Lorraine^ 
t. I, p. 116). — Dans une version des Araoes d'Algérie, le lièvre 
est remplacé par un lapin (Allaoua ben Yahya, Recueil de 
thèmes et de versions^ n^ CVIII, ç. 58, Djoh'a et les Volba), de 
même en Sicile (Gonzenbach, Sicilianische Mœrchen^ t. II, 
no LXXI, p. 84, Sciauranciovi) ; en Italie, dans un livre de 
facéties composé au XVI® siècle par Pietro Palandrini : Istoria 
di Campriano contadinOy il q'uale ei^à molto povero, ed aveva 
sei figliuole da mari tare ^ et con astucia faceva cacar danari à 
suo àsino che aveva, e lo vende ad alcuni mercanti per cente 
scudif à poi vende loro una Pentola, che bolliva senza fuoco, 
ed un coniglio che portava Vambasciate ed un Tromba che 
risuscitava i morti, è ,finalmente gitto quelli mercanti in un 
fiume, Lucques, 1818, in-12, cf. KÔehler, Orient vnd Occident, 
t. III, p. 348. Il est probable que, dans la rédaction la plus 
ancienne de ce conte, le lièvre et le lapin étaient remplacés 
par une chèvre. Cf. Benfey, Pantschatantra, t. I, § 146, 
p. 355-357 ; c'est ce dernier animal q\ii figure dans un conte de 
Straçarole {Les facétieuses nuits, nuit I, fab. 3, t. 1, p. 46-56, 
Messire Scarpafigue deçeu une fois seule par trois brigands les 
abusa par trois fois, et finalement s'en retourna victorieux avec 
sa Nine) ; imité probablement dans un conte allemand, 
(cf. Koehler, Orient und Occident^ t. 11, p. 504-505), reproduit 



TAfitÉAU COMPARATIP 



77 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 






XLix. L'épée de Si 
Djeh'a qui tue et 
ressuscite, (i) 



par Wolf (Deutsche Maerchen und Sagen, Leipzig, 1845, n^ XI), 
et dans les Mille et un quarts d^heure de Gueulette, (Lille, 3 v. 
in-18, 1785, t. 111, p. 137, [Les aventures du jeune calender). 

1. La ruse employée ici figure à titre d'épisode dans la 
plupart des contes cités plus haut. En Italie, un individu qui 
s'est entendu avec sa femme la ressuscite à l'aide d'un sifflet 
qui lui est acheté par ses frères : quand ceux-ci en font 
1 expérience avec leurs femmes qu'ils ont tuées, ils n'obtiennent 
aucun résultat (A. de Guberuatis, Le Novelline de San StefanOy 
conte XXX, l due furbi e lo scemo). Le sifflet se rencontre 
encore dans un conte mantouan (Visentini, Fiabe mantovane^ 
Turin 1879, n*» XIII), dans un conte grec. (Hahn, Griechische 
und albanesische Maerchen t. I, n^ XLU, Der Pries ter und die 
Bartlosen) et dans un conte allemand (Milllenhof, Sagen^ 
Maerchen und Lieder der HerzogthUmer Schleswig, Hol*itein und 
Lauenburg, p. 458). Dans un conte sicilien, c'est une guitare 
qui passe pour avoir la même propriété, et plusieurs brigands 
s'y laissent tromper (Gonzenbach, Sicilianische Mœrchen, 
no LXX, t. II, Von dem listigen Schuster^ n*» LXXVIIl). La 
guitare est remplacée par une flûte dans (es contes basques 
cités plus haut (Webster, Basque legends^ p. 154 ; Vinson, 
Le folk lore du pays basque, p. 103) — par un hautbois, dans 
le conte italien de Scarpafico (Straparole, Facétieuses nuits, 
t. I, no I, hist. III) — - par un cornet a bouquin ou un cor dans 
un conte gaélique (versions 2, 3 et 4 du conte des Trois veuves, 
no XXXIX de la collection Campbell, Popular taies of the 
West'HighlandSj Edimbourg, 4 v. in-8, 1860-62) ; dans un conte 
norwégien (Asbjœrnsen, Taies from the field, trad. Basent, 
Londres, 1874, in -8, p. 94) ; en Irlande (v. Killinger, Sagen, 
t. II, 23, cité par Koehler, Orient und Occident II, 501) — et 
dans le conte des Mille et un quarts d'heure déjà mentionné — 
par une trompette, dans un poème latin du moyen âge : Unibos 
ap. Grimm et Schmeller, Lateinische Gedichte des a und XI 
Jahrhundertes, analysé par Koehler, Orient und Occident, t. II, 
p. 489 ; dans l'histoire de Campriano, citée plus haut, enfin 
dans un conte catalan de la Rondallayre, (t. IIL P- 82). Un 
conte lituanien se rapproche davantage du conte kabyle ; c'est 
un bâton qui ressuscite les morts (Schleicher, Litquische 
Masrchen, p. 83, Vom Schalke) ; de même dans un conte du 
Tyrol (Zingerlé, Tiroler Kinder-und Hausmœrchen^ InnsbrOck 



78 



tâblëac comparatif 



VERSION TURKE 



VERSION ARABE 



VERSION BERBÈRE 



L. Si Djeh'a au 
tombeau. (1) 

u. Si Djeh'a et la 
prairie de la 

. vieille. 

LUI. Si Djeh'a épou- 
se la ifilledu roi. 

Liv. Si Djeh'a et sa 
femme. 

Lv. Si Djeh'a et la 
tète de mouton. 

(2) 

LVi. Si Djeh'a et le 
chacal. 

Lix. Si Djeh'a deve- 
nu vieux. 

Lx. Mort de Si 
Djeh'a. 



et Ratisbonne, 2 v. in-8, t. II, p. 14), où les rôles soDt 
intervertis : c'est rhomme qui fait le mort et sa femme feint 
de le ressusciter avec un bâton. La donnée est la même dans 
un conte bavarois (Panzer, BahHsche Sagen, I 90), cité par 
Koehler [Orient und Occident ^ II, 495-496), dans un conte danois 
d'Ellar (cité id, p. 5U5), dans le conte afghan déjà mentionné 
d'après l'analyse de Gosquin {Contes populaires de Lorraine^ 
t. 1, p. H8). Cette donnée offre une variante; le bâton rend 
non seulement la vie, mais la jeunesse, cf. un conte du 
Bengale, publié dans VIndian Antiquai^ et résumé par Cosquin 
{op.laudj p. 117). Dans un conte gascon, les gens tués à l'aide 
d'un certam couteau peuvent être ressuscites par une maxime : 
c'est ainsi que Capdarmère trompe deux marchands qui l'ont 
volé (Cénac-Moncaut, Contes populaires de la Gascogne^ p. 173). 

1. L'aventure des gens dupés par Si Djoh'a et venant 
successivement le visiter quand ils le croient mort, mais qui 
ne s'en tirent pas sans dommage, en le dissimulant toutefois 
les uns aux autres, est un des épisodes d'un conte lituanien 
trad. par Schleicher, Litauische Maerchen, p. 41-45, Von einem 
Besenoinder, 

2. Variante du conte XXI. René Basset. 



ADDITIONS 

AU 

TABLEAU COMPARATIF 



p. 10 (latpoductioa) note 2 : Tua des contes traduits du 
turk par J. Dumoret, manquant dans la version arabe (L'avare 
et le portefaix)^ existe en souahili (cf. Steere, Swahili taies, 
Londres, 1870, in-12, p. 412, Mtu ayari na hamalh reproduit 
par J, Beckep, La Vie en Afrique, Bruxelles et Paris, 2 v. in-8, 
1887, t. II, ch. XXXII, p. 241). Ce ne peut être que par Tarabe 
quMl a passé en souahili. 

P. 19 (version arabe), DjoKa sellé et bridée cf. un article de 
P. Meyer, Romania, t. XI, 1882, p. 138-139: Héron, Une 
représentation figurée du lai d'Aristote, Rouen, 1891, in-4. 

P. 24 (version berbère), n^ XXII, Si Djoh'a et l'Arabe: On 
en trouve d'autres versions arabes dans le Rosenœl de Von Ham- 
mer (t. II, Stuttgart, 1813, in-12), n« CXLVII, p. 274, d'après 
le Mahadj en Nofous d'Abou Nouas Dja'ber ibn H'ayan et'T'ousi. 
et dans Rousseau, Mémoire sur les trois plus fameuses sectes du 
musulmanisme, Paris, 1818, in-8, p. 39, 40. Cf. une version 
persane dans le Zobdat el h'i kâyât, éd. Barb, Vienne, 1856, 
p. 25-28 ; Rosenmuller, Elementa persica, Berlin, 1843, in-8, 
p. 73. Le texte de Liwai a été traduit par Defrémery, Mémoires 
d'histoire orientale, t. II, Paris, 1862, in-8, p. 282. On peut 
en rapprocher une version un peu différente, mais d'inspira- 
tion semblable, reproduite par En Noweiri ap. Reiske, Abulfe- 
dœ Annales, Copenhague, 1789-1794, 5 v. in-4, t. III, p. 730, 
et El Ibchihi, Mostafref, t. I, ch. XXXIV, p. 209. Vavare et le 
bédouin et rééditée par Belkassem b. Sedira, Cours de littéra- 
ture arabe, n° LI. 

P. 28 (version berbère), n» XVII, Si DjoKa et la tête de brebis, 
cf. une version arabe dans le Rosenœl de Von Hammer, t. Il, 
n® 183, p. 308 d'après le Nozhat el Odaba : le héros est Djah'izh. 

P. 30 (version turke), n° XIV, La cigogne transformée, cf. un 
conte semblable : La paysanne et le faucon dans le Rosenœl de 
Von Hammer, t. II, n° 126, p. 257, d'après une des versions 
turkes de l'ouvrage persan de Djemàl eddin Moh'ammed 
el ^Xoum, DjamVel h'i kâydt, 

P. 31 (version berbère), n° XVII. Les plaisants devinés, cf. 
une version nouba, en dialecte de Kenzi ap. Reinisch, Die Nuba- 
Sprache, t. I, p. 162 : Djoh'a (J6ha) y est nommé. R. B. 



LES FOURBERIES DE SI DJEH'A 



CONTES KABYLES 



I 



Si Djeh'a et le Meunier 

Un jour Si Djeh'a alla au moulin pour moudre 
du blé. Il prit son couffin, et se mit à retirer le blé 
qui était dans les couffins des autres et à le mettre 
dans le sien. Le meunier le vit et lui dit : « Que 
fais-tu là, Si Djeh'a ? ». « Je suis un imbécile, 
répondit Si Djeh'a. » Le maître du moulin reprit : 
(1 Si tu étais un imbécile, tu retirerais le blé de 
ton couffin pour le mettre dans les couffins des 
autres. ! » Djeh'a lui dit : « Je ne suis qu'un im- 
bécile, tandis que si je faisais ce que tu dis, je 
serais deux fois imbécile. » 

Le meunier rit et le laissa partir. 



5. 



82 CONTES RABYLËS 

II 

Si DJeh'a veut acheter un âne 

Un jour il alla au marché pour acheter un âne. 
Un individu le rencontra et lui dit : Où (vas-tu), 
Si Djeh'a ?» — « Je vais au marché acheter un 
âne. » L'homme reprit: « Dis : s'il plaît à Dieu, 
Si Djeh'a. » — « Pourquoi dirais-je « s'il plaît à 
Dieu, fit Djeh'a ? J'ai sur moi de l'argent et il y a 
des ânes au marché. » 

Si Djeh'a partit. Quand il fut arrivé au marché, 
un homme vint, profita d'un moment d'inattention 
de sa part et lui déroba son argent. Si Djeh'a s'en 
retourna sans avoir rien acheté. L'ami en question 
le rencontra et lui dit: « Qu'as-tu acheté*, Si 
Djeh'a ? » Djeh'a répondit : « Mon argent a été 
volé, s'il plaît à Dieu ; que ton père soit maudit, 
s'il plaît à Dieu. » 



m 



Si Djeh'a et la poule 

Un homme vint, une fois, chez Si Djeh'a lui 
faire une invitation : « Viens déjeuner chez moi, 
lui dit-il. » Djeh'a y alla. A son arrivée, le maître 
de la maison lui servit une poule. Djeh'a absorba 

1. Mot à mot : Qu'as-tu fait ? 



LES FOCRBEftIËS DE St DJEH^Â 83 

le bouillon, mais il ne put pas manger la viande 
de la poule, tant elle était vieille et coriace. 

Le lendemain, Djeh'a absorba encore le bouil- 
lon ; il lui fut impossible de manger la viande. Il 
prit alors la poule et la plaçant dans la direction 
de La Mecque, il se leva pour faire sa prière sur 
cette volaille. « Que fais-tu là. Si Djeh'a, demanda 
rhôte ? » Il répondit : « Je vais faire ma prière 
sur cette poule ; car cette chair est sans doute 
celle de quelque saint ou de quelque prophète. 
Comment se fait-il, en effet, qu'elle soit allée 
deux fois au feu et que le feu ne lui ait rien fait? » 

IV 

Si Djeh'a et la viande 

Un jour, il acheta trois livres de viande ; il les 
porta à sa femme et lui dit : « Fais-nous cuire le 
déjeuner avec cette viande. » Il sortit. Sa femme 
fit cuire la viande ; elle et son frère la mangèrent. 
Si Djeh'a rentra et dit : a Où est la viande ? » 

Elle répondit : « J'étais occupée à cuisiner 
lorsque le chat est venu et Ta mangée. » 

Djeh'a se leva, saisit le chat qu'il mit dans une 
balance. Il constata qu'il pesait trois livres. 

— « Chienne, dit-il à sa femme, si ceci est la 
viande, où est le chat? et si ceci est le chat, où 
est la viande ? » 



84 CONTÉS RABYtEâ 



Le chevreau rôti 

Un jour, Si Djeh'a alla déjeuner dans une 
certaine maison. Le maître de la maison lui servit 
un chevreau rôti. Djeh'a saisit Fanimal et se mit 
à le manger comme un ogre. 

— « Puisque tu es si fort en colère contre ce 
chevreau, fit Thôte, c'est à croire* que sa mère t'a 
donné jadis des coups de corne.» 

— « Et toi, répliqua Djeh'a, tu t'apitoies sur lui 

« 

comme si sa mère avait été ta nourrice. » 

VI 

Si Djeli'a et son fils 

Certain jour, sa femme lui donna son fils qui 
avait alors trois mois et lui dit : « Prends donc 
ton fils ; moi, je suis occupée. Garde-le moi ainsi 
jusqu'à ce que j'aie achevé mon ouvrage. » Djeh'a 
prit l'enfant dans son giron. L'enfant ayant uriné 
sur lui, Djeh'a le mit à terre et urina sur lui, à 
son tour. Sa femme le voit. Elle arrive en courant 
et dit : « Que fais-tu là, Si Djeh'a ? » 

— Ce fils de chienne, répondit-il, a p.... sur 
moi, et moi aussi je p.... sur lui. Si un autre que 
mon fils m'eût fait cela, j'aurais fait c... sur lui. 

1. Mot à mot : comme si on durait. 



LES I^OlÎRfiEftlES DE SI DJEH A 88 

VII 

Si Djeh'a et ses amis 

Ses amis avant entendu dire qu'il était malade 
vinrent le visiter. Il était couché. Ses amis bavar- 
daient beaucoup * et ne le laissaient pas dormir. 
Alors il se leva, prit son oreiller et leur dit : « Vous 
pouvez partir maintenant. Je suis guéri. C'est 
Dieu lui-même qui m'a guéri. » 

VIII 

Si Djeli'a et la marmite 

Un jour, il apporta une marmite au marché 
pour la vendre. Les gens lui dirent : « Ta marmite 
est trouée, elle ne vaut absolument rien. » « Ma 
mère, répliqua-t-il, y mettait du coton et la mar- 
mite ne coulait pas le moins du monde. » 

IX 
Si Djeli'a et les g^ens qui mang^eaient 

Un jour, passant près de certains individus, il 
les trouva occupés à manger. Il leur dit : « Que le 
salut soit sur vous, ô avares. » — Ils dirent : « Par 
Dieu^ nous ne sommes point avares. » — «0 mon 

1. Littéralement : multipliaient les paroles. 



86 CONTES KÂBYLËâ 

Dieu, s'écria Djeh'a, fais qu'ils ne mentent pas ; 
fais que ce soit moi qui aie menti ! » 



Si Djeh'a et ses hôtes 

Il faisait cuire de la viande. Deux de ses amis 
viennent chez lui. L'un prend un morceau de 
viande et dit : « Cette viande a besoin de sel. » 
L'autre saisit aussi un second morceau de viande 
et dit : « Cette viande a besoin de vinaigre. » Si 
Djeh'a s'empare de tout ce qui reste et leur dit : 
u La marmite a besoin de viande. » 



XI 



Si DJeli'a et les dix aveug^les 

Il était assis sur le bord d'une rivière lorsque 
dix aveugles arrivèrent et lui dirent : « Passe- 
nous de l'autre côté de la rivière ; nous te donne- 
rons un franc par tête. » — Bien, répondit-il. » 
Il les passa Tun après l'autre jusqu'à ce qu'il en 
eût passé neuf. Il en restait un. Djeh'a revint vers 
lui et l'emporta. Quand il fut arrivé au milieu de 
la rivière, le courant l'entraîna. Il lâcha l'aveugle 
afin de se sauver lui-même. Les autres aveugles 
poussèrent des cris et lui dirent : « hé ! l'homme, 



LfiS ^OUlt&ËRIËS DE SI DJËh'a 87 

tu veux donc noyer notre frère !» — « Il est inutile 
de tant crier, répondit Djeh'a. Donnez-moi ueuf 
francs, retenez un franc et admettons que je n'aie 
pas passé celui-là. » 



XII 



Si DJeh'a et ses deux amis 

Un jour, Djeh'a et deux de ses amis condui- 
saient deux brebis et un mouton qu'ils avaient 
achetés au marché. Lorsqu'ils furent arrivés à la 
maison, ses amis lui dirent : « Si Djeh'a, comment 
les partagerons-nous? » — « Vous deux, répondit 
Djeh'a, (prenez) une brebis ; moi et le mouton 
(nous prendrons) l'autre brebis. » 

. XIII 

Si Djeli'a et ses amis au bain 

Un jour, ses amis causaient et disaient entre 
eux : « Emmenons Si Djeh'a au bain, nous nous 
moquerons de lui. » Ils emportèrent tous des 
œufs avec eux. Si Djeh'a ne savait rien de cela. 
Ils partirent. Quand ils arrivèrent au bain, ils 
dirent : « Allons, pondons tous des œufs. Celui 
qui ne pondra pas un œuf payera le prix du bain 
pour nous. » L'un d'eux se leva, se mit à caqueter 



88 CONtES RAfttLËâ 

à la manière des poules et retira un œuf de dessous 
lui. Tous les autres en firent autant. Le tour de 
Si Djeh'a étant arrivé, il se leva, chanta comme 
un coq et se précipita sur ses amis qui se levèrent 
et s'enfuirent en disant: «Que fais-tu donc. Si 
Djeh'a ? » — « Quoi ! dit-il, vous êtes vingt poules ; 
il faut bien qu'il y ait un coq parmi vous. » 

XIV 

Si DJeh'a et le pain 

Un jour qu'il voyageait avec des gens, ceux-ci 
achetèrent du pain. Quand ils furent arrivés à un 
certain endroit, ils s'assirent pour déjeuner. Si 
Djeh'a leur dit : « Mes enfants, je ne puis manger 
un pain à moi seul, que chacun de vous prenne 
un pain pour sa part. Puis vous me donnerez la 
moitié de chaque pain ; c'est tout ce que je peux 
manger. » 

XV 

Si Djeh'a et le Chrétien 

Un jour, si Djeh'a vit un chrétien qui mangeait 
de la viande pendant le carême. Si Djeh'a s'assit 
et mangea avec lui. — « Si Djeh'a, lui dit le 
chrétien, la viande des animaux tués par nous est 
interdite aux Musulmans. » — « Je suis parmi les 
Musulmans ce que tu es parmi les Chrétiens, 
répondit Si Djeh'a. » 



LES FOURBBBIBS DE SI DJEh'a 89 

XVI 

Si Djeh'a et le propriétaire de la marmite 

Un jour, Si Djeh'a alla chez un de ses voisins 
et lui dit : « Prête-moi une marmite pour y faire 
cuire (quelque chose). » Le voisin la lui prêta. Le 
lendemain, Djeh'a lui rendit la marmite dans 
laquelle il avait mis une petite marmite. Arrivé 
chez lui, il lui dit : (^ Voici ta marmite » Le voisin 
la prit, trouva celle qui était dans l'intérieur et 
dit à Djeh'a : « Qu'est-ce que c'est que cette mar- 
mite-ci ?» — « C'est ta marmite qui l'a mise au 
monde, répondit Djeh'a. » — « C'est bien, dit 
l'autre » ; et il prit les deux marmites. A quelque 
temps de là, Si Djeh'a retourna chez ce voisin. 

— «Prête-moi la marmite, lui dit-il. » Il la lui 
donna et Si Djeh'a ne la lui rendit pas. Un jour, 
le voisin alla chez Si Djeh'a et lui dit : « Donne- 
moi la marmite. » — « Elle est morte, dit Djeh'a. >; 

— Comment ! Est-ce qu'une marmite meurt ? fit 
le voisin. » — « Tout ce qui engendre meurt, décla- 
ra Djeh'a. » 

XVII 

Si Djeli'a et le Cadi 

Si Djeh'a se promenant, un jour, trouva dans la 
campagne le cadi endormi et ivre. Il lui prit son 



90 CONTES KABYLES 

manteau et s'en alla. Quand le cadi se réveilla, il 
constata que son manteau lui avait été volé. Il 
envoya des gens faire des recherches dans le 
village pour le retrouver. Ces gens trouvèrent Si 
Djeh'a revêtu de ce manteau. Us l'emmenèrent. 
Quand il fut arrivé chez le cadi, celui-ci lui dit : 
« D'où te vient ce manteau ?» — J'ai trouvé un 
homme ivre, répondit Djeh'a. J'ai uriné sur lui et 
je lui ai pris son manteau. S'il est à toi, le voici ; 
prends-le et excuse-moi. » — « Eloigne-toi de 
moi, être infect, dit le cadi. Ce manteau n'est pas 
le mien. » 

XVIII 

Si Djeh'a et la sauce du li<>vre 

Un paysan lui apporta un lièvre et lui en fit 
cadeau. Si Djeh'a fit cuire le lièvre qu'il donna à 
manger à cet homme. Quelques jours après, un 
autre individu arrive et frappe à la porte. — « Qui 
es-tu ? demande Djeh'a. » — « Je suis le voisin de 
celui qui t'a apporté un lièvre, répond l'homme. » 
Djeh'a le fait entrer et lui donne à manger. A 
quelque temps de là, un autre homme arrive et 
frappe à la porte. — « Qui est là ? dit Djeh'a. ». — 
a Je suis le voisin du voisin de l'homme qui t'a 
apporté un lièvre, répond l'inconnu. » Djeh'a le 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 91 

fait entrer et place devant lui de Teàu chaude. — 
« Qu'est ceci, fait l'individu ?» — « Ceci, dit 
Djeh'a, c'est la sauce du lièvre. » 

XIX 

% 

Si Djeh'a et le clou 

Le jour où il vendit sa maison, un homme la 
lui acheta. — « Mon ami, lui dit Djeh'a, je t'ai 
vendu la maison ; mais le clou qui est planté dans 
le mur, je ne te l'ai pas vendu. Demain, ne va 
pas dire ; « tu m'as vendu aussi le clou. » Je ne te 
l'ai pas vendu, je ne t'ai vendu que la maison. » 
— « C'est bien, répondit l'acheteur. Je t'achète la 
maison. Le clou qui est planté dans le mur, je ne 
te l'achète pas. » 

L'acheteur pensait: « Ce clou m'est égal. J'ai 
acheté la maison ; peu mlmporte le clou.» 

Si Djeh'a alla trouver sa mère : « ma mère, 
que de jours nous avons passés avec la faim ! Au- 
jourd'hui, j'ai vendu la maison. » — Elle dit : 
« Comment ! tu as vendu la maison ! Et où habi- 
terons-nous ? Outre la faim, il nous faudra encore 
dormir à la belle étoile? » — « Ne crains rien, ô 
ma mère, répondit Djeh'a. Je lui ai vendu la 
maison ; mais je me suis réservé un clou que 
j'ai planté dan$ le mur. Je ne le lui ai pas vendu. 



92 CONTES KABYLES 

Maintenant; c'est avec ce clou que je lui repren- 
drai la maison. Nous mourons de faim ; c'est pour 
cela que j'ai imaginé cette ruse afin que l'acheteur 
nous donne de l'argent, et alors nous mangerons. 
Quant à la maison, il en sortira. » — « Comment ! 
fit-elle. Tu lui as vendu la maison et tu dis qu'il 
en sortira ! De quelle manière en sortira-t-il, 
attendu qu'il t'a remis l'argent en présence de 
témoins ?» — « Tiens-toi seulement en repos, 
répondit Djeh'a. C'est moi qui vais combiner un 
plan dans ma tête afin de le faire sortir de la 
maison. » — « Fais ce que tu voudras, dit-elle. » 

Si Djeh'a s'en alla acheter des peaux d'animaux. 
Il les apporta et les suspendit à ce clou. Il y sus- 
pendit également des boyaux. Peaux et boyaux 
restèrent là. Un ou deux jours après, ces peaux et 
ces boyaux sentirent mauvais. Djeh'a vint et les 
laissa comme ils étaient. 

Celui qui lui avait acheté la maison vint le 
trouver et lui dit: « Qu'est-ce que c'est que ce 
marché-là. Si Djeh'a? Tu as apporté des peaux et 
des boyaux et tu les a suspendus dans la maison ! 
Ils sentent mauvais. Qui pourrait, à présent, 
rester dans ce logis ?» — « Ami, répondit Djeh'a, 
je t'ai vendu la maison, n'est-ce pas? Le clou, je 
me le suis réservé et je t'ai dit que je ne te le 
vendais pas. A présent tu n'as plus rien à dire. » 
— L'autre lui dit: « Va à ta maison. Moi je la 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 93 

quitte. Je t'abaQdonne et Targent et la maison. Je 
ne puis plus y demeurer. C'est une infection 
générale et la maison elle-même est empestée. » 
-r- « Eh bien, dit Djeh'a, si tu veux sortir de la 
maison, sors. L'argent, je l'ai dépensé et je ne te 
rendrai même pas un sou. » — « Je te fais grâce 
de la maison et de l'argent que je t'ai remis, lui 
dit l'acheteur. » 

Si Djeh'a partit et retourna à sa maison. L'autre 
se mit en quête d'un nouveau logement. 



XX 



Si Djeh'a et le Juif 

Si Djeh'a faisait chaque jour cette prière : « 
mon Dieu, donne-moi mille dinars (pièces d'or). 
Mais s'il en manque un seul, je ne les accepterai 
pas. » Il y avait un juif, son voisin, qui Tentendait 
chaque jour prononcer ces paroles. 

Un jour, le juif dit en lui-môme : « Je vais les 
lui jeter pour le mettre à l'épreuve. » Il lui jeta 
une bourse contenant neuf cent quatre-vingt-dix- 
neuf dinars. Aussitôt que Djeh'a eut ramassé la 
bourse, il compta les pièces d'or et vit qu'il en 
manquait une. — « Celui qui d'habitude donne 
beaucoup ne regrette pas de donner peu, se dit 
Djeh'a, Je te loue ô mon Dieu, et je te remercie. 



94 CONTES KABYLES 

Tu m'as donné ce que je te demandais. Bien qu'il 
manque un dinar, cela ne fait rien. » 

Il mit l'argent dans sa malle. Le juif l'avait 
entendu. Il se fâche et va chez Djeh'a en courant. 
Il arrive, il frappe à la porte. — « Qui est là ? fait 
Djeh'a. — « C'est moi, répond le juif. » Djeh'alui 
ouvre la porte et lui dit : « Que veux-tu ?» — 
« Apporte-moi cet argent », dit le juif. — « Quel 
argent? Dieu m'a donné ce que je lui demandais. 
Il manque un dinar, mais cela m'est égal. » — 
« Ce n'est pas Dieu qui t'a donné cet argent, 
reprend le juif. C'est moi qui te l'ai jeté dans le 
but de t'éprouver. Maintenant, assez causé. Rends- 
moi mon argent. » 

Ils se disputèrent et le juif lui dit : « Allons 
tous deux au tribunal. » — Je suis vieux, répon- 
dit Djeh'a. Je ne puis pas marcher. Prête-moi ton 
àne afin que je monte dessus. » — « C'est bien », dit 
le juif ; et il lui prêta Tâne. — «Je suis mort de 
froid, ajouta Djeh'a. Prête-moi ton manteau. » — 
« C'est bien », dit le juif; et il lui prêta aussi son 
manteau. Ils allèrent au tribunal. Quand ils furent 
arrivés chez le cadi, le juif dit à ce magistrat : 
« Seigneur juge, cet homme-ci me doit neuf cent 
quatre-vingt-dix-neuf dinars. » Et il conta toute 
l'aventure au cadi. — « Est-ce vrai ? demanda le 
juge à Si Djeh'a. » — « Il ment, s'écria celui-ci. 
Telle est du reste son habitude. Je crains même 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 95 

qu'il ne dise que cet âne-ci et ce manteau lui 
appartiennent également. » — « Mais oui, seigneur 
juge, tout cela est à moi, dit le juif. C'est moi qui 
lui ai prêté le tout. » — « Chasse d'ici ce méchant 
juif, dit le cadi à Thuissier. » 

Le juif s'en retourna tout confus. Si Djeh'a 
garda l'argent Tâne et le manteau. 

XXI 

Si Djeh'a et le mort assasssiné 

Il trouva un jour, dans le vestibule de sa mai- 
son, un homme qui avait été assassiné par des 
ennemis. Ceux-ci avaient jeté le cadavre dans le 
vestibule de la maison de Si Djeh'a. Dès que 
Djeh a vit le corps, il l'emporta et le jeta dans un 
puits. Il alla ensuite auprès de son père et lui dit : 
« J'ai trouvé un homme que l'on a assassiné. On 
Ta jeté dans notre maison. Après l'avoir trouvé, 
je l'ai emporté et je l'ai jeté dans le puits. » — 
« Non, mon fils, dit le père. Retire-le du puits. 
Peut-être viendra-t-on faire des recherches dans 
le puits et si on l'y trouvait, nous serions perdus. 
Dès maintenant sors-le du puits. Nous l'enterre- 
rons ; cela vaudra mieux. » Si Djeh'a alla retirer 
le cadavre et l'enterra. Il égorgea un mouton qu'il 
jeta dans le puits. 



96 CONTES KABYLES 

Les parents du mort arrivèrent pour faire des re- 
cherches. Ils entrèrent dans la maison de Si Djeh'a 
qui leur dit : « Il y a ici un mort. Venez le recon- 
naître. C'est peut-être lui *. » Il alla au puits dans 
lequel il descendit. Il prit la tête du mouton, 
appela les gens et leur dit: « Votre ami avait-il, 
oui ou non, des cornes? » Ces gens furent stupé- 
faits. Ils partirent en disant : « C'est un idiot. » 

XXII 
Si Djeh'a et l'Arabe 

Il se promenait dans la campagne. Il avait faim. 
Il trouva un Arabe qui mangeait. Il alla vers lui, 
pensant qu'il l'inviterait à manger. Il arriva près 
de TArabe qui ne lui fit aucune invitation et qui 
lui dit : « D'où es-tu, mon frère ? » — « Je suis de 
ton village », répondit Djoh'a. 

— Alors tu nous apportes de bonnes nouvelles. 

— Je t'apporte toutes les bonnes nouvelles que 
tu voudras. 

— As-tu quelques nouvelles de notre village ? 

— J'en ai, répondit Djeh'a. 

— As-tu des nouvelles de 0mm Othman? (C'était 
la femme de cet Arabe). 

\. C'est-à-dire celui que vous cherchez. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 97 

— Oh ! fit Djeh'a, elle se dandine comme un 
paon. 

— Et comment se porte mon fils Othman ? 

— Il joue habituellement aux billes avec ses 
camarades. 

— Comment va le chameau ? 

— Il est près d'éclater tant il est gras. 

— As-tu des nouvelles de notre chien Tit'ouh'l^ 

— Il est très méchant et ce n'est pas peu dire. 
Les voleurs ne peuvent pas pénétrer dans le parc 
à cause delà terreur (qu'il inspire.) 

— Et notre maison, dans quel état est-elle? 
continua l'Arabe. 

— Comme une forteresse, répondit Djeh'a. 
Alors l'Arabe garda le silence. Il mangea et 

n'invita pas Si Djeh'a. Celui-ci se leva pour s'en 
aller. 

— Où vas-tu, ô mon frère ? interrogea 
l'Arabe. 

— Je vais au village, repartit Djeh'a. Depuis le 

1. Ce sont les bergers Kabyles qui, d'ordinaire, dressent les 
chiens et leur donnent des noms. Le jour, les chiens les 
accompagnent aux champs et gardent les troupeaux. La nuit, 
ils restent autour des maisons et font bonne garde. Les noms 
que les Kabyles donnent le plus communément à ces fidèles 
animaux sont les suivants : Tit'ouh' qui signifie « dégourdi ; 
Bjouh' « fidèle ; As k'arjouj « essorillé » ; Azouggar' « rouge ; 
Abarkach « tacheté de olauc, de noir ou de rouge ; Amellal 
« blanc ; KahHouch « noir ; BiVW « cendré. 

Le chien de Si Djeh'a *< Tsaoui d koull ass « Apporte tou- 
jours » dont on lira les exploits au conte LIX«, a reçu excep- 
tionnellement ce nom qui indique très bien du reste le genre 
de services qull rendait à son maître. 



98 CONTES KABYLES 

jour de la mort du chien TiCouh! les voleurs 
fourmillent. 

— Le chien TiCouK est mort? fit TArabe. 
-Oui. 

— De quoi est-il mort ? 

— Il a trop mangé de la viande du chameau, et 
il est mort. 

— Le chameau est donc mort aussi ? 

— Oui, répondit Djeh'a. 

— De quoi est-il mort ? 

— Il a butté contre la tombe d'Omm Othman. 

— 0mm Othman est morte ? 

— Oui. 

— De quoi est-elle morte ? 

— Du chagrin qu'elle a eu (delà perte) d'Othman. 

— Othman est mort ? 

— Oui. 

— De quoi est-il mort ? 

— La maison s'est écroulée sur lui et il est mort. 
A ces mots TArabe se leva comme un fou et 

partit dans la direction de son village en aban- 
donnant sa nourriture. Si Djeh'a mangea tout ce 
qui restait. 

XXIIl 

Si Djeh'a et le caid de son pays 

Ce caid aimait passionnément les femmes. Si 
Djeh'a mii 1a fréquentait souvent, lui faisait des 



LES FOURBERIES DE SI DJEH'a 99 

remontrances. — « Comment, lui disait-il, toi qui 
es caid, raffoles-tu ainsi de toutes les femmes? 
Sois un peu raisonnable. Crains le Seigneur. C'est 
honteux pour toi. » Ces paroles pénétrèrent 
jusqu'au fond du cœur du caid. 

Ce chef avait pour servante une femme d'une 
grande beauté qui, s'étant aperçue de la mélan- 
colie de son maître, lui dit: « Qu'est-ce qui te 
prend, seigneur? » — Djeh'a m'a dit telle et telle 
chose », répondît le caid. — « Ce n'est que ça ? fit- 
elle. Eh bien, donne-moi la permission de me 
rendre chez lui. Toi, tu resteras ici un moment 
et tu arriveras chez Djeh'a à l'improviste. Tu 
verras ce que je lui ferai et tu admireras l'état 
dans lequel tu le trouveras. » — « Va, lui dit le 
caid. » Elle partit. Quand elle arriva chez Si Djeh'a 
elle s'assit avec lui dans la maison. En la voyant, 
Djeh'a en devint éperdument amoureux. Il se 
rapprocha d'elle. Elle battit en retraite. Il la pour- 
suivit. Partout où elle s'asseyait, il allait près 
d'elle. — « Reste à ta place. Si Djeh'a, lui dit-elle. 
Ne t'approche pas de moi. Si tu veux t'approcher, 
laisse-moi monter à califourchon sur toi ; tu 
marcheras à quatre pattes, moi étant sur ton dos. » 
— « Viens, dit Djeh'a. » Elle lui mit une selle et 
une bride et monta sur lui à califourchon. Il se 
mit à marcher à quatre pattes. 

Le caid arriva à l'improviste et lui dit : « Si 



100 CONTÉS KABYLES 

Djeh'a, tu me défendais d'aimer les femmes ; et 
toi, voilà Tétat dans lequel tu es ! » — « Seigneur, 
lui répondit Si Djeh'a, je craignais de te voir de- 
venir un âne, tout comme je suis. » Le caid se 
mit à rire et lui fit un cadeau. 

XXIV 

Le juif qui veut voir Dieu* 

Il y avait un juif qui, chaque jour, faisait à Dieu 
cette prière : « mon Dieu, montre-toi à moi. » 
Il priait sous un arbre. Si Djeh'a, se promenant 
un jour, l'entendit parler ainsi. Le lendemain il 
partit et arriva avant le juif à cet endroit. Il monta 
sur l'arbre et se cacha dans le feuillage. Le juif 
vint et fit sa prière habituelle. Si Djeh'a l'appela 
et lui dit : « mon adorateur, va prendre cené>i| 
dinars (pièces d'or) et donne-les à la femme de 
Djeh'a. Tu reviendras ici ensuite et tu me verras. » 

Le juif fut au comble de la joie en entendant 
ces paroles. Il alla à sa maison, prit cent pièces 
d'or et les donna à la femme de Djeh'a. Il revint;, 
à l'arbre et dit : « mon Dieu, j'ai fait ce que tu 
m'as dit. » Si Djeh'a lui jeta une corde en disant : 
« Saisis cette corde, tu monteras jusqu'à moi. » 
Le juif empoigna la corde. Si Djeh'a le hissa ; 
quand il le vit à une certaine hauteur, il lâcha la 



LÉS fourbp:ries de si djeu'a 101 

corde. Le juif tomba et se cassa la tête. « mon 
Dieu, dit-il, tu es insatiable ! Tu me prends mon 
argent, et de plus tu me casses la tête ! » 

XXV 

Les navets 

Un jour, Si Djeh'a donna des grenades au caid. 
Le caid fut content du cadeau. Un autre jour, 
Djeh'a allait lui apporter des navets lorsqu'il ren- 
contra un de ses amis qui lui dit : « Si Djeh'a, si 
tu lui portais des figues, cela vaudrait mieux que 
des navets. » Djeh'a suivit ce conseil*. Il alla 
remplir une corbeille de figues. Quand il fut arrivé 
chez le caid, il les lui offrit. Le caid se mit en 
colère, les refusa et dit à ses chaouchs : '< Jetez lui 
ces figues à la tête. Les chaouchs se mirent à lui 
lancer les figues à la tête. « Que Dieu fasse misé- 
ricorde à ton père, ô mon ami, répétait sans cesse 
Djeh'a. » — <f Pourquoi, demanda le caid, parles- 
tu ainsi? » Djeb'a lui fit le récit fidèle de ce qui 
s'était passé et ajouta : « Je t'apportais des navets. 
C'est grâce aux conseils de cet ami que je t'ai 
apporté des figues et que j'ai laissé les navets. Si, 
ayant apporté des navets, on m'avait frappé avec 
eux, alors ma tête aurait été cassée en cent mor- 
ceaux. » Le caid sourit et lui fit un cadeau. 

1. Mot à mot : prit sa parole. 



102 CONTES KÀBVLËâ 

XXVI 

Le corbeau 

Un jour, Si Djeh'a alla avec sa femme à la 
rivière pour laver. Pendant qu'ils lavaient, un 
corbeau s'abattit, leur déroba le savon et s'envola. 
La femme se mit à pousser des cris. — « Tais-toi, 
femme, lui dit Djeh'a. Laisse-le l'emporter. Il 
lavera ses vêtements avec ce savon, car ils 
sont plus noirs que les nôtres. » 

XXVII 

Si Djeh'a et la tète de brebis 

Un jour, son père lui donna un franc pour 
acheter une tête de brebis. Djeh'a acheta la tête 
dont il mangea toute la viande. Il ne lui resta plus 
qu'un crâne décharné*. Il l'apporta ainsi à son 
père qui lui dit : « Qu'est-ce que cela ?» — « C'est 
une tête de brebis », répondit Djeh'a. — « Scélérat, 
dit le père, où sont ses oreilles ? 

— Elle était sourde. 

— Et ses yeux ? 

— Elle était aveugle. 

— Où est sa langue ? 

— Elle était muette. 

— Et la peau du crâne ? 

— Elle était teigneuse. 

1. LittéralftîTiftat : un crâne vide. 



LES FOURBERIES DE ât DJEH^A 103 

XXVIIl 

Si Djeh'a et le barbier 

Si Djeh'a était teigneux. Il alla une fois se faire 
raser (la tête). Le barbier le rasa. Quand il eut 
fini, Djeh'a lui donna la moitié du salaire. 

— « Pourquoi me donnes-tu la moitié du salaire, 
demanda le barbier ?» — « C'est-ce qui t'est dû, 
répondit Djeh'a. Il est évident que j'ai la teigne^ 
et qu'il n'y pas beaucoup de cheveux sur ma tête. » 

XXIX 

■ -'f ■' 

Si Djeh'a et son âne 

Un jour, un homme vint chez Djeh'a et lui dit : 
« Si Djeh'a, prête-moi ton âne. » — Djeh'a répon- 
dit : « Ami, mon âne n'est pas ici. » Djeh'a n'avait 
pas fini de parler que l'homme entendit l'âne 
braire. « L'âne est ici. Si Djeh'a », dit l'homme. » 
— « Comment ! fit Djeh'a. Tu crois l'âne et tu ne 
me crois pas, moi qui suis un vieillard à barbe 
blanche ! » 

XXX 

Si Djeh'a et le chien 

Un jour, Djeh'a voyant un chien courir dans le 
cimetière, saisit un bâton pour le frapper. Le 



104 CONTES KABVLÉâ 

chîen se précipita sur lui. Si Djeb'a eut peur de 
lui et lui dit : « Pardon, Monseigneur, je ne vous 
avais pas reconnu. » 

XXXI 

Si Djeh'a et le voleur 

Un voleur vint une nuit, entra dans la maison 
de Si Djeh'a, lui prit quelques objets et s'en alla. 
Si Djeh'a se leva, prit tout ce qui restait et suivit 
le voleur. Celui-ci, s'étant retourné, et voyant 
que Si Djeh'a le suivait : « Hé ! Thomme, que 
veux-tu? lui dit-il. » — « Allah ! Allah ! s'écria 
Djeh'a. Nous abandonnons notre maison pour la 
vôtre. Toi, tu emportes une partie des objets ; moi 
j'apporte le reste. Dès demain, s'il plaît à Dieu, 
au lever du soleil, femmes et enfants, tout le 
monde viendra chez toi. Seront-ils contents de 
sortir de notre masure !» — « Reprends ce qui 
t'appartient, dit le voleur. Retourne chez toi. 
Loin de moi les soucis*. Il n'est pas nécessaire 
que tu me suives. » 

XXXII 

Si Djeh'a et le Jour du jug^einent 

Si Djeh'a avait un mouton gras. Ses amis vou- 
lurent ruser avec lui pour lui manger son mouton. 

1 . Littéralement : éloigne de ma tête les soucis. 



LES FOURBIËRIES DE SI DJEH^Â lOo 

Ils vinrent chez lui et lui dirent : « Demain aura 
lieu le jugement dernier. C'est aujourd'hui le 
dernier jour du monde. Viens. Nous irons au 
jardin, nous égorgerons le mouton et nous le 
mangerons. Demain nous mourrons, » Djeh'a fit 
semblant * de les croire. Il alla avec eux. Ils égor- 
gèrent le mouton et le mangèrent. Au moment de 
la forte chaleur, ils enlevèrent leurs habits et 
entrèrent dans la rivière pour se baigner. Djeh'a 
seul resta et n'entra pas (dans l'eau). Il réunit 
tous les habits de ses amis et alla les vendre. 
Quand ses amis sortirent (du bain) ils ne trouvè- 
rent plus leurs effets. Ils attendirent jusqu'à ce 
que Si Djeh'a fût de retour et lui dirent : « Où 
sont nos habits ?» — « Je les ai vendus, répondit- 
il, parce que demain aura lieu le jugement dernier. 
Maintenant personne n'a plus besoin de vête- 
ments. » 

XXXIII 

Si Djeh a h la dhifa (2) 

On ne savait plus que faire pour l'empêcher de 
continuer son métier de pique-assiette ^ Les 
notables allèrent un jour dans une certaine maison. 

1. Littéralement : rendit sa personne comme.. 

2. Ce root est arabe. ïl signifie repas offert à des hôtes. 

3. La construction kabyle de cette phrase est impossible à 
rendre en français. En voici le mot à mot : ils se fatiguèrent 
les gens comment ils feraient pour le laisser sans nourriture. 



106 CONTES KABYLES 

Le propriétaire de cette maison leur avait préparé 
un festin. Ils vinrent. Djeh'a marcha avec eux. 
Ils se dirent les uns aux autres : « Comment 
allons-nous faire avec Si Djeh'a? » — Quelques- 
uns se mirent * à dire : « Quand les plats arriveront 
nous lui dirons : «hé ! Si Djeh'a, il y a le feu à ton 
village », afin qu'il reste sans manger. Préoccupé 
par nos paroles, il ne mangera pas. » 

Quand la nourriture arriva, ils lui dirent : « Si 
Djeh'a, le feu est à ton village » — « Est-ce que 
notre maison en a été préservée ? » interrogea 
Djeh'a. 

Tandis qu'ils s'occupaient de parler, Djeh'a 
mangeait. 

Ils dirent : « Le feu est à ta maison ! 

— Quant à moi, il ne m'a pas encore atteint ^ 
n'est-ce pas ? 

— Le voilà à tes habits ! 

— Ma tête ne brûle ^ pas encore, n'est-ce pas ? 
fit Djeh'a. Que le feu dévore* mes pieds et qu'il 
laisse ma têtç tranquille. » 

Il mangeait toujours. Quand les autres voulu- 
rent en faire autant, ° ils constatèrent que Djeh'a 
avait achevé la nourriture. « Si Djeh'a s'est moqué 
de nous, se dirent-ils entre eux. » 

1. Littéralement : se levèrent, 

2. Littéralement : J'en suis pi^éservé, 

3. — Ma tête est préservée, 

4. — Prenne, 

5. — Cherchèrent la nourriture. 



LES FOURBERIES DE SI DJËh'a 107 

XXXIV 

Si Djeh'a et celui qui vient lui emprunter 

son Âne* 

Un homme vint chez Si Djeh'a pour lui 
emprunter son âne. — Djeh'a lui dit: « Attends, 
mon frère. Je vais consulter mon âne. » Il entra 
dans récurie, y resta un moment, sortit et dit à 
rhomme : « Frère, Tâne ne veut pas. « Si tu me 
donnes aux gens, m'a-t-il dit, ils me battront 
jusqu'à ce qu'ils me terrassent; ils maudiront 
mon maître et ils me laisseront mourir de faim ! » 

XXXV 

# 

Si Djeh'a et la peau de elièvre. 

Si Djeh'a acheta une chèvre au marché 
moyennant dix douros *. Il l'amena à sa maison, 
la tua, l'écorcha. « Cette chèvre nous coûte cher, 
dit-il à sa mère. » — « Que vas-tu faire ? mon fils », 
lui répondit-elle. — « Pour le moment, fais cuire 
cette viande. Plus tard, je verrai ce qu'il y a 
à faire. Le jour du prochain marché, je porterai 
cette peau au marché ; toi, tu iras, tu tiendras 
cette peau. Moi, je tournerai autour de toi. Tu 
feras semblant de ne pas me connaître. De mon 

1. Cinquante francs. 



i08 CONTES KÂBTLES 

côté, je ferai comme si je ne te connaissais pas. 
Je marchanderai la peau. Quelque prix que je 
t'offre, tu refuseras de me la vendre ^ Je la 
mesurerai à Fempan. Tu me diras : « Je ne la 
vends pas. » Je Ten donnerai 20, 30, 40, 50 douros 
jusqu'à ce que j'arrive à 100 douros. Parmi les 
étrangers qui viendront^ il y en aura un qui t'en 
offrira davantage et tu la lui vendras. Attention ! 
maintenant. Rappelle-toi la recommandation que 
je viens de te faire ! » 

Ils se mirent en route et arrivèrent au marché. 
Si Djeh'a se mit à Fécart. Sa mère tenait la peau 
de chèvre. Si Djeh'a vint et lui dit : « Combien 
t'a-t-on offert de cette peau ?» — « Dix douros, 
répondit-elle. » Si Djeh'a se mit à la mesurer à 
l'empan. 

Tout le monde Tentoura. « Cette peau que tu 
mesures, lui dit quelqu'un, à quoi peut-elle bien 
servir ?» — « Elle sera utilisée, répondit Djeh'a. 
Elle deviendra un gros tambour ou un petit 
tambour. » 

Si Djeh'a se retira. Un moment après, il vint, 
retourna de nouveau auprès de sa mère et lui dit : 
« Vieille maman, où en est la peau ? » — « Mon fils, 
répliqua la vieille, on m'en a donné vingt douros. » 

« La vends-tu pour cinquante ? » 

l . Littér. Ce que je le donnerai ^ toi dis-moi : Je ne vends 
pas. M 



LES FOURBERIES DE SI DJEH'a 109 

— « Je ne la vends pas. » 

Si Djeh'a mesura encore une fois la peau et 
s'éloigna. 

Les gens se rassemblèrent et se dirent entre 
eux : 'i Ce Si Djeh'a est fou. Comment se fait-il, 
que lui qui est si rusé, se laisse ainsi duper? » 

Djeh'a revint et dit à sa mère : « Mère, combien 
t'a-t-on offert de celte peau ? » 

— « Mon fils, elle est encore à cinquante douros. » 

— « Attends. Je vais la mesurer pour voir si elle 
fait mon affaire ou non. » Il la mesura. Quand il 
eut fini cette opération, il dit à sa mère : « Si tu 
veux la vendre, je t'en donne cent douros. » — « Je 
ne la vends pas, répondit-elle. » Djeh'a s'éloigna 
et la surveilla à Técart. 

Un homme, qui était venu au marché, vint et 
dit à la mère de Djeh'a : « Vieille maman^ vends-la 
moi. Je t'en donne dix douros de plus que cet 
homme-la. » 

— « Donne ton argent avant qu'il vienne. Peut- 
être me reprocherait-il d'avoir donné la préfé- 
rence à un autre *. » Il remit l'argent à la vieille. 

Elle alla à sa maison. Son fils, Si Djeh'a, l'ayant 
rencontrée, ils firent route ensemble jusqu'à ce 
qu'ils arrivèrent à leur demeure où ils restèrent. 

La vieille avait dit à celui qui avait acheté la 

1. Littér. : peut-être il dira: « tu m'as changé pour les 
autres, » 



110 CONTES KABYLES 

peau : « Cette peau est très-précieuse. Mets-la au 
soleil. Elle séchera et tu verras Tavantage que tu 
y trouveras. » 

L'homme s'en alla. Il étendit la peau au soleil. 
Deux ou trois jours après, il alla la chercher. Il 
la trouva complètement desséchée. Il la prit entre 
ses mains et la froissa. Elle se fendilla. Il se mit à 
la recherche * de celle qui lui avait vendu la peau. 
Il trouva la mère de Si Djeh'a et lui dit : « Vieille 
maman, n'est-ce pas toi qui m'as vendu la peau? » 

— « Ne répète pas ces paroles, fit la vieille. Moi, 
continua-t-elle, vendre des peaux ! Je suis la 
mère de Si Djeh'a. » 

— « Eh ! bien alors, dit l'homme, vois toi-même 
qui peut m'avoir dupé, puisque ce n est pas toi. » 

— « Mon fils, je n'ai jamais fait cela, répliqua la 
vieille. » 

L'homme alla chez lui sans l'avoir reconnue. 
La peau de chèvre lui resta. Il la jeta aux chiens. 

XXXVI 

Si Djeh'a et la paire de bœufs 

Si Djeh'a dit à sa mère : « Maintenant que nous 
avons vendu la petite peau, nous allons acheter 
une paire (de bœufs) avec l'argent de la peau de 

1. Corrigez dans le texte ref en r'ef 



LES FOURBERIES DE SI DJEH^A 111 

chèvre. » Il alla acheter une paire de bœufs 
moyennant cent douros. 

— « Maintenant, dit-il à sa mère, ces bœufs-là, 
qu'allons-nous en faire ? » 

— a Laboure avec eux, répondit-elle. » Il alla 
labourer. Lorsqu'il eut mis au joug* les deux 
bœufs, et qu'il eut commencé le labourage, la 
charrue se cassa. Il prit une hachette, débita le 
bois de la charrue et en fit de longs bâtons qu'il 
emporta. 

— « Maintenant, dit-il à sa mère, ces bâtons-ci 
nous les vendrons. Nous ferons avec eux, ajouta- 
t-il, comme nous avons fait avec la peau de 
chèvre. » 

— « Très bien, mon fils. » 

Ils allèrent au marché. La mère avait les 
bâtons. Djeh'a vint les marchander. 

— « Vieille maman, combien t'a-t-on offert de tes 
morceaux de bois ? » 

— a Mon fils, ils sont chers. » 

— « Dis-moi seulement combien. » 

— « Eh ! bien, on m'en a donné quarante dou- 
ros. » 

— « Si lu veux les vendre, je t'en donne cin- 
quante douros. » 

Quelqu'un lui dit alors : « Si Djeh'a, tu donnes 

1. Wk*en signifie également attacher, atteler. 



112 CONTES KABYLES 

cinquante douros de ces morceaux de bois ? Tu es 
fou, ou bien qu'est-ce qui te prend? » 

— « Qu'en sais-tu? répliqua Djeh'a. Si elle me 
les vendait, je lui donnerais jusqu'à cent douros, 
car je sais l'utilité qu'ont ces bois de charrue. 
Leur utilité est grande. » 

Si Djeh'a s'éloigna de là. Cet homme vint et dit 
à la vieille : « Vends-les moi pour cent douros 
avant que Si Djeh'a revienne. » 

— « Sors ton argent, dit-elle. Hâte-toi et laisse- 
moi partir. » Il lui donna la somme. Elle s'en alla. 
Lui se chargea de son bois et partit. 

Si Djeh'a et sa mère se rencontrèrent. Us arri- 
vèrent à la maison. 

— « Mère, dit Djeh'a, à présent, ces bœufs nous 
restent. Il faut que j'invente une ruse pour les 
vendre. » Il prit un bœuf, lui mit des louis d'or 
aux cuisses ; de plus, il le bariola. Il l'emmena au 
marché. Les gens tournèrent autour de Djeh'a et 
lui dirent : 

— « Combien ton bœuf ? » 

— a Mon bœuf est cher, répondit-il, parce qu'il 
fait des louis d'or. » 

— « Personne ne pourra l'acheter, fit observer 
quelqu'un \ » 



1. Littér. : // n'est point celui devant Vatteindre pour rfç 
l'argent. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 113 

— a Beaucoup ont de l'argent et pourront Tache- 
ter, » répliqua Djeh'a. 

— « Eh ! bien, je l'achèterai, Si Djeh'a, » dit un 
individu. 

— « Achète-le. » 

— « Je t'en donne quinze cents douros. » 

— a Mon fils, je ne puis pas le vendre » (à ce 
prix). 

— « Alors, dis-moi combien tu veux le vendre. » 

— « Je ne te le dirai pas ; dis-le moi, toi. » 

— « Eh ! bien, je t'en donne deux mille douros *. 
Vends-le ou laisse-le ^ » 

Djeh^a le lui vendit. « Si Djeh'a, interrogea 
Tacheteur, que dois-je lui faire pour qu'il me fasse 
des louis d'or ? » 

— « Etends sous lui un tapis pendant deux ou 
trois jours, et ne crains rien ^ Puis donne-lui de 
l'herbe afin qu'il mange et se rassasie. Il te fera 
ensuite des louis d'or. » 

— « C'est bien. » 

Le propriétaire du bœuf partit. Dès qu'il fut 
arrivé à sa maison, il étendit un tapis sous le 
bœuf et lui donna de l'herbe à manger ; il trouvait 
toujours le tapis plein de bouse. Deux ou trois 
jours se passèrent ainsi ; l'homme lavait conti- 

1. Dix mille francs. 

2. C.-à-d. c'est mon dernier mot. 

3. Littér.y ne prends pas sur lui ; c.-à-d. ne désespère pas de 
lui. 



114 CONTES KABYLES 

nuellement le tapis et le replaçait sous l'animal. 
Quand furent écoulés les jours qui lui avaient été 
fixés par Si Djeh'a, l'acheteur ne fît plus que se 
demander quand aurait lieu le marché suivant 
pour lui rendre son bœuf. 

Le jour du marché suivant étant arrivé, il 
amena son bœuf h Si Djeh'a. Il trouva Djeh'a qui 
avait conduit son autre bœuf mieux arrangé 
encore que le précédent. Les acheteurs entourè- 
rent Si Djeh'a et lui dirent : « Pour Tamour 
de Dieu, Si Djeh'a, que leur fais - tu à tes 
bœufs ? » 

— « Mon bœuf, répondit-il, dort jusqu'au matin. 
Il se lève (chargé de) chaînes d'or et d'argent, de 
plus, il a aux cuisses des louis d'or. » 

— « Le vends-tu ? lui demanda quelqu'un. » 

— « Je ne l'ai conduit ici que dans le but de le 
vendre », répondit Dj eh 'a. 

L'homme qui lui avait acheté le premier bœuf 
lui dit : « N'est-ce pas toi qui m'as vendu un 
bœuf le jour du dernier marché ? » 

— « Comment ! lu ne reconnais donc pas celui 
qui te l'a vt ndu ? » 

— « Mon cher Djeh'a, je ne le reconnais pas ; 
mais, c'est peut-être toi qui me l'as vendu. » 

— « Eh ! bien, mon ami, ce n'est pas moi qui t'ai 
vendu un bœuf, car je ne possède que celui-ci que 
j'ai amené ici pour le vendre aujourd'hui. Les 



LES FOURBEKIES DE SI DJEh'a 115 

autres jours, je n'ai jamais vendu de bœufs. Il n'y 
a qu'aujourd'hui que j'ai amené celui-ci. » 

— « Dans ce cas, Si Djeh'a, indique-moi * celui 
qui s'est moqué de moi. » 

— « En définitive, dit Djeh'a, je te répète que je 
n'ai rien vendu. Maintenant recule-toi seulement 
et laisse-moi vendre à mon aise ^ Cherche celui 
qui s'est moqué de toi. Quant à moi, je suis 
innocent de cela. Laisse-moi tranquille ^. » 

— « Moi aussi je vais m'éloigner de toi. Je suis 
venu seulement te demander des renseignements 
et voilà tout. » 

Les acheteurs entourèrent Si Djeh'a et lui 
dirent ; « Mon fils, que te disait cet homme ? » 

— « Laissez-le donc parler, répondit-il. Si vous 
voulez acheter, achetez, n'écoutez pas les paroles 
d'un puant. » 

— « Nous achèterons si tu veux nous vendre. » 

— « J'ai conduit ici mon bœuf pour le vendre. Je 
ne l'ai pas amené pour faire avec lui le fanfaron. » 

— « Eh ! bien, dit un individu, si tu me vends 
ton bœuf je l'achèterai. Ce que tu me diras de te 
donner, je te le donnerai. » 

— « Eh ! bien, mon bœuf (vaut) trois mille 
douros. » 



4. Littér. : vois. 

2. Littér. : sur ma personne. 

3. — laisse mon a/faire» 



116 CONTES KABYLES 

— a Si Djeh'a, sois un peu raisonnable *. Trois 
mille douros, c'est trop. » 

— « Si tu veux acheter, achète ; si tu refuses, ne 
te moque pas de moi. Vous autres, les acheteurs 
d'aujourd'hui, vous êtes venus ici pour vous 
moquer des gens. » 

— c( Si Djeh'a, dit l'homme, je ne suis pas venu 
pour me moquer. Je suis venu pour acheter un 
bœuf. 

— c( Eh I bien, achète ce bœuf si tu veux 
l'acheter, sinon va à tes affaires. » 

— « Je ne te donnerai pas ce que tu demandes, 
Si Djeh'a. J'achèterai au prix qu'ont donné les 
autres. Je le donnerai deux mille douros. » 

— « Pour Dieu, dit Djeh'a, fais marcher ton 
bœuf et donne-moi l'argent. Laisse-moi aller à 
mes affaires. Emmène ce qui t'appartient. » 

Djeh'a lui vendit le bœuf et partit. Au moment 
où l'acheteur se disposait à faire marcher le bœuf 
qu'il avait acheté, il appela Si Djeh'a : « hé ! 
Si Djeh'a. » 

— a Que veux-tu ? » répondit Djeh'a. 

— « Allons, reviens. » 

Si Djeh'a revint. L'homme lui dit : « Que 
ferai-je à ce bœuf pour qu'il se lève le matin avec 
ces chaînes d'or et d'argent dont tu as parlé ? 

1. Littér. : mets un peu de raison dans ton cœur. 



LES FOURBERIES DE St DJEhV 1 17 

— « Il n'y a pas seulement que des chaînes ; il 
fait aussi des louis d'or. Mais je vais t'indiquer 
comment tu feras. » 

— « Dis-le moi. » 

— « Ne lui donne, reprit Djeh'a, que de Therbe 
verte pour qu'il mange et se rassasie, et ne crains 
rien. » 

— « Que Dieu augmente ta fortune et te bé- 
nisse ! » lui dit Tacheteur. 

Si Djeh'a, s'adressant alors à celui qui s'était 
querellé avec lui en lui disant : « C'est loi qui m'as 
vendu un bœuf le marché passé, » lui dit : 

— « Le jour du marché prochain, je t'amènerai 
une jument qui pouline chaque mois et met bas 
un poulain. Quant au bœuf, mon fils, ce n'est pas 
moi qui te l'ai vendu. De ma vie, ajouta Djeh'a je 
ne me suis joué de personne. » Si Djeh'a parlait 
ainsi afin d'inspirer de la confiance aux gens du 
marché qui écoutaient. 

Cet homme alla au marché suivant; il croyait 
vraiment y rencontrer Si Djeh'a avec la jument, 

Celui qui avait acheté le dernier bœuf le ramena 
pour le rendre à Djeh'a. Ils ne trouvèrent personne 
à cet endroit ; ils explorèrent tout le marché pour se 
rencontrer avecSi Djeh'a, ils ne le trouvèrent point. 

Us s'en allèrent chez eux en se disant l'un à 
l'autre : « Si Djeh'a nous a joués. » Depuis ce 
temps-là, Djeh'a n'entra plus dans ce marché. 

7. 



118 CONTES K ABTLBS 

XXXVII 

Si DJeh'a et les souliers de sa mère 

Un jour elle lui dit: « Je vais faire du bois. » 
Lui s'imagina que c'était vrai. Elle alla à un 
certain endroit, s'assit et étendit ses pieds l'un sur 
l'autre. Djeh'a vint et la vit occupée à mettre ses 
pieds l'un sur l'autre. 

Le lendemain elle lui dit: « Mon fils, aller 
nu-pieds me tue. Achète-moi donc des souliers. » 
Djeh'a alla chercher du coton avec lequel il lui 
fit des chaussures. « Voilà, ma mère, tes souliers, 
lui dit-il. 

— a Ça, fit-elle, combien de temps cela dure- 
ra*?» 

— « ma mère, répondit Djeh'a si tu marches 
toujours autant qu'hier, ils dureront jusqu'à ce 
que tu meures. » 

XXXVIII 

Si Djeh'a et le trésor 

Quant Si Djeh'a était petit, il était quelque peu 
innocent et ignorant ; lorsqu'il fut un peu grand 
son intelligence s'éveilla ^ 

1. Mot à mot : celles-ci combien elles me tiendront. 

2. Littér. : il s^ éveilla dans la personne de lui^ 



Les fourberies de si djeh\ 119 

Un jour, c'était le jour où mourut son père, il 
resta seul au monde ; il n'avait plus que sa mère. 
Il prit une fois un bœuf pour le vendre. Chemin 

faisant, il rencontra une chouette. 

— « Achètes-tu mon bœuf? » lui dit-il. La 
chouette cria : « Imiârouf . 

— « M'en donnes-tu quinze (réaux) ? » continua 
Djeh'a. 

— Imiârouf répéta la chouette. 

— « Tu m'en donnes vingt? » 

— Imiârouf. 

— « Tu m'en donnes vingt-cinq ? » 

— Imiârouf. 

— « Voilà ton bœuf. Et l'argent? » ajouta-t-il. 

— Imiârouf. 

— « Au marché prochain ? » 

— Imiârouf, chanta la chouette. 

— « C'est bien. Voilà le bœuf. Quant àTargent, 
je viendrai le toucher le marché prochain. » 

— Imiârouf. 

Djeh'a abandonna le bœuf et s'en alla. 
Il arriva à la maison. Sa mère lui dit : « Et le 
bœuf, mon fils ? » 

— a Je Tai vendu, répondit-il, moyennant vingt- 
cinq réaux. Quant à l'argent, (j'attendrai) jusqu^au 
prochain marché. » 

Lorsque le marché suivant arriva, il marcha 
jusqu'à ce qu'il fût arrivé à l'endroit où il avait 



120 CONTES KABYLES 

abandonné le bœuf ; il trouva là la chouette qui 
chantait comme le premier jour. 

— « Et l'argent? » lui dit-il . 

— Imiârouf. 

— a Aujourd'hui je toucherai mon argent. » 

— Imiârouf. 

Djeh'a s'avança vers elle en disant : « Aujour- 
d'hui, il faut que je touche mon argent. » La 
chouette s'envola vers une ruine. Djeh'a s'avança 
et la poursuivit en disant : « Il faut que tu me 
donnes mon argent. » 

— Imiârouf, cria la chouette. 

Djeh'a marchait la poursuivant toujours. Il la 
trouva dans la ruine. Elle se sauva encore une 
fois. Djeh'a trouva un trésor dans cette ruine. 

— « Tu crois, dit- il à la chouette, que je suis un 
voleur comme toi? Moi, je ne vole jamais rien. Je 
vais prendre seulement ce qui m'appartient. » Il 
prit et compta ses vingt-cinq réaux. 

Il s'en retourna. Quand il arriva à la maison il 
dit à sa mère : « ma mère, qu'il a de l'argent 
celui à qui j'ai vendu le bœuf! » Et il ajouta: 
« C'est moi-même, je te le jure, qui ai retiré de 
mes mains (les 25 réaux) du trésor. » 

— « Mon fils, partons et allons chez lui, » dit la 
mère. 

— « Ma mère, si tu veux, nous irons. Mais je 
crains que tu ne le voles. » 



Les fôubberIes de sï djeh â 121 

— a Fi donc, mon fils. Ton ami, chez qui nous 
allons en qualité d'hôtes, je lui déroberais quelque 
chose ! » 

— « Eh ! bien, viens, partons. » 

Elle s'empressa de faire cuire des fèves, des 
œufs et des crêpes. A la sortie du village, elle lui 
jeta les fèves. Djeh'a les ramassait en disant: 
« Mère, il pleut des fèves ! » 

— « Ramasse, mon enfant. » — Djeh'a ramassait 
lesfèvesetles mangeait. Samèremarchaittoujours. 
Quand ils furent arrivés à Tendroit en question, 
elle lui dit : « Mon fils, où est la maison de ton ami ? » 

— « Elle est là, » répondit Djeh'a. 

— « Montre-la moi donc. » 

— « La voilà. » 

— « Celle-là?» 

— « Viens, je vais te la montrer. » 

Quand il l'y eut amenée, elle trouva le trésor. 
Elle jeta en Tair^ des crêpes qui retombèrent 
sur Djeh'a. « Ah ! ma mère, dit-il, il pleut des 
crêpes ! » Il se mit à les ramasser et à les manger. 
Sa mère s'occupait du trésor. « Prends garde de 
ne rien prendre, ma mère ! lui dit Djeh'a. » 

— « Je ne prendrai rien, mon fils. » Lorsqu'elle 
eut enlevé le trésor, elle l'enveloppa dans une 
grande pièce de coton et l'emporta, 

1. Littér. : au ciel. 



i 22 CONtÉS ËAÈYLEâ 

— « Allons, mon enfant, partons », fit-elle. 

Ils s'en allèrent. En arrivant au village, elle lui 
jeta les œufs. « ma mère, dit-il, il pleut des 
œufs ! » Il les ramassa et les mangea. Ils arrivè- 
rent à la maison. 

Ce soir-là, Djeh'a se rendit à l'assemblée et dit : 
'< Moi et ma mère nous avons apporté chez nous 
aujourd'hui un Irésor. » 

(Ceux qui composaient l'assemblée) lui dirent : 
« A quel moment Tavez-vous apporté ? » 

— « Nous sommes partis, répondit Djeh'a, au 
moment où il pleuvait des fèves. Quand la pluie 
de crêpes est survenue, nous arrivions au trésor 
que ma mère a emporté. Enfin nous rentrions au 
village au moment où il pleuvait des œufs. » 

— « Bah ! se dirent-ils entre eux, ce garçon est 
un innocent. Ne prenez donc pas au sérieux ses 
paroles. » 

Dans quel but la mère de Djeh'a avait-elle fait 

é 

cuire les fèves, les crêpes et les œufs*? C'est 
parce qu'elle se doutait que son innocent de fils 
répandrait la nouvelle. Voilà pourquoi elle fit 
cuire pour lui des fèves, des crêpes et des œufs. 
Elle avait calculé que lorsque Djeh'a dirait aux 
étrangers : « nous avons apporté un trésor », il 
ajouterait : « au moment où il pleuvait des fèves^ 

1. Littér. : ces choses. 



LES FOURBERIES DE St DJEh'a 123 

et puis des crêpes, et puis des œufs ; » et elle 
savait que persohne alors ne prendrait ses paroles 
au sérieux. 

XXXIX 

La pastèque 

Sa mère lui dit un jour : « Mon fils, il ne nous 
reste plus d'argent à la maison. Je ne pourrai pas 
faire le souper ce soir. Nous allons mourir de 
faim ! » 

— a Mère, répondit Djeh'a, ne crains rien. Je 
t'apporterai aujourd'hui même un louis d'or. » 

Il sortit et alla voler une pastèque dans le 
potager de son voisin. Il porta cette pastèque au 
marché. 

Chemin faisant, il rencontra un imbécile monté 
sur une mule. 

— « Bonjour, seigneur, lui dit Si Djeh'a. Tu as 
une jolie mule. » 

— a J'aimerais bien mieux avoir une jument ! » 
répondit l'autre. 

— « Tu peux avoir une jument pour un seul 
louis d'or, » fit Djeh'a. 

— « Et comment ferai-je ? » 

— « J'allais au marché pour vendre cet œuf de 
jument, reprit Si Djeh'a en lui montrant la 



124 CONTES KâBTLES 

pastèque. Si tu veux Tacheter, je te le vendrai 
moyennant un seul louis. » 

L'imbécile sortit un louis d'or de sa bourse et le 
donna à Djeh'a qui lui remit la pastèque et s'en 
revint chez lui avec son louis d'or à la main. 

L*homme continua sa route en tenant la pastè- 
que sous son bras. A un moment donné, la mule 
fit un faux-pas. L'homme lâcha la pastèque qui 
roula dans un ravin et alla se briser en morceaux 
près d'un buisson où se trouvait un lièvre endor- 
mi. Quand le lièvre entendit la pastèque voler en 
éclats, il se réveilla et se mit à fuir rapidement. 
A la vue du lièvre qui fuyait, l'imbécile s'écria : 
« Ah ! voilà mon poulain qui se sauve ! » 



XL 



Le cheval fougueux 

Si Djeh'a ne savait pas monter à cheval, mais 
il était bon marcheur *. Un jour, le caïd du village 
le fit appeler et lui dit : « Si Djeh'a, il faut que tu 
ailles me porter cette lettre au bey d'Alger. Monte 
sur mon cheval et dépêche-toi. » 

Le cheval du caïd était un animal fougueux que 
personne ne pouvait monter, excepté son maître. 

1. Littér. : il marchait bien sur ses pieds. 



LES FOURBERIES DE SI DJEH^Â 125 

Si Djeh'a, qui connaissait ce détail, se tira d'affaire 
par un seul mot. « Est-ce pressé, seigneur caïd ? 
demanda-t-il. » 

— « C'est très pressé », répondit le caïd. 

— « Dans ce cas, fit Djeh'a, j'y vais à pied ; je 
serai plus vite arrivé que si je montais à cheval. » 

Tout le monde éclata de rire en entendant ces 
paroles. Le caïd, qui voulait seulement jouer un 
mauvais tour à Si Djeh'a, lui dit: « Reste ici, tu 
déjeûneras avec moi. » 



XLI 



Les œufs 

Si Djeh'a avait un ennemi qui était marchand 
d'œufs. Un jour, Djeh'a alla au marché. Il y 
rencontra son ennemi. « Tu as là de bien beaux 
œufs, dit-il en s'approchant de lui » 

— « Trêve de railleries, dit l'autre. Si tu veux 
acheter, achète ; sinon va-t-en. » 

Djeh'a acheta deux œufs dans chacun desquels 
il introduisit adroitement un louis d'or. Puis il 
dit à son ennemi : « Ecoute. Je veux maintenant 
faire la paix avec toi, et pour cela, je vais te 
donner un bon conseil. » 

— « Voyons, parle, » dit le marchand. 



126 CONTES KABYLES 

— « Ne vends pas ces œufs, lui dit Djeh'a à 
Toreille. Ils contiennent tous des louis d'or. » 

— « Va-t-en, cria le marchand. Tu mens. » 

« Je mens ! fit Djeh*a. Eh ! bien, regarde. » Et il 
cassa devant lui les deux œufs qu'il avait achetés. 
Le marchand resta stupéfait à la vue des deux 
louis d'or qui sortirent de ces œufs. Djeh'a 
ramassa les louis, les mit dans sa poche et s'en 
alla chez lui. 

Aussitôt, le marchand prit ses œufs et les cassa 
tous saiis exception. Il ne trouva aucun louis d'or 
et s'écria : « Que Dieu crève les yeux de Si Djeh'a 
comme j'ai crevé tous mes œufs ! » 

XLII 

Le loyer 

Si Djeh'a avait loué une chambre dans une 
maison. Le propriétaire de la maison habitait là. 
Djeh'a ne payait jamais son loyer et faisait toute 
la nuit du bruit dans sa chambre. Le propriétaire 
qui ne pouvait pas dormir à cause de ce bruit lui 
dit un jour : « Pourquoi fais-tu du vacarme toute 
la nuit dans ta chambre ? » 

— « Mon fils, répondit Djeh'a, je dresse des 
serpents pour les vendre aux Aïssaouas ^ » 

1. Confrérie religieuse musulmane très répandue dans tout 
le nord de l'Afrique. Quand ils donnent une représentation, 



LES FOURBERIES DE St DJËH^Â 12 

— « Tu élèves des serpents dans ma maison 
s'écria le propriétaire. Eh ! bien, tu peux t'e 
aller d'ici. Je te fais grâce du loyer, mais démé 
nage aujourd'hui même. » 

— « C'est ce que je voulais, pensa Djeh'a. D 
cette façon, je ne payerai pas de loyer. » 

XLIII 



Si Djeh'a donne h manger aux étudiants 

Un jour, Si Djeh'a était resté à la maison ave 
sa mère. Comme ils n'avaient rien à manger 
Djeh'a lui dit: « Attends, je vais aller cherche 
de quoi manger. » 

Il se rendit chez les étudiants qu'il trouv 
réunis *. 

— « Venez, étudiants, leur dit-il, je vous donn 
à manger aujourd'hui. ». Si Djeh'a, qui était lou 
condisciple ', n'était pas allé ce jour-là à l'école 
Dès qu'il leur eut dit : « Venez aujourd'hui déjeû 



les Aïssaouas se livrent à des danses et à des mouvement 
désordonnés qui leur procurent, paraît-il, une certaine insensi 
bilité. Ils mangent du verre et des scorpions vivants, se fon 
mordre par des serpents venimeux^ lèchent du fer chauffé a 
rouge, avalent des cailloux, etc. sans éprouver, d*après c 
qu'ils disent, la plus petite douleur. 

1. Littér. : assis. 

2. — étudiait avec eux. 



128 CONtES RâBYLëS 

ner chez moi », ils lui répondirent : « Si Djeh'a, 
tu es pauvre. » 

— « C'est Tusage chez nous, reprit-il. Quand un 
étudiant a appris par cœur tout le Qoran, il doit 
donner à manger aux étudiants avec qui il a 
étudié. » 

— « C'est bien, dirent-ils. Va et prépare le dé- 
jeûner ; nous venons. » 

— « Levez-vous et marchez, dit Djeh'a. Le dé- 
jeûner est déjà froid. » 

Ils se levèrent et allèrent avec lui. 

Quand ils furent arrivés à la maison, Djeh'a les 
fit entrer dans une chambre. Il alla prendre leurs 
souliers qu'ils avaient laissés à la porte * et les mit. 
dans un sac. Il retourna auprès des étudiants et 
leur dit : <' Restez ici, je vais revenir. » Il partit en 
emportant le sac plein de souliers appartenant 
aux étudiants. Il arriva chez un gargotier. 

— « Donne-moi quelque chose valant deux 
francs, lui dit-il, et prends cette paire de souliers 
(en paiement). » 

Il alla chez un autre qui vendait de la viande et 
lui tint le même langage. Il se rendit chez celui 
qui vendait du couscous et lui parla comme il 
avait parlé au premier. 

Quand il eut distribué tous les souliers des 

1. Selon la coutume des indigènes algériens. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'â 129 

étudiants^ il revint chargé de délicieuses provi- 
sions de bouche. Dès son arrivée, il les servit aux 
étudiants qui firent un bon déjeûner Ils se levèrent 
pour aller à leur école. Comme ils cherchaient 
leurs souliers, Djeh'a leur dit : « Venez avec moi. 
J'ai caché vos souliers. » 

Ils allèrent avec lui. Djeh'a conduisit un des 
étudiants chez le gargotier et lui dit : « Donne-lui 
deux francs ; il te donnera tes souliers. » Enfin il 
leur montra à tous (les différents endroits) où il 
avait mis en gage leurs souliers. Les pauvres 
étudiants donnèrent de l'argent pour les reprendre. 
SiDjeh'a resta avec sa mère. Avec ces provisions, 
ils eurent encore de quoi manger pendant deux 
jours. 

XLIV 

Si Djeh'a et les étudiants 

Ils voulurent lui rendre le mauvais tour qu'il 
leur avait joué. Un jour, qu'ils étaient réunis *, ils 
se dirent entre eux : « Allons appeler Si Djeh'a 
nous lui dirons : Viens nous cueillir quelques 
figues. Nous ne pouvons pas monter sur ce 
figuier ». Us partirent et appelèrent Si Djeh'a qui 
vint et leur dit : a Où est ce figuier ? » 

i. Littér. : quHU restaient aimû 



1 30 CONTES KABYLES 

— « Le voici. » 

— « Je vais vous cueillir des figues, » fait Djeh'a. 
Les étudiants s'imaginaient que Djeh^a, pour 

grimper, laisserait à terre ses souliers, et, qu'après 
ravoir laissé monter sur le figuier, ils pourraient 
lui prendre ses souliers et le payer ainsi de retour. 
Au moment de grimper^ Djeb'a mit ses souliers 
sous son aisselle. 

— « Hé ! Si Djeh'a, lui dirent les étudiants. 
Comment ! tu prends tes souliers avec toi ? Laisse- 
les ici jusqu'à ce que tu redescendes. » 

— « Il se pourrait, leur répondit-il, qu'un che- 
min s'offrit à moi là-haut. Je m'en irais alors par 
là et je ne resterais pas nu-pieds. Quant à vous, 
vous volerez mes souliers une autre fois. Pour 
aujourd'hui votre ruse est inutile * ». 

XLV 

Si Djeh'a et sa montre 

Si Djeh'a dormait un jour sur sa terrasse. Un 
de ses voisins qui voulait lui faire une farce vint 
et l'appela : « Hé ! Si Djeh'a. h Si Djeh'a se leva, 
se pencha vers lui du haut de la terrasse et lui dit : 
« Que veux tu ? » 

1 . Littér. : il n'est pas à vcfus la ruse. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'â 131 

— « Descends, mon cher. J'ai un mot à te dîre. > 
Si Djeh'a descendit. Quand il fut arrivé près d( 
lui, il lui dit : « Que veux-tu ? » 

— « Quelle heure est-il ? » 

— « Viens, fit Djeh'a. Monte en haut. » 

Il monta avec Djeh*a. Quand ils furent parvenus 
à la terrasse, Djeh'a lui dit : « Il y a huit jours que 
ma montre ne marche pas. Elle s'est arrêtée *. » 

— a Pourquoi donc ne m'as-tu pas dit cela er 
bas? » fit le voisin. 

— « Et toi, répondit Djeh'a, pourquoi ne m'as- 
tu pas fait ta question quand j'étais en haut et que 
je te regardais (du haut de la terrasse) ? » 

XL VI 

Si Djeh'a et les voleurs 

Une fois, Djeh'a alla au marché. Il avait ur 
mulet que son père lui avait laissé. Ce mulet étail 
d'une haute taille. Il le monta et alla au marché 
Lorsqu'il y arriva, il fit la rencontre de ces voleurs. 
Ils étaient quatre et avaient un âne. 

— « Si Djeh'a, dirent-ils, quoi ! Tu montes ce 
mulet ! Tu es fou ! Un de ces jours tu tomberas 
du haut de cet animal et tu mourras. Viens, 

1. Littoral. : elle dormait. 



132 CONTES KABYLES 

ajoutèrent-ils. Nous te donnerons en échange cet 
âne-ci qui est à nous. Il est petit. Donc, si tu 
tombes, tu ne mourras pas. » 

— « C'est pardieu vrai * », dit Djeh'a. 

— « Qu'est-ce que tu nous donneras par-dessus 
le marché ? » reprirent les voleurs. 

— « Je pensais, répliqua Djeh'a, que je n'aurais 
rien à vous donner en plus. » 

— « Comment ! tu ne nous donneras rien de 
plus ? Nous te faisons du bien et tu nous fais de la 
peine ! Nous avons peur que tu ne tombes un jour, 
que tu ne meures et alors adieu Si Djeh'a ^ » 

— a Dites-moi, vous autres, combien je dois 
vous donner par-dessus le marché. » 

— « Ajoute cent duros. Nous nous contenterons 
de cela? ' pour Tamour de toi. » 

— « Amenez-moi cet âne et prenez le mulet, 
dit Djeh'a. » 

— « Voici Tâne, dirent les voleurs. Nous em- 
menons le mulet. Adieu. » 

Djeh'a alla acheter un plat. 

Quand il fut arrivé chez le potier, il lui dit : 
« Combien ce plat-ci? » Le potier, ayant vu un 
louis d'or dans la main de Djeh'a, lui répondit : 
« Hé ! tu as dans la main quelque chose qui lui 

1. Mot à mot : c'est ainsi. 

2. — il n'y aura plus rien. 

3. Thechk'idh équivaut aux locutions arabes ma iechk*achy 
ma kan h'adja. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'â 133 

ressemble ; rouge pour rouge, les deux objets sont 
d'égale valeur. » Djeh'a lui donna le louis, prit le 
plat et dit : « Pour l'amour de Dieu, montre-moi 
de quelle manière je puis porter ce plat. » 

— « Tu ne sais pas comment le porter ? » fît le 
marchand. 

— « Si je le savais je ne te le demanderais pas. » 

— « Apporte-le ici. Je vais te montrer comment 
tu le porteras ». 

Le potier prit le plat dont il enleva le fond, ne 
laissant seulement que la couronne qu'il suspendit 
au cou de Djeh'a. 

Celui-ci, monté sur son âne, se remit en route. 
Dès son arrivée à la maison, sa mère lui dit : « Où 
est le mulet, mon fils ? » 

— « Je l'ai troqué contre cet âne parce qu'il était 
beaucoup trop grand. Je craignais de tomber un 
jour et de mourir. Tu serais restée alors sans 
personne pour travailler pour toi. Voilà pourquoi 
j'ai fait cet échange ». 

— « Et le plat que je t'avais recommandé d'a- 
cheter, où est-il ? » 

— <( Le voici », répondit Djeh'a. 

— « Comment ! tu lui as enlevé le fond ? Et 
maintenant comment ferons-nous pour y faire 
cuire quelque chose ? » 

— a II n'y avait pas moyen de le porter, répliqua 
Djeh'a. C'est pour cela que le propriétaire du plat 

8 



134 CONTES KABYLES 

Ta arrangé de cette façon ; alors je Tai accroché 
là; de plus, ajouta-t-il, je l'ai eu pour un 
louis ». 

— « Allons ! C'est très-bien ! fit la mère. Com- 
ment ! Tu as troqué un mulet contre un âne et un 
louis d'or contre un plat ! Comment les gens 
t'appelleront-ils dorénavant? » 

— « Mère, repartit Djeh'a, le propriétaire du 
plat m'a dit : « Rouge pour rouge, il n'y a pas de 
différence. » J'ai donc cru que c'était la vérité, je 
lui ai donné le louis et j'ai pris le plat. » 

— « Mon Dieu, s'écria la vieille, voilà ta maison. 
Fais-en ce qui te plaira. Quant à moi, je pars ; 
j'en ai assez ! » 

— « Si tu pars, ma mère, pourquoi resterais-je 
dans ce pays ? » 

— « (Si je pars), répondit-elle, c'est parce que 
tu n'as aucune expérience de la vie ^ » 

Si Djeh'a alla au marché suivant. Il prit l'âne, 
le couvrit ' entièrement de louis d'or qu'il colla 
sur l'animal avec de la glu et le conduisit au 
marché. En y arrivant, il fit la rencontre de ses 
amis qui lui dirent : « Comment vas-tu, cama- 
rade ? » 

— « Dieu merci, répondit Djeh'a, je vais très 



i . Mot à mot : tu ne sais pas marcher sur ta personne, 
2. Mot à mot : le remplit. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'â 135 

bien. Et vous autres, comment vous portez- 
vous? » 

— « Eh ! bien, dirent-ils, as- tu fait une bonne 
affaire avec nous ? » 

— « Je bénis continuellement le bon Dieu, 
répondit Djeh'a. Votre âne depuis que je Tai 
emmené, n'a fait que des louis d'or. » 

— c( Amène-le nous un peu, pour voir », dirent 
les quatre voleurs. 

— « Il est là-bas. Venez le voir ». 

L'un d'eux y alla avec Djeh'a. Quand il fut 
arrivé près de l'âne, il le trouva couvert de louis 
d'or. Il retourna vers ses compagnons et leur dit : 
« Mes enfants, allons supplier Djeh a. Peut-être 
nous écoutera-t-il et nous rendra-t-il l'âne. Quant 
"à celui-ci, il ne fait que des pièces d'or. » 

Ils allèrent trouver Djeh'a. Quand ils furent 
arrivés près de lui, ils lui dirent : « Cher Djeh'a, si 
le Seigneur est ton guide, tu nous exauceras en 
nous rendant notre âne. Nous te rendrons ton 
mulet et ton argent. » 

— « Je n'accepte pas », répondit Djeh'a. 
Ils se mirent à le supplier. 

— « Si vous voulez que je vous le rende, reprit- 
il, ajoutez encore cent autres douros. » 

— « Nous te les donnerons ». 

— « Alors faites venir mon mulet, donnez, de 
plus, les cent douros que je vous ai remis, ajou- 



1 36 CONTES KABYLES 

tez à cela cent autres douros de votre poche * et 
vous emmènerez votre âne ». 

Ils prirent leur âne. Djeh*a prit son mulet, 
monta dessus et alla à sa maison après avoir fait 
aux voleurs les recommandations suivantes : 
« Celui chez qui Tâne passera la nuit lui donnera 
du vert pour qu'il mange et se rassasie. Il étendra 
sous lui des haïks ; le lendemain, il trouvera ces 
haïks pleins de louis d'or ». 

Les voleurs s'en allèrent. L'un d'eux prit Tâne 
et lui fit passer la nuit sous son toit. Il lui faucha 
du vert et mit sous ses pieds des haïks. Durant 
toute la nuit, l'âne mangea et foira. Le lendemain 
matin, l'homme, en venant le voir, trouva que 
tout était rempli de fiente. Il ramassa les haïks. 
Un de ses compagnons étant venu et ayant pris 
l'âne, il lui dit : « Moi, mon ami, il m'a enrichi. 
Toutefois donne-lui beaucoup de vert pour qu'il 
mange toute la nuit ; étends sous lui de grands 
haïks et étends-les comme il faut de peur que 
quelques louis d'or ne soient perdus pour toi. » 

Celui qui avait pris Tâne s'en alla. Dès son 
arrivée à la maison, il saisit une faucille, se ren- 
dit au jardin et coupa pour son âne un champ 
entier de vert qu'il lui apporta. Le lendemain 
matin, il vint le voir et trouvâtes haïks entière- 

1. Littér. : de chez vous. 



LES FOURBERIES DE SI D JEH^A î 37 

ment couverts de fiente. Il les ramassa et les mit 
dans un coin. 

Le troisième voleur étant venu, prit Tâne à son 
tour. L'âne lui fit ce qu'il avait fait aux deux 
premiers. Le quatrième voleur vint. L'àne lui fit 
comme aux autres. Alors le dernier voleur alla 
trouver ses compagnons et leur dit : « Comment ! 
Yous avez pris tous les louis d'or et vous ne 
m'avez laissé que la fiente ! » 

— « Il paraît que Si Djeh'a s'est moqué de 
nous, lui répondirent ses amis. Venez donc voir 
nos maisons. » 

Ils visitèrent toutes leurs maisons et constatè- 
rent que tout s'était passé de la même manière 
chez le premier comme chez le dernier. 

— « Allons immédiatement chez Djeh'a, di- 
rent-ils. Nous nous battrons avec lui ». 

XL VII 

La pioche des hôtes 

Djeh'a prévoyait qu'ils viendraient le quatrième 
jour. Il attrapa deux coqs et deux poules, les tua 
et les fit cuire dans du beurre. Il ajouta h cela un 
plat de couscous et enfouit le tout dans le sol de 
la chambre. Il recouvrit de terre ces aliments, les 

8. 



Iâ8 CONÎÈS ÉÂBtLËS 

laissa là et fit à sa mère ces recommandations : 
« Mère, aujourd'hui quatre hommes viendront 
ici. Fais bien attention. Quand ils arriveront, je 
leur tiendrai compagnie. Toi, je t'appellerai et je 
te dirai : « Apporte-moi la pioche des hôtes ; » et 
tu me rapporteras ». 

— a C'est bien », répondit-elle. 

Voilà que les voleurs arrivèrent et dirent: 
« Bonsoir, Si Djeh'a. Comment vas-tu ? » 

— « Je vais bien. Dieu merci. Et vous, com- 
ment vous portez-vous ? » 

Ils s'asseyent avec lui et causent. Un moment 
s'étant passé ainsi, Djeh'a appela sa mère : 
« Apporte la pioche des hôtes, lui dit-il. » Elle la 
lui apporta. Djeh'a la prit. Les voleurs qui regar- 
daient attentivement avaient déjà oublié leur 
colère. 

Djeh'a frappa le sol avec la pioche. Il enleva le 
plat de couscous et les poulets cuits dans du 
beurre . 

— (( Allons, venez manger, mes amis, dit-il. » 
Les voleurs s'approchèrent pour manger. Ils 

mangèrent. Le repas fini, ils dirent : « Si Djeh'a, 
ne nous vendras-tu pas cette pioche ? » 

— « Je ne vous la vendrai pas, répondit-il, car 
c'est mon père qui me l'a léguée. Quand il me 
vient des hôtes, je n'ai pas besoin de me fatiguer. 
Je donne un coup de pioche et il s'élève aussitôt 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 139 

du sol de la chambre un plat de couscous et des 
poulets cuits dans du beurre. » 

— « De grâce *, vends-la nous. » 

— « Vous êtes des amîs fit Djeh^a. Peu importe, 
je vous la vends. » 

— « Que Dieu te bénisse ! Nous te le revaudrons. 
A présent, dis-nous combien tu nous vendras la 
pioche. » 

î< Je ne veux pas vous en demander beau- 
coup. Donnez-moi seulement cent douros et 
empprtez-là. » 

Ils lui remirent cette somme, prirent la pioche 
et partirent. 

En arrivant chez eux, Tun d'eux prit la pioche. 
Ce soir-là, son beau-frère * vint chez lui. L'homme 
prit la pioche et fouilla toute la maison sans rien 
découvrir. Il mit l'outil dans un coin. 

Le lendemain, un de ses compagnons vint et 
lui dit : « Mon ami, donne-moi la pioche. » 

— « Attends, je vais te l'apporter. » 

Il alla chez lui et la rapporta. Son ami la prit. 
Quand il fut arrivé à sa maison, (comme c'était 
un homme rusé et qu'il ne lui était pas encore 
venu d'hôte), il se dit en lui-même : « Je vais faire 
un peu l'épreuve de cette pioche pour moi-même 
seulement. » 

1. Mot à mot : si Dieu te guide. 

2. Adhouggal signifie également beau-frère et gendre. 



140 CÔNTEà ^AfctLÉâ 

Il saisit l'outil, creusa le sol et, après avoir 
défoncé toute sa maison, ne découvrit rien. 

— « Que ma femme me soit interdite, dit-il en 
lui-même, si je raconte cela aux autres avant 
qu'ils aient défoncé à leur tour toutes leurs mai- 
sons. » 

Il serra la pioche. 

Le lendemain, il alla à l'assemblée. 

Voilà que le troisième compagnon arrive, le 
trouve dans l'assemblée et lui dit : « Mon ami, va 
donc me chercher la pioche. » 

— « Attends ici, répondit l'autre. Je te l'ap- 
porte tout de suite ». 

Il alla à sa maison, apporta l'outil et dit à son 
ami: « Voici la pioche. » Celui-ci la prit. Quand 
il fut arrivé chez lui il se dit aussi en lui-même : 
« Tout ce que je découvrirai avec cet outil, c'est 
ma famille qui le mangera. Cela vaut mieux que 
si les étrangers le mangeaient. » Il alla prendre 
la pioche et se mit à creuser. Quand il eut 
défoncé tout le sol de sa maison, il ne découvrit 
absolument rien. Il mit la pioche dans un coin. 

Le lendemain il sortit et rencontra son ami le 
quatrième voleur qui lui dit : « Va, mon ami, me 
chercher cet outil * » Il alla à sa maison et lui 
rapporta la pioche. Le quatrième voleur partit en 

1. Littér. : cette chose. 



LES Fourberies de si djeh\ 141 

emportant la pioche. En arrivant à sa maison, il 
trouva sa belle-mère qui était venue chez lui. 

— « Voyez un peu, pensa-t-il, comme le bon 
Dieu m'a amené à point une hôtesse ! » Il se mit 
à fouiller le sol de sa maison avec cette pioche. 
Il creusa partout, ne négligeant aucun endroit, et 
ne découvrit rien du tout. 

— « Ah ! se dit-il, les premiers ont enlevé 
toute la vertu de cette pioche, car c'est cette 
vertu qui fait monter le couscous et les poulets. 
Je me rends à l'instant chez mes amis, je vais les 
conduire à la justice. » 

Il partit. Quand il fut arrivé chez celui qui lui 
avait remis la pioche : « Attention, lui dit-il. La 
vertu de cette pioche, cette vertu qui fait monter 
le couscous et les poulets, c'est vous autres qui 
l'avez toute enlevée. » 

— « Viens voir ma maison », repartit l'autre. 
Il y alla et constata qu'il avait creusé partout. 

— « Eh ! bien alors, dit-il à son ami, ce sont les 
premiers qui nous ont joués. Ce sont eux qui ont 
fait disparaître toute la vertu. Viens, ajouta-t-il, 
allons chez eux dès maintenant. » 

Ils partirent ensemble. Arrivés chez le troisième 
ils lui dirent : « Nous plaiderons * car, après avoir 

apporté la pioche que nous avons achetée cinq 

1. Mot à mot : vous nous donnerez la Justice. 



142 CONTES KABYLES 

cents francs, vous avez enlevé entièrement la 
vertu qui fait surgir le plat de couscous. » 

— Entrez, fit l'autre, et visitez ma maison ». 
Après avoir pénétré dans la maison, ils constatè- 
rent que lui aussi avait creusé partout. 

— Allons chez le premier, dirent-ils ; c'est lui 
qui nous a fait tout cola. » 

Ils partirent. Arrivés chez celui-ci, ils lui 
dirent : « Comment ! Nous avons acheté, à quatre 
que nous étions, cette pioche moyennant cent 
douros ; et maintenant, cette vertu qui fait monter 
le plat de couscous et les poulets, c'est toi qui l'a 
toute enlevée ! » 

— « Vous êtes fous, dit l'autre ; ou bien qu'est- 
ce qui vous prend ? Venez donc voir ma maison 
et vous verrez comme je l'ai arrangée. » 

Ils partirent. Arrivés chez lui, ils constatèrent 
qu'il n'avait laissé intact aucun point du sol de sa 
maison. 

f 

— « Comment se fait-il, lui dirent-ils, qu'après 
t'être assuré que la pioche ne faisait rien monter 
du tout, tu ne nous aies pas prévenus ? » 

— « Je ne vous l'ai pas dit, répliqua-t-il, parce 
que je craignais que vous ne me disiez : « C'est 
un mensonge que tu nous fais. » D'ailleurs, 
ajouta-t-il, pourquoi donc le second ne vous a-t-il 
rien dit? Pourquoi le troisième a-t-il fait de 
même? C'est donc à moi seul que vous voulez 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 143 

dire : « C'est toi qui as mangé le couscous et les 
poulets ! » Je n^ai qu'un mot à ajouter : Venez, 
allons chez Si Djeh'a ; nous verrons quel est ce 
tour qu'il nous a joué. » 

— « Partons », dirent-ils ; et ils se mirent en 
route. 

XLVIII 

Le lièvre de Si DJeh'a 

Si Djeh'a se doutait qu'ils viendraient le 
quatrième jour. Il avait trois lièvres. Il fit ces 
recommandations à sa mère : « Je vais au champ 
travailler. Toi, égorge un de ces lièvres. J'empor- 
terai l'autre avec moi ; quant au troisième, mets-le 
dans un coin. Lorsque ces gens-là viendront, tu 
leur diras : Si Djeh'a travaille là-bas. Ils vien- 
dront à moi. Tu prépareras alors le déjeûner* 
avec le lièvre que tu égorgeras. » 

i. Le matin, tant qu'il ne fait pas jour, le Kabyle s'abstient 
généralement de toute nourriture et de toute boisson. Un 
moment après le lever du soleil, il prend son premier repas, 
qui est habituellement composé de couscous de la veille, 
réchauffé au bain-marie. Quelques-uns mangent des figues 
sèches, d'autres du pain seulement. Pour toute boisson ils ont 
du lait ou de l eau. Ce premier repas est appelé elfadhour. 

Le déjeûner, imekli^ a lieu vers U heures. Il se compose, 
souvent de figues et de pain. Quelques-uns, les plus fortunés 
préparent pour ce repas un plat de couscous avec de la viande 
de mouton. Boisson : lait frais ou petit-lait ; eau la plupart du 
temps. 

Le goûter, ihanalt, a lieu vers 4 heures. \\ se compose de 
figues et de pain. 



144 CONTES KABYLES 

Il se leva et partit emportant le lièvre. Un 
instant après, les quatre voleurs arrivèrent : 
« Où est si Djeh'a? » dirent-ils à sa mère. 

— « Il travaille là-bas. » 

Ils y allèrent. Quand ils furent arrivés près de 
lui, ils lui dirent: « Nous sommes venus te 
chercher et toi tu t'en vas au travail ? » 

— a Mes amis, répondit Djeh'a, celui qui ne 
travaille pas ne mange pas. » 

— « Reste donc un peu avec nous », dirent les 
quatre compagnons. 

— « Dans ce cas, ditDjeh'a, je vais envoyer à la 
maison pour que Ton vous fasse à déjeûner. » 

— « Qui donc enverras-tu ? Viens donc t'as- 
seoir. » 

— « Celui que je vais envoyer est ici », répondit 
Djeh'a en allant prendre le lièvre qui était sous un 
burnous. 

— « Va trouver ta maîtresse, lui dit-il. Dis-lui 
qu'elle t'égorge et qu'elle fasse avec toi le déjeuner 
de nos hôtes. » 

Il lâcha le lièvre qui se sauva vite vers la forêt. 

— i( Que fais-tu là ? » demandèrent les quatre 
amis à Si Djeh'a. 

— « Pourquoi? » fit Djeh'a. 

Leur dernier lepas s'appelle imensi. C'est notre dîner. Jl a 
généralement lieu à la tombée de la nuit. Les pauvres mangent 
des figues et du pain. Les riches mangent du couscous et Se la 
viande. 



LES FOURBERIES DE SI DJËh'a l4o 

— « Ce lièvre que tu as envoyé à ta maison fait 
noire étonnement. » 

— J'en ai un autre au logis, reprit Djeha. C'est 
mon père qui me les a légués. Quand j'en tue un, 
l'autre ressuscite à sa place. Oui, moi je n'ai 
personne pour me servir de messager. Quand il 
me vient des amis, comme vous par exemple ; 
que ces amis ne m'ont pas trouvé à la maison et 
qu'ils viennent me trouver au champ comme vous 
l'avez fait, vous autres, qui pourrais-je envoyer 
chez moi pour qu'on leur prépare à déjeûner? 
Sans ce lièvre que j'ai expédié, il m'aurait fallu 
vous laisser tout seuls ici et aller moi-même à la 
maison ; ou bien, étant partis ensemble, nous 
serions tous arrivés chez moi en même temps et 
nous n'aurions pas trouvé le déjeûner prêt. Voilà 
pourquoi j ai expédié mon messager. Nous ferons 
route ensemble et, en arrivant, nous trouverons 
tout prêt. » 

Ils restèrent là encore un moment et partirent. 
Arrivés à la maison, ils trouvèrent le déjeuner, 
qui avait été préparé avec la chair du lièvre, déjà 
tout prêt. Les gens étaient ébahis. Ils mangè- 
rent. Le repas terminé, Djeh'a leur montra l'autre 
lièvre en disant : a Le voici, n'est-ce pas? Je vous 
ai dit que lorsque j'en tuais un, l'autre ressuscitait 
à sa place. Voilà celui que j'ai envoyé. Ma mère 
l'a tué et a préparé avec lui votre déjeuner ; et 

«À 



146 CONTES KABYLES 

voici celui qui est ressuscité à sa place. Celui-ci, 
ajouta-t-il, le jour où je Tégorgerai à son tour, 
l'autre ressuscitera à sa place. » 

— « Si Djeh'a, tu vas nous vendre celui-ci, dirent 
les quatre visiteurs. » 

— « Mes amis, je ne vous le vendrai pas parce 
que je n'ai ni fils ni fille. C'est lui qui est mon 
frère, mon fils, ma fille. C'est lui qui sera mon 
messager quand j'en aurai besoin. » 

— « Tu nous le vendras, dirent-ils. Quelque prix 
que tu en demandes, nous te le donnerons. » 

— « Si vous le voulez bien *, je ne vous vendrai 
pas celui-ci, cependant, puisque vous refusez, 
prenez-le. » 

— « Dis-nous combien nous t'en donnerons. » 

— « Vous êtes des amis, répliqua Djeh'a. Pre- 
nez-le. Nous l'estimerons au même prix que tout 
ce qui a précédé ^ » 

Ils lui donnèrent cent douros, prirent le lièvre 
et s'en allèrent. Ils avaient oublié tout ce que leur 
avait fait Si Djeh'a. 

Ils se mirent en route. Arrivés chez eux, l'un 
d'eux dit alors aux autres : « Aujourd'hui, c'est moi 
qui prends le lièvre. » 

Un autre répliqua aussitôt: « Nous sommes 



1. Mot à iDOt : si Dieu est votre guide, 

2. C'est-à-dire 500 irancs, comme la pioche et l'âne. 



LES FOURBERIES DE S) DJEH*A 147 

quatre qui avons acheté le lièvre. Ce n'est pas 
toi qui le prendras. Si tu le tues et que Taulre ne 
ressuscite pas à sa place, nous serons ainsi 
joués par toi. Je vais donc l'envoyer à ma maison. 
Ma femme nous le préparera pour notre dîner. Si 
l'autre ressuscite h^ sa place, alors nous le pren- 
drons chacun à notre tour ; sinon nous mangerons 
celui-ci tous les quatre ensemble. » 

— «Voilà qui est bien raisonné », dirent aussitôt 
les autres. Ils expédièrent le lièvre en lui disant : 
« Va à la maison. Dis à ta maîtresse qu'elle te tue 
et qu'elle te fasse cuire pour le dîner. » 

Le lièvre, mis en liberté, courut vers la forêt. 

Ils continuèrent leur route. Quand ils furent 
arrivés chez celui qui avait dit : « Je vais envoyer 
le lièvre à ma maison », ils virent que sa femme 
n'avait même pas allumé le feu. 

— « Comment, s'écria aussitôt le mari, ne t'ai-je 
pas envoyé dire de préparer le dîner avec le 
lièvre que je t'ai envoyé ? » 

— « Je n'ai pas vu ce lièvre que tu m'as 
envoyé », répondit la femme. 

— « Voyez-vous, dit alors cet homme à ses amis, 
si l'un de nous avait emporté tout seul le lièvre, 
nous aurions porté nos soupçons sur lui et nous 
lui aurions dit : C'est toi qui l'as mangé tout seul, 
et à présent tu te moques de nous ! » 

« C'est .à nous de voir, ajouta-t-il, ce qu'il faut 



148 CONTES KABYLES 

faire à cet homme. Combien de tours nousa-t-il 
joués jusqu'ici ! » 

— « Cette fois- ci, dirent les trois autres, nous 
irons chez lui, nous lui dirons de sortir et, dès 
qu'il sera dehors, nous le frapperons. » 

Ils se dirigèrent alors vers la demeure de Si 
Djeh'a avec l'intention de le tuer. 

XLIX 

Le couteau de Si DJeh'a tue et ressuscite 

Les quatre individus couchèrent * en route. Ils 
n'eurent pas le temps d'arriver à la maison de Si 
Djeh'a. Celui-ci, pressentant qu'ils n'auraient pas 
le temps d'arriver, s'adressa à sa mère ainsi qu'à 
sa femme et leur dit : « Demain ces gens-là vien- 
dront pour me tuer. Je me propose de leur jouer 
un nouveau tour pour sauver nos vies. » 

— « Quel est le tour que nous leur jouerons, 
mon fils ? » demanda sa mère. 

— « Nous remplirons de sang une vessie que je 
placerai au cou de ma femme, répondit-il. Quand 
ces gens-là seront arrivés, je lui commanderai 
quelque chose. Elle se mettra en colère ; je don- 
nerai alors un coup de couteau dans cette vessie 
et ma femme tombera. Eux, ahuris à la vue du 

1. Lisez dans le texte eman et non ousan. 



LES f^OURBERlES DE SI DJEH^Â 149 

sang qui s'échappera de la vessie, ne manqueront 
pas de s'écrier : « Hélas ! Si Djeh'a, qu'as-lu fait ! » 
et ils oublieront les faits passés. » 

Le lendemain matin, ils arrivèrent. Ils rappe- 
lèrent : « Si Djeh'a, lui dirent-ils, sors. » 

— « Qui m'appelle ainsi ? » demanda Djeh'a. 

— « Ce sont tes amis », dirent-ils. 

— « Quelesalutsoitsur vous», répliqua Djeh'a. 

— « Sors donc. » 

— « Hé ! mes amis, allons, entrez à la maison. » 

— « Nous n'entrerons pas. » 

— « Entrez donc, vous déjeunerez et Dieu vous 
favorisera *. » 

« Us entrèrent ensuite en disant : « Quant à 
manger, nous ne mangerons pas. » 

— « Par Dieu, vous mangerez, » repartit Djeh'a 
qui leur servit le déjeuner. Ils se mirent à manger. 
Djeh'a dit alors à sa femme : « Apporte de Teau. » 
Elle refusa. Il lui dit une seconde fois : « Apporte 
de l'eau. « Elle refusa. Djeh'a se précipita sur elle, 
tira son couteau et la frappa. Elle tomba couverte 
de sang et fit la morte. 

Les quatre individus se dirent entre eux : « Voilà 
qu'un meurtre vient d'être commis chez lui. Ce 
meurtre a eu lieu à cause de nous. Maintenant 
comment ferons-nous ? » 

1. Mot à mot : Dieu donnera la porte. C'est l'équivalent de 
la formule arabe Rebbi ieflah* 



150 CONTES KABYLES 

— « Mangez votre nourriture, leur dit Djeh'a, 
et ne craignez rien. J'ai un couteau qui tue et 
ressuscite. » Il alla vers sa femme, essuya sur elle 
à plusieurs reprises la lame de son couteau en 
répétant ces mots : « Le couteau de Djeh'a tue et 
ressuscite. » Au bout d un moment elle se releva 
et dit à son mari : « Ah ! tu m'as tuée ! » 

— « Je te tuerai et te ressusciterai souvent ainsi 
afin de te corriger de ta mauvaise humeur », lui 
dit Djeh'a. 

Les quatre compagnons rjcstaient stupéfaits. 
« Si Djeh'a, dirent-ils, vends-nous ce couteau. » 

— « Je ne vous le vendrai pas », fit-il. 

— « Mon cher, vends-le nous. Nos femmes nous 
rassasient de chagrins. Celui qui sera mis en 
colère par la faute de sa femme la frappera et la 
corrigera de son mauvais caractère ; il la ressus- 
citera ensuite avec ce couteau. » 

— « Emportez-le, dit Djeh'a, je vous le vends. » 

— « Combien t'en donnerons-nous? » 

— « Vous connaissez Tusage », répondit Djeh'a. 
Ils lui donnèrent cent douros et retournèrent 

chez eux. 

Quand ils furent arrivés au village, ils remirent 
le couteau à l'un d'eux. Celui-ci l'emporta. Le 
soir il appela sa femme et lui commanda quelque 
chose. Elle n'obéit pas *. Il se jeta sur elle, la 

1. Littéralement : elle ne prit pas sa parole. 



LES FOURBEBIES DE SI DJEu'a 151 

frappa et la tua. Il s'approcha d'elle et dit : « Le 
couteau de Djeh'a lue et ressuscite. » La femme 
ne bougea pas. Il l'emporta et l'enterra. 

Le lendemain, un de ses amis prit le couteau 
sans avoir été prévenu que le couteau de Djeh'a 
tuait et ne ressuscitait pas. Il l'emporta et partit. 
Arrivé chez lui, il dit à sa femme : « Apporte-moi 
de l'eau. » Elle n'obéit pas. Il la frappa et la tua 
comme le premier. Il l'emporta et l'enterra. 

Le lendemain, le troisième compagnon vint. Le 
second aussi ne le prévint de rien. Il donna un 
ordre à sa femme. Celle-ci ne lui ayant pas obéi, 
il se leva et la frappa. Il la tua. Elle ne bougea 
pas plus que les premières. Il l'emporta et l'en- 
terra. 

Le lendemain, le quatrième arriva. Son ami ne 
le prévint de rien. Il emporta le couteau et partit. 
Arrivé chez lui, il dit à sa femme : « Fais-nous le 
dîner. t> 

— Attends un peu, répondit-elle. A présent, je 
suis occupée. » 

— Il se leva, la frappa et la tua. Elle ne bougea 
pas plus que les autres. Il l'emporta et l'enterra. 

Il alla aussitôt chez ses amis, les réunit tous 
les quatre et leur dit : « Comment se fait-il que 
ma femme soit morte? Elle n'a pas bougé*. 
Et vos femmes ? » 

i. Littéralement : elle a refusé de se lever. 



152 CONTES KABYLES 

— « Elles sont toutes mortes. » 

— « Eh ! bien, dit-il, nous irons chez Djeh'a. 
Cette fois-ci nous mangerons sa tête, car il nous 
en a trop fait; même nos femmes, c'est lui qui 
les a tuées ! Maintenant qu'attendons-nous ? Nous 
n'avons plus qu'à partir, et, si Dieu le permet, ce 
sera sa mort. Il ne se moquera plus de nous. Cette 
fois-ci, c'est la dernière ! » 



Si DJeh'a dans le tombeau 

Si Djeh'a, devinant qu'ils reviendraient le 
lendemain, dit à sa mère : « Mère, ces gens vien- 
dront ici demain et me tueront. Quel tour leur 
jouerons-nous pour sauver ma tête? » 

— « C'est à toi d'y songer, mon fils. » 

— « Eh ! bien, reprit Djeh'a, je vais creuser un 
tombeau dans le vestibule, près de la porte de 
sortie. J'y entrerai et quand ces gens arriveront, 
tu me donneras le fourneau dans lequel tu auras 
allumé un bon feu. Quand au cachet, je l'empor- 
terai avec moi. Lorsqu'ils te diront : « Où est Si 
Djeh'a? », tu feras semblant de pleurer et tu leur 
diras : « Si Djeh'a est mort, voilà son tombeau. » 

— « C'est bien, répondit-elle. » 

Djeh'a creusa aussitôt un tombeau dans lequel 



LES f^OÛRBÉRIES DE SI DJEû'a 153 

il entra. Il y resta jusqu'au soir. Lorsqu'il comprit 
que les gens ne viendraient pas, il en sortit et 
agit ainsi pendant trois jours. Pendant la journée 
il restait dans le tombeau ; la nuit, il en sortait. 
Enfin les compagnons vinrent le quatrième jour. 

— « Où est Si Djeh'a ? » dirent-ils à sa mère. 
Elle fit semblant de pleurer et de se déchirer la 

figure. 

— « Qu'est-ce qui te prend ? dirent-ils. Nous te 
demandons où est ton fils, et tu pleures ! Tu con- 
nais sans doute toutes les scélératesses qu'il a 
commises ? » 

— « Hélas ! répondit-elle, mon fils est mort ; 
c'est pour cela que je pleure. » 

— « Où est son tombeau ? » 

— « Le voilà près de la porte. » 

Us y allèrent. Quand ils furent arrivés près du 
tombeau, ils y remarquèrent un trou. 

— « Venez, dit l'un d'eux. Faisons nos besoins 
sur ce juif, fils de juif, sur ce chien, fils du dernier 
des chiens *. » 

Djeh'a entendait tout ce qu'ils disaient. Un des 
voleurs s'approcha. Au moment où il se courbait, 
Djeh'a lui appliqua le cachet brûlant. Le voleur 
fit un bond en poussant un cri : « Qu'est-ce qui 



1. Ennidhen a ici la signification du root arabe el-akhir que 
Ton prononce en arabe vulgaire UUthar. Ex : Kelb ben el-Kelb 
lakhar : Chien fils du dernier des chiens. 

9. 



154 CONTES KABYLES 

m'a piqué ? dit-il. » Un autre vint. Djeh'a lui en 
fit autant. 

Ils s'en allèrent chez eux sans se dire les uns 
aux autres que Djeh'a, avec son cachet les avait 
cachetés. Djeh'a sortit alors de son tombeau. 

Un jour, les voleurs se rencontrèrent avec lui 
au marché. Ils se précipitèrent sur lui pour le 
saisir. Il leur échappa. Ils allèrent se plaindre de 
lui au cadi. 

— « Gadi^ dirent-ils, voilà ce que nous a- fait 
Si Djeh'a ; même nos femmes, il les a tuées. » 

— « Comment ! leur dit le cadi, ceSiDjeh'a-là 
a tué vos femmes ? » 

— « Envoie-le chercher, et tu verras si c'est 
mensonge ou vérité. » 

Le juge envoya un huissier qui ramena Djeh'a. 
Dès son arrivée, celui-ci dit au cadi : « Que me 
veux-tu? » 

— « Qu'as-tu fait à ces gens-là? interrogea le 
juge. Ils viennent de me porter plainte contre 
toi. » 

— « Seigneur, répondit Djeh'a, ces gens-là 
étaient les esclaves de mon père. Mon père est 
mort. Eux, me voyant jeune, m'ont méprisé et 
ont voulu me tuer pour s'emparer des biens de 
mon père. » 

— « Comment ! fit le cadi. Ces hommes sont 
les esclaves de ton père et il ont voulu te tuer ? » 



Les ^onftBËRiÈs de si djeh'a 155 

— « Puisque tu ne me crois pas, examine-les, 
et, si tu ne trouves pas sur leurs fesses Tempreinte 
du cachet de mon père, tu seras convaincu alors 
que je t'ai fait un mensonge et tu me tueras, » 

Le cadi s'adressant aux quatre individus : « Ecou- 
tez ce qu'il dit. » 

Ils dirent : « Seigneur, c'est faux. » 

— « Moi, fit le juge, je vais vous examiner. Si 
je trouve le cachet dont il parle, je vous arran- 
gerai de la bonne manière *. » 

Le cadi les visita et trouva sur leurs fesses le 
cachet, comme le lui avait dit Djeh'a. 

— « Je vous condamne, leur dit-il, à travailler 
pour lui, jusqu'à sa mort. » 

Les volés partirent et travaillèrent pour Djeh'a 
jusqu'au jour où il mourut. 



LI 



Si Djeh'a» la prairie et la vieille femme. 

Djeh'a prit un jour son âne et alla à une prairie 
où il y avait beaucoup d'herbe. Il trouva là une 
vieille femme qui gardait la prairie. 

— « Vieille maman, lui dit-il, ne me laisseras- 



1. Littéralement : je vous ferai une chose qui à vous viendra 
bonne. 



186 CONTEâ KÂBTLËâ 

tu pas couper un tout petit peu d'herbe pour mon 
âne ? » 

— « Je ne te laisserai pas faire, répondit-elle. 
Je crains mes enfants. » 

— « Vends-moi un peu du bord, » 

— « Passe. Fauche le bord, mais ne m'abîme 
pas la prairie. » 

Djeh'a lui remit l'argent. Dès qu'elle l'eut pris, 
il s'avança jusqu'au milieu de la prairie qu'il 
dévasta. 

— « Ne t'ai-je pas dit de ne pas aller jusqu'au 
milieu ? fit la vieille. » 

— « Pourquoi? demanda Djeh'a. » 

— « Tu m'as abîmé la prairie. » 

— « La prairie, je l'ai achetée. » 

— « A qui Tas-tu achetée ? » 

— « A toi. » 

— « Voilà ton argent. » 

— « Je ne sauraiis consentir à cela*, fit Djeh'a. 
Car, ajouta-t-il, je t'ai donné de l'argent. Si tu 
nies, jure-moi que je ne t'ai pas donné d'argent 
et je sortirai alors de ta prairie. » 

Elle le laissa là et alla appeler son fils. Il vint 
et dit à Djeh'a : « Si Djeh'a, qu'as-tu fait? » 

— « Je n'ai rien fait. » 

— « Comment ! Tu as trouvé ma vieille mère 

1. Littéralement : je ne t'accepte pas» 



LÉS FOURBERIES Dfi SI BJEH^ 157 

gardant la prairie ! Tu es venu, tu t'es moqué 
d'elle ! Tu lui as dit : « laisse-moi faucher un peu 
du bord. » Elle t'a laissé faire et aussitôt tu lui as 
dit : € la prairie, je l'ai achetée ! » 

— « J'ai donné l'argent à ta mère, répliqua 
Djeh'a. Si je ne lui en avais pas donné, elle ne 
m'aurait pas laissé entrer ici. Puisque j'ai acheté 
à ta mère, ajouta-t-il, je n'accepte ni tes ordres 
ni les siens ^ » 

— « Viens, nous irons en justice, dit le fils de 
la vieille. Quant à nous battre, nous ne nous 
battrons pas ensemble. » 

— « Passe devant, dit Djeh'a. » 

Ils allèrent au tribunal. Quand ils furent arri- 
vés, le fils de la vieille parle et dit au cadi : « Sei- 
gneur, cet homme-ci a trouvé ma vieille mère et 
lui a dit : Donne-moi un peu d'herbe pour l'âne. 
Ma mère lui a répondu : Je ne t'en donnerai pas. 
Il lui a dit: « vends-moi. » Eh bien ! a dit ma 
mère, « je te vends, mais n'entre pas au milieu. » 
Elle prit l'argent qu'il lui donna et il entra au 
milieu. » 

— c Mon cher, lui dit Djeh'a, il est inutile de 
prolonger cette discussion. Voici, seigneur cadi. 
Je lui ai donné l'argent, j'ai acheté la prairie. Et 
maintenant, du moment que quelqu'un achète 

1. Littéralement ; je ne Vaccepte ni toi ni elle. 



158 CONTÉS KÂbYLEâ 

quelque chose et qu'un autre vient la lui enlever, 
il n'est pas nécessaire de tant discuter*. » 

— a A qui as-tu acheté ? » demanda le cadi. 

— < J'ai acheté à sa mèfre. Si un père ou une 
mère vendent quelque chose à quelqu'un et si 
leur fils veut reprendre la chose vendue, laisse- 
rons-nous alors la chose ainsi ! » 

— «Peut-être n'as-tu rien acheté, reprit le cadi. 
Elle t'aura laissé (faucher) par pure complai- 
sance. » 

— « Qu'elle vienne, dit Djeh'a. Qu'elle me jure 
que je ne lui ai pas donné l'argent et je lui aban- 
donnerai sa prairie ; sinon, la prairie que j'ai 
achetée est ma propriété. » 

— « Le cadi s'adressant au fils de la vieille lui 
dit : « Puisque ta mère a vendu, tout est fini. » 

— « Dieu te bénisse, cadi, répondit-il. Du mo- 
ment que c'est la femme, qui a vendu à l'homme^ 
je n'ai plus * qu'à partir. Je retrouverai Djeh'a ici 
un autre jour. » 

— « Comment? dit le juge. Ta mère a vendu, 
et toi tu veux exercer un retrait ! C'est ta mère qui 
t'a mis au monde, n'est-ce pas? Tout ce qu'elle 
fait est valable pour toi comme pour tes frères, » 

— « Merci, répondit le fils de la vieille. Je m'en 
vais. » 



1. Supprimez a/* dans le texte devant nesioueL 

2. Littéralement : voici que moi. 



LBS FOURBERIES DE SI DJEH^A 159 

Il alla à sa maison et Si Djeh'a retourna à la 
prairie. 

Les fils de la vieille tombèrent sur lui dans le 
but de le tuer. Il leur échappa. Ils ne le saisirent 
point, Djeh'a abandonna complètement ce pays et 
alla se fixer dans une autre contrée. Il amenait 
avec lui plusieurs personnes quand il venait à 
cette prairie. Enfin, quand il eut pris toute Ther- 
be, il laissa la terre nue et dit aux fils de la vieil- 
le : € Voilà votre prairie. Faites-en ce que vous 
voudrez. Quant à moi, je ne voulais que Therbe * ». 

— « Maintenant, puisque tu as pris Therbe, lui 
répondirent-ils, prends donc aussi le terrain. » 

— « Je n'en veux pas, dit Djeh'a. Je ne voulais 
que rherbe, et je l'ai prise. Reprenez votre 
propriété. Pour moi, je n'habite plus dans votre 
voisinage^ . Depuis le jour où vous avez voulu me 
tuer, j'ai quitté ce pays. » 

LU 

Enterrement du père de Si Djeh'a 

• 
Le jour où mourut son père, Djeh'a l'emporta 

au marché et Ty enterra. Il laissa paraître (hors 

de terre) un des pieds du mort. Les gens lui 

1. Littéralement: moi elle a frappé moi Vintention rien que 
dans cette herbe. 

2. Littéralement : Je n'habite pas même une habitation avec 
votis, . 



160 CONTES KABYLES 

dirent : « Comment ! Si Djeh'a, tu laisses hors de 
terre le pied de ton père ! Qu'est-ce que c'est que 
cet enterrement-là ? » 

— « Quant à ça, répondit-il, chacun sait 
comment il doit enterrer son père. Cette place, 
continua- t-il, est le tombeau de mon père, n'est-il 
pas vrai ? Quand je viendrai au marché j'attache- 
rai mon âne au pied de mon père et nul n'aura 
rien à me dire. » 

Un jour, Djeh'a alla au marché. Il attacha son 
âne au pied de son père et alla * se livrer au 
commerce de la boucherie ^. Il acheta un bœuf 
maigre. Il le tua, Técorcha, le dépeça et plaça les 
morceaux de viande sur une grosse pierre. Tous 
les autres (bouchers) tuèrent des animaux gras. 
Ils vendirent et s'en allèrent. Djeh'a resta. Tous 
ceux qui passaient devant lui crachaient et conti- 
nuaient leur chemin. 

Vers le soir, il resta tout seul. Les chiens 
Tentourèrent. 

— « Voulez-vous l'acheter? » leur dit-il. 

• Ils se mirent tous à gronder \ Djeh'a, s'adres- 
sant au plus grand de la bande : « Si tu es leur 



1. Lisez irouh* dans le texte. 

2. igzer vient du verbe arabe djezzara 2e forme. En arabe 
vulgaire, djezzer ou zezzer signine dépecer un animal. En 
passant dans la langue kabyle, ce veroe a pris le sens de 
« faire le métier de boucher. » 

3. Tsemizahren 4® et 2® formes berbères combinées. Mot 
arabe zeher « rugir ». 



LES FOURBERIES DE Si DJEh'a 161 

garant, je leurvends mon bœuf. wLe chien gronda. 

— « Je sais que (je trouverai) mon argent chez 
toi, » dit Djeh'a en laissant le champ libre aux 
chiens. Ils mangèrent la viande du bœuf etDjeh'a 
s'en alla. 

Il revint au marché suivant. A son arrivée au 
marché, il alla à la tombe de son père. Il vit 
qu'un individu avait attaché son mulet au pied de 
son père . 

— « Quel est celui qui a attaché son mulet ici ? » 
demanda-t-il. 

Le maître du mulet se leva et répondit : « C'est 
moi. » 

— « Comment ! dit Djeh'a. C'est le tombeau de 
mon père. J'ai laissé son pied hors de terre afin 
que tout le monde sache que cette place est à moi, 
car on voit bien que c'est la tombe de mon père et 
tous ceux qui viennent ici devraient se dire * : 
« Cette place est à Si Djeh'a. Personne ne peut 
s'en approcher. » 

Le propriétaire du mulet lui dit : « Mon cher, 
j'ignorais que ce fût le pied de ton père. Je l'avais 
pris pour un morceau de bois. » 

— « A dater de ce jour, reprit Djeh'a, prends 
garde à ne plus revenir ici. » 

Depuis ce jour-là, cet endroit devint la propriété 
de Djeh'a. 

1. Lisez uni dans le texte. 



162 CONTES KABYLES 



LUI 



niariag^e de Si Djeh'a avec la fille d'un Sultan 

Dès que Djeh'a et le propriétaire du mulet se 
furent séparés, Djeh'a se mit à la recherche du 
chien qui s'était constitué caution pour les autres 
chiens. Quand il Feut trouvé, il lui dit : « Mainte- 
nant je veux que tu me donnes mon argent. » Le 
chien prit la fuite. Djeh'a le poursuivit en disant : 
« La fuite ne te sauvera pas. » 

Il avait l'intention de mettre en œuvre, au 
moyen de ces chiens, une certaine ruse car il avait 
entendu dire que la fille du sultan, depuis le jour 
de sa naissance, n'avait ni ri, ni parlé. Il avait 
entendu dire que le sultan avait dit : « Je donnerai 
ma fille à celui qui la fera parler. » 

Djeh'a alla acheter une corde qu'il noua autour 
d'un arbre. Il courut réunir tous les chiens. Tous 
ceux qu'il attrapait étaient attachés à cette corde. 
Dès qu'il les eut tous attachés, il se mit à les 
poursuivre avec un bâton en répétant : '< Donnez- 
moi mon argent. >> 

La maison du sultan faisait face à l'arbre 
auquel les chiens étaient attachés. La tille du 
sultan regardait ce spectacle de sa fenêtre. Djeh'a 
poursuivait toujours les chiens ; tantôt il se 



LES FOURBEtltËS DE SI DJEH^A 163 

présentait à eux d'un côté, alors les chiens se 
sauvaient de l'autre côté ; tantôt il les poursuivait 
et ils se sauvaient dans une autre direction. 

La fille du sultan se mit à rire. La négresse 
l'entendit et alla trouver le sultan : .< Seigneur, 
dit-elle, ma maîtresse rit. » Lé sultan accourut à 
la hâte. Arrivé près de sa fille : « Ma fille, lui 
dit-il, pourquoi (ris-tu?) De ta vie tu n'avais 
jamais ri. Aujourd'hui, c'est Dieu qui a épanoui 
ton cœur. » 

— « Mon père, répondit-elle, tu vois ce que 
fait cet homme avec ces chiens ; c'est à cause de 
cela seulement que je ris. » 

Le sultan dit à son esclave : « Va vers cet 
homme qui a attrapé les chiens. Dis-lui : allons, 
donne la liberté à ces chiens ; le sultan te dit : 
viens. » Le nègre partit. Quand il fut arrivé 
auprès de Si Djeh'a, il lui répéta les paroles du 
sultan. 

— « Je ne les mettrai pas en liberté, déclara 
Djeh'a, car je leur ai vendu tout un bœuf le 
marché passé. Ce marché-ci, ils ont refusé de me 
payer. » 

— « Viens donc vers le sultan, fou que tu es, 
reprit le nègre. Il t'enrichira si Dieu (veut bien) 
t'enrichir. » Le Sultan lui-même m'a dit : « dis-lui 
de venir et de lâcher ces chiens ; c'est moi qui le 
payerai. » 



164 CONTES lîÂBYLEâ 

Djeh'a mit les chiens en liberté en disant au 
nègre : « Peut-être te moques-tu de moi et voilà 
tout. » 

— (f Viens donc et suis-moi », répondit Tautre. 
Djeh'a alla avec lui quand il fut arrivé à la 

maison du sultan, ce dernier lui dit: « Que 
faisais-tu à ces chiens ? » 

— « Le marché passé, répondit Djeh'a, je leur 
ai vendu un bœuf entier. Ils Tout mangé. Aujour- 
d'hui je leur ai dit : Donnez-moi mon argent. 
Ils ont refusé. Alors je les ai attrapés. » 

— « Combien leur réclames-tu ? » 

— « Vingt douros. » 

— « Viens », dit le sultan qui fit entrer Djeh'a 
dans une chambre. Djeh'a vit que cette chambre 
était pleine d'argent. 

— « Avance, dit le monarque, et prends ce que 
tu voudras. » 

— « Ce n'est pas cela que je veux, fit Djeh'a, 
Laisse-moi partir seulement et aller rattraper mes 
débiteurs. » 

La fille du sultan était là. Elle se mit à 
rire. 

— « Tu as raison de te moquer de moi, lui dit 
Djeh'a, car, après avoir réuni ceux qui me 
doivent de l'argent, j'ai été joué par vous. Ton 
père a oublié le serment qu'il a fait autrefois 
à ton sujet, A présent, laisse-moi tout sim- 



LES FOURBERIES DE SI DJEH^A 165 

plement partir à la poursuite de mes débi- 
teurs *. » 

Le Sultan, en voyant Djeh'a très sale S n'avait 
pas voulu tout d'abord lui dire : je te donne ma 
fille. Mais Djeh'a, en prononçant devant eux le 
mot de serment^ fit souvenir le sultan (de sa 
promesse). 

— « Allons, lui dit-il, épouse ma fille. » 

— « Je ne l'épouserai pas, » répondit Djeh'a qui 
lui fit cette réponse dans le but de se faire passer 
pour un personnage important. 

— « Pourquoi ne Tépouseras-tu pas ? » 

— c Parce que, bien que vous me voyiez très- 
sale, je suis cependant le fils d'un Sultan. Tâchez 
donc de ne pas me prendre pour un autre ^ » 

— « C'est bien ce que je désirais moi aussi, fit 
le sultan. Je tenais à ce que ma fille épousât un 
fils de sultan et non un paysan quelconque. » 

Ensuite il lui donna sa fille. Djeh'a l'épousa. 

— « Maintenant, mon gendre, lui dit le sultan, 
habiteras-tu chez moi ou habiteras-tu dans ta 
maison ? » 

— « Je n'habiterai pas chez toi, répondit Djeh'a. 
J'ai une maison. » 

— « Alors, voici ta femme, prends-la ; prends 



1. Littéralement: adversaires. 

2. Littéralement : plein de saletés. 

3. Littéralement : Prenez garde de vous tromper dans moi. 



166 CONTES KABYLES 

aussi tout l'argent, tous les chameaux, tous les 
chevaux et tous les mulets que tu voudras. » 

Djeh'a emmena sa femme et prit en outre ces 
immenses richesses. 



LIV 



8i Djeh'a et sa femme* 

Si Djeh'a conduisit sa femme chez lui. Elle 
arriva. Elle trouva que la maison ne lui plairai pas. 
Elle trouva tout sale. « Comment? se dit-elle. Cet 
homme-là s'est moqué de moi ! Il m'a dit : Je suis 
le fils d'un sultan ; je suis d'une illustre famille *. » 
Et voilà que sa maison sent mauvais ! » 

Elle renferma ces pensées dans son cœur et ne 
voulut les dévoiler à personne ^ 

Aux approches de la fôte, elle vit Si Djeh'a aller 
au travail. Tout le monde chômait en l'honneur 
de la fête. « Si Djeh'a, lui dit-elle, comment! 
Tout le monde chôme à cause de la fête, et toi 
tu vas travailler ! Ne m'as-tu pas dit cependant », 
continua-t-elle : « moi, mon père est Sultan ; » et 
encore : « j'ai une belle maison, je suis d'une 
famille illustre? » 

— « Ma clièro, répondit Djeh'a, c'est vrai, je 

1. Littéralement : Je suis d'une maison grande. 

2. Littéralement : Elle laissa ainsi dans son cœur et ne vou-y 
lut pas fait*^ snriir {sa pensée). 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 167 

t'ai dit cela et je n'ai pas menti. Je vais mainte- 
nant faire un petit travail. » 

— « Personne ne fait ni petit ni gros travail 
parce que nous sommes en fête*. Les autres jours 
on travaille et l'on fait ce qu'on peut. » 

— « C'est vrai, ma chère. Toutefois si les gens 
de ce village me voient chômer, ils chômeront ; 
s'ils me voient aller au travail, ils iront eux aussi. 
Quant à moi, je puis bien ne rien faire ; il ne me 
manquera rien. J'agis ainsi en public afin que les 
enfants du peuple ne vivent pas continuellement 
avec la faim. » 

Un autre jour, elle lui dit : « Si Djeh'a, com- 
ment donc est façonné cet habit-ci que tu portes ? 
Pourquoi? continua-t-elle, ne t'habilles-tu pas 
comme les enfants des sultans ? » 

— « Ma chère, répondit-il, je ne tiens pas à 
porter de beaux habits à cause des gens du peu- 
ple ; tout ce que je fais, ils le font. Si je leur don- 
ne l'exemple * du repos, eux aussi ne travailleront 
plus. Si je leur donne Texemple des beaux habits, 
eux aussi, s'ils ont quelques sous, s'en achèteront 
et toute la famille souffrira de la faim. » 

— « Comment se fait-il. Si Djeh'a, que tu m'aies 
dit: « Je suis sultan, » Cependant je ne t'ai jamais 
vu gouverner ! Personne, parmi les gens du peu- 

1. Lisez dans le texte d'elâid\ 

2. LittéralemçDt ; si je devance. 



168 CONTES KÂBTLES 

pie, ne t'appelle « sultan, » ou « fils du sultan ». 
Tu m'as menti. Tu n'es probablement qu'un men- 
diant et tu t'attribues faussement la qualité de 
sultan. » 

— « Je te demande quelle est ton intention^ 
répliqua Djeh'a. Si tu as l'intention de rester ici, 
ne fais pas la folle et reste dans ta maison. Si tu 
t'aperçois que tu as perdu la raison et que peut- 
être tu es rasassiée de moi, va à la maison de ton 
père. Je n'aime pas ceux qui, étant d'une condi- 
tion inférieure, se croient au-dessus des autres. 
Quant à moi, je suis le sultan de mes frères et il 
m'est impossible de faire une injustice à qui que 
ce soit. » 

— « Je ne croirai que tu es sultan que lorsque 
tu auras tué ce muezzin qui me réveille chaque 
matin de très-bonne heure. » 

— « Demain je le tuerai, dit Djeh'a. Je t'appor- 
terai sa tête et tu reconnaîtras alors si je suis un 
sultan ou un imposteur. » 



LV 



Si Djeh'a et la tète de mouton 

Le lendemain matin, Djeh'a laissa le muezzin 
monter jusqu'au sommet du minaret. Il y alla, le 
suivit et lui coupa la tête qu'il donna à sa femme 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'â 169 

en (lisant : « Voici la tête de celui qui, chaque 
matin, te réveillait de bonne heure. » 

— « A présent, dît-elle, je reconnais que tu es 
Sultan. » 

Djeh'a alla acheter un mouton qu'il égorgea. Il 
jeta la tête du muezzin dans le puits. Il cacha la 
tête du mouton qu'il avait tué et la plaça sous un 
grand plat de bois. 

Vers midi, les gens se mirent à chercher le 
muezzin. Ils ne le trouvèrent point. Ils montèrent 
au minaret. Ils le trouvèrent mort, la tête coupée. 
« Qui donc nous a lue notre muezzin ? » se dirent- 
ils. Un individu prit la parole et dit: « C'est 
Si Djeh'a que j'ai vu monter ici, ce matin de 
bonne heure. C'est peut-être lui qui l'a tué. » 

Ils allèrent chez Si Djeh'a. Dès qu'ils furent 
arrivés chez lui, ils lui dirent : « Si Djeh'a, est-ce 
toi qui as tué le muezzin du village ? » 

— « Je ne l'ai pas tué, répondit-il. Que m'a-t-il 
fait pour que je le tue ? Voyez avec qui il était en 
mauvais termes ; c'est celui-là qui l'a tué. Quanta 
moi je ne l'ai point tué. » 

-r « L'homme qui t'a vu quand tu es monté au 
minaret a dit : « c'est lui qui l'a tué. » Toi tu nous 
fais des mensonges. Nous allons fouiller la maison, 
ajoutèrent-ils, pour voir si nous ne trouverons 
pas sa tête. » . 

— « Passez et fouillez », leur dit Djeh'a. 



170 CONTES K4ByLES 

Ils entrèrent et se mirent à chercher. Ils 
fouillèrent toute la maison et ne trouvèrent rien. 
L'un d'eux, ayant avisé le grand plat de bois qui 
était sens dessus dessous, s'en approcha, le souleva 
et trouva dessous la tête de mouton. « Dans cet 
endroit qui nous était suspect, dit-il à ses compa- 
gnons, je viens de trouver une tête de mouton. Il 
est probable alors que ce n'est pas Djeh'a qui a tué 
le muezzin. » Ils s'en allèrent tous chez eux. 
Djeh'a était sauvé. 



LVI 



Si Djeh'a et le Chacal 

Djeh'a se rencontra avec lui dans une forêt. 
« Chacal, lui dit-il, comment est fait ton carac- 
tère? Tu ne fais que te promener dans la forêt 
nuit et jour. Allons, viens avec moi à la maison. 
Nous habiterons ensemble. Ce que je mangerai, 
tu le mangeras ; si je ne fais rien, tu ne feras rien 
non plus. » 

— ce Dieu m'a créé, répondit le chacal, pour que 
je me promène dans les bois et il m'est impossible 
d'aller demeurer dans une maison. » 

— « Mon intention, reprit Djeh'a, est de te 
faire du bien. » 

« — Tu es rusé, dit le chacal ; mais je le suis 



LES FOURBERIES DE SI DJEH'â 171 

dix fois plus que toi. Par conséquent ce n'est pas 
toi qui pourras me jouer un tour *. » 

— « Mon cher, je ne possède pas même une 
seule ruse ; c'est toi qui es un méfiant. Quant à 
moi, je voudrais que tu viennes avec moi à la 
maison manger et boire. Cela vaut mieux que de 
te promener ainsi dans la forêt, en butte aux 
épines, au froid et à la faim. » 

— « Je te répète, dit le chacal, que tu es un 
grand fourbe. Je le suis aussi. Ne nous rencontrons 
donc jamais. » 

— « Et pourquoi? fit Djeh'a. Ne sommes-nous 
pas frères ? J'étais ému de pitié pour toi, sans 
cela, je ne t'aurais point parlé ainsi. » 

— « Je t'ai dit, et je te répète que je n'irai pas. 
Mais, du moment que tu refuses, eh ! bien, j'y 
vais, dit le chacal. » 

Djeh'a partit accompagné du chacal. Quand ils 
furent arrivés à la maison, le chacal dit: « Je 
n'entre pas dans la maison ; je dormirai ici devant 
la porte. » 

— « Pourquoi ne dormirais-tu pas dans la 
maison ? interrogea Djeh'a. Ici dehors, il fait 
froid. » 

— « C'est ici que je veux (rester), car je suis 

1. Littéralement : « Si lu possèdes une ruse^ moi J'en ai dix. 
Maintenant, ce n'est pas^ tu es venu, toi, tu te moqueras de 
moi. Sur cette allunion à un conte très répandu, cf. R. Basset, 
Contes populaires berbères, note 2, p. 131-134. 



172 CONTES RABYLES 

habitué au froid. Je n'entrerai donc pas dans la 
maison. » 

— « C'est bien, dit Djeh'a. Reste là. » 

Le chacal demeurait habituellement à cet 
endroit et Djeh'a dans la maison. Au moment du 
dîner, Djeh'a lui apportait son dîner. Le matin il 
lui donnait son déjeûner. Enfin un jour, Si Djeh'a 
qui devait sortir fit des recommandations à sa 
femme. « Fais attention, lui dit-il. Ne laisse pas 
sortir ton fils. » Il savait que le chacal était sujet 
à caution. Il partit et s'absenta. Sa femme se livra 
à ses occupations habituelles. Le petit garçon 
sortit. Le chacal le vit, se précipita sur lui et le 
dévora. Il lécha bien tout le sang, ne laissant 
absolument rien afin que rien ne parût. 

La mère du petit garçon sortit à la recherche 
de son fils. Ne le trouvant point, elle alla auprès 
du chacal et lui dit : « C'est peut-être toi qui as 
mangé mon enfant. » 

— < Très bien ! fit le chacal. Ah ! c'est ainsi! 
Pourquoi donc ton mari m'a-t-il amené ici ? Est-ce 
pour être importuné aujourd'hui par tes criaille- 
ries ? » 

Si Djeh'a, qui arrivait à ce moment, s'arrêta 
dans la rue cl entendit sa femme pleurer. Il vint 
en courant et lui dit : « Qu'est-ce qui te prend ? 

— « Ce chacal que tu as amené ici a dévoré ton 
fils. » Alors le chacal faisant semblant d'être en 



Les ^oûkberies de si djeh^a 173 

colère dit à Djeh'a : « Je te l'ai dit le premier jour : 
laisse-moi, je n'irai pas. » Enfin c'est toi qui m'as 
amené ici par force. Maintenant, Dieu te bénisse ! 
C'est donc ainsi que les amis agissent envers leurs 
amis ! Laisse-moi partir dès à présent. » 

— « Reste donc^ lui dit Djeh'a, et ne fais aucun 
cas des paroles d'une femme. » 

Il alla trouver sa femme et lui dit : « Tais-toi, te 
dis-je, afin qu'il reste et ne s'en aille pas. Quant à 
mon fils, je me doute que c'est lui qui Ta mangé. 
Pour le moment, laissons-le rester pour que je le 
tue, lui qui a dévoré mon enfant. » 

Le chacal pressentait cela. Si Djeh'a calculait 
en lui-même, qu'après avoir laissé le chacal 
s'endormir, il irait à lui et l'égorgerait. Ce soir-là, 
le chacal, prévoyant ce qui allait lui arriver, laissa 
ses hôtes s'endormir, sauta par-dessus le mur et 
prit la fuite. » 

Si Djeh'a s'étant levé ainsi que sa femme, alla à 
cet endroit-là. Il trouva que le chacal était parti. 
Il retourna auprès de sa femme : « C'est toi, lui 
dit-il, qui l'as fait partir. Si tu n'avais pas crié 
après lui, il ne se serait pas sauvé et nous l'aurions 
tué. Mais après la scène que tu lui as faite, il est 
parti forcément. » 



\^. 



1*74 CONTES KABYLES 



LVII 



Si Djeh'a et son burnous 

Un jour, Djeh'a alla avec sa femme à la rivière. 
Sa femme lavait : lui dormait dans une brous- 
saille. Elle lava le burnous de Djeh'a et l'étendit 
sur un tronc d'arbre. Le burnous se tint droit 
comme si un homme l'eût revêtu. Survint un des 
ennemis de Djeli'a qui avait vu celui-ci et sa fem- 
me aller à la rivière. Il se dit en lui-même : « Je 
vais lui tirer un coup de fusil. » Il vint et il vit en 
arrivant le burnous qui avait été étendu et qui se 
tenait droit sur un tronc d'arbre. Il crut que c'était 
Si Djeh'a lui-même qui se tenait-là debout. Il fit 
feu sur le burnous *, l'atteignit et le déchira. 

La femme de Djeh'a accourut en pleurant et en 
poussant des cris. Si Djeh'a se réveilla et lui dit : 
« Qu'est-ce qui te prend ? » 

— « Un individu vient de tirer un coup de fusil 
sur ton burnous, répondit-elle. Vois comme il Ta 
arrangé avec les grains de plomb. » Djeh'a se mit 
à rire et à danser. « Comment ! s'écria sa femme. 
Tu n'as pas de cœur. Ton burnous est fripé, et tu 
ris ! et tu danses ! » 

— « Je ris et je danse, répliqua-t-il. Pourquoi 
donc pleurerais-je? » 

1. L? : il le frappa. 



L£S FOURBERIES DE St DJEh'â 175 

— « Ton burnous a été déchiré ; comment se 
fait -il que tu ne pleures pas ? » 

— « Je ne pleure pas, répondit-il, parce que si 
j'avais été revêtu de mon burnous, il m'aurait tué. 
Maintenant que je suis sauvé, je ris et je danse. » 

LVIII 

Si Djeh'a et sa corde 

Un jour, un étudiant vint chez Djeh'a et lui dît : 
« Si Djeh'a, prête-moi ta corde pour étendre un 
peu de viande salée. » 

— « J'en possède une sur laquelle ma femme a 
étendu du couscous, » répondit Djeh'a. 

— « Est-ce qu'on étend du couscous sur une 
corde ? » fit l'étudiant. 

— « Hé ! répliqua Djeh'a, celui qui ne tient pas 
à donner ce qui lui appartient, comment doit-il 
parler? 11 doit parler ainsi pour que celui quia 
demandé la chose s'en aille » 



LIX 



Vue perçante de Si Djeh'a ; son adresse au tir 

Quand Djeh'a devint vieux, sa vue faiblit. 11 ne 
voyait plus aussi loin que dans son jeune âge. 
Jadis il découvrait une perdrix ou un lièvre à 



It6 CONTES RâBTLËS 

cinq cents pas, et, quand il tirait une flèche, il 
abattait toujours ce qu'il visait. Mais à présent ses 
mains tremblaient et il ne voyait plus très bien. 
Ses voisins, s'étant aperçus de ces signes de vieil- 
lesse, se moquaient tous les jours de lui. Pour 
leur clore la bouche, il imagina la ruse que nous 
allons raconter. 

D acheta un jeune chien qu'il appela Apporte 
toujours et le dressa à la chasse. Il lui apprit à 
rapporter tout ce qu'il lui indiquait. Souvent, le 
matin, il cachait dans la montagne un lièvre 
mort. Il montrait au chien l'endroit où il le met- 
tait et revenait avec lui à la maison. Vers le milieu 
de la journée^ il disait au chien : « Cherche ». 
Apporte toujours se précipitait vers la montagne 
et, au bout d'un moment, revenait avec le lièvre 
dans la gueule. Le chien étant enfin bien dressé, 
Djeh'a attendit le jour de la Grande-Fête pour 
étonner tous les gens du village. 

Ce jour-là, dans la matinée, il avait placé un 
lièvre mort à côté d'un arbre, à plus de cinq cents 
pas du village et l'avait montré à son chien. Au 
milieu de la journée, il invita ses voisins à venir 
prendre le café devant sa porte. Des gens vinrent 
de tous côtés^ et il y avait là une grande foule 
lorsque Djeh'a se levant tout à coup s'écria: 
« Hé quoi ! mes amis, ne voyez- vous pas un lièvre 
là-bas près de cet arbre ? » Tous se mirent à ouvrir 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 177 

de grands yeux et à regarder attentivent. Nô 
voyant rien, ils dirent à Si Djeh'a : « Tu es fou. 
Comment peux-tu voir un lièvre à cette dis- 
tance*. » 

— « Je comprends, répondit Djeh'a, qu'avec 
votre faible vue vous ne puissiez pas l'apercevoir ; 
mais moi je le vois. » Puis s'adressant à sa fem- 
me : « Apporte-moi mon arc et mes flèches. Je vais 
montrer à ces jeunes gens que ni mes yeux, 
ni mon bras n'ont encore faibli. » Il prit une 
flèche et la lança à perte de vue. « Je l'ai tué ! » 
cria-t-il. Et s'adressant à son chien : « Cours, 
Apporte toujours^ et rapporte-moi ce lièvre que 
nous mangerons ce soir. » Le chien bondit et 
partit en courant. Un moment après, il revint 
tenant dans sa gueule un lièvre tout dégouttant 
de sang. 

Tout le monde était dans la stupéfaction. Depuis 
lors, on ne se moqua plus de Si Djeh'a qui renou- 
vela encore ce tour trois ou quatre fois. Tous, 
sans exception, étaient convaincus que l'adresse 
de Djeh'a au tir et sa vue étaient vraiment stupé- 
fiantes. A partir de ce jour, le peuple l'honora 
encore plus que par le passé. 

1. Littéralement : Jusque là-bas. 



178 CONTES KABYLES 



LX 



Mort de Si Djeh'a 

Djeh'a avait un * ami. C'était le seul homme au 
monde en qui il avait une entière confiance. Il 
mangeait et buvait chez lui très fréquemment. Il 
se méfiait de tous les autres hommes ^ Un certain 
jour^ son ami vint chez lui et lui dit: « Viens te 
promener avec moi. » 

— « Mon ami, répondit Djeh'a^ je ne suis pas 
libre. Cependant, puisque tu es venu toi-même, 
j'abandonne mes occupations et je t'accompagne. 
Oui, si un autre homme était venu chez moi, 
m'eût-il donné tous les biens de la terre, je ne 
l'aurais pas accompagné. Mais, du moment que 
c'est toi, je ne puis pas te congédier ainsi. » 

Il partit, accompagnant son ami. Celui-ci, en 
arrivant à la maison, dit à Djeh'a: « Allons, Si 
Djeh'a., entrons à la maison. » 

— « Mon cher ami, fit Djeh'a, c'est l'apparte- 
ment^ des femmes. Il est mal à nous d'aller nous 
asseoir avec elles. Entrons plutôt dans une cham- 
bre où nous serons seuls. » 



1. Lisez le texte : ioun. 

2. Littéralement : les autres^ il n'était pas celui en qui il 
avait confiance. 

3. Il ne faut pas de virgule dans le texte après akhkham. 



LES FOURBERIES DE SI DJEU^A 179 

Or cet ami avait creusé pour Si Djeh'a une 
fosse dans Tappartement où étaient les femmes. 
Djeh'a n'en savait rien. 

Quand Djeh'a eut répondu : « Entrons tous les 
deux seuls dans la chambre, » l'autre lui dit: 
« Pourquoi n'irions-nous pas nous installer dans 
la maison ? Elle est vaste. Quant à cette chambre, 
elle est petite et un seul homme n'aurait pas assez 
de place pour s'asseoir. 

— « Hé bien ! dit Djeh'a, allons où tu voudras ». 

Or cet ami en qui il avait tant de confiance 
l'avait trahi en recevant de l'argent des gens à qui 
Djeh'a avait fait du mal. 

Il conduisit donc Djeh'a à la maison. Ce dernier 
ne se doutait nullement que cet homme le tuerait * 
car c'était son ami intime; voilà pourquoi cette 
pensée ne lui vint pas en entrant dans la maison. 
L'ami avait étendu au-dessus de la fosse une natte 
sur laquelle il avait ajouté un tapis. 

Djeh'a, en entrant, vit le tapis déployé. D s'i- 
magina que c'était un honneur que son ami lui 
rendait. Il s'avança pour s'asseoir sur le tapis 
étendu et il tomba dans la fosse. 

Le traître alla aussitôt trouver ceux qui lui 
avaient donné de l'argent et qui lui avaient dit: 
« Tu tueras Si Djeh'a car il nous a fait beaucoup 

1. Lisez dans le texte ienr\ 



180 CONTES KABYLES 

de mal. » Ce jour-là, il arriva chez eux et leur 
dit : « J'ai tué Si Djeh'a. » 

— « Nous allons avec toi, dirent-ils, pour voir 
comment tu l'as tué. » Ils partirent avec lui. 

Lorsqu'ils furent arrivés à la maison, il se pen- 
chèrent au-dessus de la fosse au fond de laquelle 
ils virent Si Djeh'a. 

— « Si Djeh'a, lui dirent-ils, es-tu rassasié de 
n'en faire toujours qu'à ta tête ? A présent, n'est- 
ce pas, tu ne nous feras plus de mal. » 

— « En vérité, fit Djeh'a, ce n'est pas vous qui 
avez causé ma perte ; c'est mon ami avec qui 
j'ai souvent mangé le pain et le sel; tantôt il 
mangeait chez moi, tantôt je mangeais chez lui. 
Jusqu'à présent je ne lui ai jamais fait de mal*. 
C'est lui qui m'en a fait le premier, merci, mon 
Dieu ! » 

Ces hommes, s'adressant à celui qui l'avait fait 
tomber ainsi, lui dirent : « Il n'est pas mort. 
11 peut se faire qu'il remonte. N'est-il pas le 
plus rusé des hommes ? Il va fouiller les parois 
de la fosse, il fera tomber de la terre jusqu'à 
ce qu'il l'ait démolie, alors il sortira et nous 
tuera tous, toi comme nous. » 

« Voici un fusil, leur dit cet homme. Que l'un 
de vous tire sur lui. » 11 leur donna le fusil. L'un 



1 . Littéralement : aujourd'hui il n'est pas dans moi cTinjus" 
tice. 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a 181 

d'eux s'avança pour tirer. Si Djeh'a poussa un 
grand cri contre lui. L'homme, saisi de frayeur, 
tomba près de Djeh'a dans la fosse et se tua dans 
sa chute. Le fusil partit tout seul et foudroya 
Si Djeh'a. 

L'ami de celui qui était tombé dans la fosse en 
voulant faire feu sur Djeh'a resta et dit à l'homme 
qui avait fait tomber Djeh'a : « Djeh'a, n'est-il pas 
vrai, a frappé et il est parvenu à supprimer l'un 
de nous *. » 

De ces deux hommes^ l'un (le traître) demeura 
chez lui, l'autre retourna à sa maison. 

Si Djeh'a et son compagnon, morts tous deux, 
restèrent au fond de la fosse. 

1 . Ceci veul dire que le traître ne touchera pas le prix de sa 
trahison. 



11 



ADDITIONS 



II 



Pendant Timpression de ce livre, j'ai pu me procurer 
l'ouvrage de Barker, A reading book of the turkish language, 
Londres, 1854, qui renferme une série d'anecdotes dont 
Si Djoh'a (Nasr eddin Hodja) est le héros. Cette recension, 
non signalée par MM. Decourdemanche et Glouston, con- 
tient un certain nombre de plaisanteries qui manquent 
dans la version turke précédemment citée. Je pro6te de 
l'occasion pour ajouter de nouveaux rapprochements au 
tableau comparatif. Il est à remarguer que dans sa préface, 
Barker parlant du tombeau de Si Djoh'a qu^on montrait à 
Aq-Ghener dit que ce n'est « qu'un simple monument avec 
une grille en fer qui en fait le tour, avec une petite porte, 
semblable aux autres tombes musulmanes voisines. 

1. Le prêche du Khodja (I) *• 

2. Le Khodja remercie la Providence de ne pas avoir donné 
d'ailes au chameau (p. 2) 2. 

3. Le Khodja trouve que l'air d'une ville est comme celui 
de sa ville natale. 

4. Le Khodja va au bain (IV). 

5. Songe du Khodja (X). 

6. Effroi du Khodja à la vue de quelques Bachibozouqs 
(XXXVIII). 

7. Le Khodja, pris à l'improviste, se tire d'affaire par son 
esprit (XXXVIID. 

1. Les chiffres romains indiquent les numéros d'ordre de la 
version de Decourdemanche. 

2. Les chiffres arahes indiquent la Version aré3)e de Boulaq. 



184 CONTES KABYLES 

8. Le Khodja à Qonieh (VI). 

9. Le Khodja évite d'observer le ramadhan et H est surpns 
(XLI). 

10. Opinion du Khodja sur la lune (XX). 

11. Le Khodja accompagne une caravane (XI). 

12. Le Khodja devient marabout (CGXL). 

13. Indifférence du Khodja pour un aveugle noyé (LIV). 

14. Le Khodja mange la génisse du voisin, 

15. hépartie du Khodja à qui lui demandait le jour du 
mois . 

16. Le Khodja entre dans le jardin au moyen d'une échelle 
(XL). 

17. Le Khodja met ses poussins en deuil (XXXV). 

18. Le Khodja bat un bœuf qui était entré sur son terrain 
(LV). 

19. Le Khodja fait des recommandations pour sa tombe 
(CCXXVII). 

20. Le Khodja en deuil de lui-même (CGLV). 

21. Ennui du Khodja détre mouillé par un tuyau (CVl). 

22. Le Khodja brûle tous les vêtements de ses compagnons 

(xvin). 

23. Le Khodja suit un voleur chez lui (111). 

24. Le Khodja emprunte une marmite, puis la rapporte en 
disant quelle a fait un petit, l'emprunte de nouveau et déclare 
qu'elle est morte (GXl). 

25. Le Khodja, trouvant un chien trop fort, s'avoue vaincu 
(CGLXXU). 

26. Cruauté du Khodja envers une cigogne qu'il ne trouvait 
pas ressemblante à un oiseau. (XIV). 

27. Le Khodja mange de la soupe au canard (XXXIII). 

28. Indifférence du Khodja (GGLIX). 

29. Le Khodja bat un coq et lui fait des reproches (LUI). 

30. Le Khodja feint d'être mort. (GLXXV). 

31. Le Khodja à Sûr (lisez Sivri) Hissar (XLVUl). 

32. Le Khodja et le riche Juif (XIX). 

33. Plaisanterie du Khodja sur les apparences extérieures 
(XXI). 

34. Le Khodja voudrait que chaque jour fût le Belram 
(GGGII). 

11 semble que ce soit celte anecdote que rapporte 
Al Birouni dans un passage dont il ne reste qu'un frag- 
ment :.... « Il partagea la coupe entre ses compagnons en 
disant : Si seulement chaque jour était pour nous un 
naourouz » (jour du nouvel an chez les Persans). Gf. Al Birou- 
ni, Chronr' ' '^.talischer Volker, texte arabe éd. Sachau, 



LES FOURBERIES DE SI DJEh'a ISo 



Leipzig, 1878, in-4, p. 215. The chronology of ancient nations, 
trad. anglaise de Sachau. Londres, 1879, in-4, p. 199. 

35. Honnêteté du Khodja en dépit de lui-même et de ses 
intérêts. (XXXI). 

36. Réplique du Khodja à qui lui demandait de lui prêter 
son âne, 

37. Le Khodja se venge sur son âne de la perte de sa pelisse 
(XXXVIU). 

38. Lâne du Khodja empêche par son braiment le vol de la 
pelisse. 

39. Le Khodja croit que son âne est devenu Qadhi (CCXLIII). 

40. Etonnement du Khodja qu'on préfère le témoignage de 
son âne au sien (GCXLllI). 

41. Le Khodja s'imagine être mort (LXXV). 

42. Le Khodja coupe la queue de son âne (GU). 

43. Présent du Khodja aux grenouilles (version arabe p. 26). 

44. Le Khodja convertit trois chrétiens (LXVIU). 

45. Par bonheur, le Khodja porte au gouverneur du district 
un présent de figues au lieu de betteraves (LXl). 

46. Le Khodja retourne à la maison malgré la pluie (LXV). 

47. Le Khodja porte une oie à Tamerlan, mais il mange 
d'abord une patte (LXIl). 

48. Décision du Khodja lorsque Vexpérience pratique du 
Qâdhi fait défaut (XCVll). 

49. Le Khodja est dépouillé par des voleurs (LXXIII). 

50. Le Khodja tire sur son propre linge, le prenant pour un 
voleur (CCXXIX). 

51. Le Khodja monte son âne à rebours (L). 

52. Le Khodja désire monter entre les coimes d'un vieux 
bœuf à /wi(CIV). 

53. Reproche sarcastique du Khodja à sa femme (version 
arabe p. 6). 

54. Compassion du Khodja pour un oiseau de proie sale 

55. Le Khodja désire se faire raser deux fois et ne payer 
qu'une. (CGGVIII). 

56. Le Khodja se jette dans la mer (GGGIX). 

57. Le Khodja est trop malin pour les gens du voisinage 
(XVII). 

58. Comment le Khodja traite les liens de parenté (XLVII). 
Gf. Slan. Prato. Un conte populaire de Corne, Revue des tra- 
ditions populaires, novembre 1887. 

59. Comment le Khodja traite une tortue, 

60. Réplique du Khodja à ceux qui l'avaient oublié d table 
et qui ensuite recherchaient sa compagnie (GGGX). 



486 CONTES KABYLES 



6i, Le Khodjaperd et retrouve son cheval avec une cara- 
vane, 

62. Médiocre plaisanterie du Kkodja (LXXXII). 

63. Le Khodja ne veut pas qu'on abrège les mots. 

Sous celte forme, celte anecdote ne peut exister qu'en 
turk : elle roule sur un jeu de ipots entre Aïoub v^^.^ et 



64. Expédient du Khodja pour prier, ses ablutions à moitié 
faites (CCCXI). 

65. Paresse du Khodja (CCCXII). 

66. Pauvreté et expédients du Khodja (LVIII). 

67. Le Khodja reçoit un mendiant importun (CCXCV). 

68. Le Khodja trompe une bande d'étudiants et se moque 
d'eux (CCCXVl). 

69. Le Khodja surprend un Qadhi ivre et le dépouille 
impunément de ses vêlements (CLXXIII). 

70. Mécontentement et plaisanterie du Khodja d*étre mal 
rasé (GCCXIX). 

71. Le Khodja prétend être un rossignol (GCCXIX). 

72. Enseignement du Khodja. 

Page 21 (version arabe), Djoh'a devenu Dandin, C'est sans 
doute par la Disciplina clericalis de Pierre Alphonse (§ 14), 
que ce conte a passé en Europe, car il manque dans le 
groupe oriental des versions des Sept Sages, On le retrouve 
dans le Libro de los Enxemplos. Ex. CCXXXV. Mulierum 
malitinm nemo adiscere polest (Gayangos, Escritores en prosa 
anterinres al Siglo XV p. 505), et dans le Passatempo dei 
curiosi, p. 102. 

Page 27 (version arabe), Vhôte éconduit. Le dénouement 
est le même dans un conte de la Disciplina clericalis de 
Pierre Alphonse (n° XXI), imité dans le Libro de los 
Enxemplos, n° XXXI, Deridens alium incidit in derisum 
(Gayangos, Escritores in prosa p. 455). 

Page 46. (version turke). Le sultan et le musicien. On 
trouve celte anecdote comme épisode de Thistoire du 
quatrième frère du Barbier, dans la version de Boulaq 
{Mille et une nuits t. I p. 97). Il manque dans les recensions 
de Habicht et de Beyrout. 

Page 52 (version turke, arabe et berbère). Les poules et le 
coq : d'après le Nafhat el Yemen d'El Qalyoubi (p. 53), 
Taventure se passe entre Haroun er Rachid et Abou Nouas. 

Page 74 note 3 (version berbère) Si Djeh'a et le couple 
de taureaux, la même ruse existe dans un conte nouba. 
Cf, J\lax. de Rochemonteix, Quelques contes nubiens. Le 



Lès FOURBERIES DE SI DJEh'a 487 

Caire, 1888, m-4, n» VIII. Monsieur de l'âne (Sid el H'omari) 
et les sept frères, p. 87-88. 

Page 77 (version berbère), note I, L'épée de Si Djeh'a qui 
tue et ressuscite. Dans le conte nouba cité plus haut 
(p. 90-91), c'est un os qui est censé avoir ce privilège. 

Page 78 il faut ajouter à la version berbère le n^ LII, 
Enterrement du père de Si Djeh'a, 

— (Version berbère), Mariage de Si Djeh'a avec la fille 
d'un sultan. L'obligation de faire rire la princesse* se 
rencontre dans un conte sicilien : Gonzenbacb , Sicilianische 
Mœrchen n® XXXI, Le berger qui fit rire la fille d'un roi ; 
dans un conte nouba, dialecte de Padi^ja : Comment le 
bâtard épousa la fille du roi (Reinisch, Die Nuba-Sprache)f 
t. I, p. 224. 

René BASSET. 



FIN 



TABLE DES MATIERES 



Pages. 

AVBRTIS8BMB!<(T VU 

INTRODUCTION i 

TABLBAU COMPARATIF 17 

ADDITIONS AU TABLEAU 79 

I. Si Djeh'a et le meunier 81 

II. Si Djeh'a veut acheter un àne 82 

III. Si Djeh'a et la poule 82 

IV. Si Djeh'a et la viande 83 

V. Le chevreau rôti 84 

VI. Si Djeh'a et son fila 84 

VII. Si Djeh'a et ses amis 85 

VIII. Si Djeh'a et la marmite 85 

XIX. Si Djeh'a et les gens qui mangeaient 85 

X. Si Djeh'a et ses hôtes 86 

XI. Si Djeh'a et les dix aveugles 86 

XII. Si Djeh'a et ses deux amis 87 

XIII Si Djeh'a et ses amis au bain 87 

XIX. Si Djeh'a et le pain 88 

XV. Si Djeh'a et le chrétien 88 

XVI. Si Djeh'a et le propriétaire de la marmite 89 

XVII. Si Djeh'a et le cadi 89 

XVIII. Si Djeh'a et la sauce du lièvre 90 

XIX. Si Djeh'a et le clou 91 

XX. Si Djeh'a et le juif 93 

XXI. Si Djeh'a et le mort assassiné 93 

XXII. Si Djeh'a et l'Arabe 96 

XXHI. Si Djeh'a et le caïd de son pays 98 

XXIV. Le Juif qui veut voir Dieu 100 

XXV. Les navets Wl 

XXVI. Le corbeau 102 



490 TABLE DES MATIÈRES yH/ 

Pages. 

XXVII. Si Djeh^a et la tète de brebis 102 

XXVIII. Si Djeh'a et le barbier 103 

XXIX. Si Djeh'a et son àne 103 

XXX. Si Djeh'a et le chien 103 

XXXI. Si Djeh'a et le voleur 104 

XXXII. Si Djeh'a et le jour du jugement 104 

XXXIII. Si Djeh'a à la Dhifa 105 

XXXIV. Si Djeh'a et celui qui vient lui emprunter son 

âne 107 

XXXV. Si Djeh'a et la peau de chèvre 107 

XXXVI. Si Djeh'a et la paire de bœufs 110 

XXXVII. Si Djeh'a et les souliers de sa mère 118 

XXXVIII. Si Djeh'a et le trésor 118 

XXXIX. La Pastèque 123 

XL. Le cheval fougueux 124 

XLI. Les œufs 125 

XLII. Le loyer 126 

XLIII. Si Djeh'a donne à manger aux étudiants 127 

XLIV. Si Djeh'a et les étudiants 129 

XLV. Si Djeh'a et sa montre 130 

XLVI. Si Djeh'a et les voleurs 131 

XLVII. La pioche des hôtes 137 

XLVIII. Le lièvre de Si Djeh'a 143 

XLIX. Le couteau de Si Djeh'a tue et ressuscite 1 48 

L. Si Djeh'a dans le tombeau 152 

LI. Si Djeh'a, la prairie et la vieille femme 155 

LU. Enterrement du père de Si Djeh'a 159 

LUI. Mariage de Si Djeh'a avec la fille d'un sultan 162 

LIV. Si Djeh'a et sa femme 166 

LV. Si Djeh'a et la tête de mouton 168 

LVT. Si Djeh'a et le chacal 170 

LVII. Si Djeh'a et son burnous 174 

LVIII. Si Djeh'a et sacorde 175 

LIX. Vue perçante de Si Djeh'a ; son adresse au tir 175 

LX. Mort de Si Djeh'a 178 

ADDITIONS (il) 183 



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Baugé (Haine-et-Loire) — Imprimerie DALOUX. 



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